29.1.11

Alternance au Liban


Au risque de jouer la controverse, je me dis qu’il doit y avoir quelque chose de bon dans cette alternance qui semble se dessiner au Liban.

Non que je sois bien entendu épris des idées du Hezbollah et de leur alliés chrétiens populistes et opportunistes. Et ce n’est surement pas par sympathie pour les députés druzes de M. Joumblatt qui ont fait volte-face et fait basculer la majorité parlementaire du cote du Parti intégriste.

Plutôt parce qu’il était temps d’arrêter avec ces gouvernements d’union nationale inefficaces. Et aussi parce qu’il serait temps que le Hezbollah et le General Aoun arrêtent leurs critiques incessantes, se retroussent les manches et essaient de gérer le Liban maintenant que la majorité leur est acquise. Voyons donc si les beaux discours du General sur la corruption et les fanfaronnades du Sayyed suffisent à gouverner un pays. Sans pouvoir mettre tous leurs malheurs sur le dos de l'Occident, du gouvernement et de M. Hariri.  Mieux vaut les avoir dans le Grand Serail (siege du gouvernement) que dans des sit-in grotesques qui paralysent Beyrouth.

20.1.11

La pensée pour Mohammed

La révolution tunisienne a été amorcée par un suicide par le feu de Mohammed Bouazizi, un jeune de 26 ans qui protestait contre les exactions de l’Etat. Depuis, d’autres pays semblent s’être épris de cette ultime et horrible manifestation de désespoir. Les tentatives d'immolation se multiplient en Algérie et en Egypte suscitant consternation et appréhension.

Comme si on ne pouvait crier sa détresse dans le monde arabo-musulman que par cette arme redoutable de la violence et plus précisément ici du suicide. Les suicides hostiles et dévastateurs des kamikazes d’Al-Qaeda cèdent la place à des suicides qui ne tuent que l’intéressé mais veulent cristalliser de façon suprême un ras-le-bol généralisé dans des nations malheureuses. On souhaite à ces gens qui veulent protester et se faire entendre de renoncer à ces moyens teribles et que leur voix puisse être entendue sans qu’ils ne doivent souffrir d’une mort atroce.

Et pour cela, on souhaite aux gouvernements occidentaux de prendre cette révolution tunisienne comme une opportunité d’instaurer plus de liberté et de droit dans les pays arabes et de cesser leur soutien lâche à des dictateurs infâmes. Le temps serait venu pour exercer un peu moins de realpolitik. Si on n’avait pas si soutenu Kadhafi pour ses pétrodollars et vilement libéré ses amis terroristes par pure complaisance mercantile, son régime aurait-il survécu pour etre la plus longue dictature au monde? Et sans le dopage financier du régime égyptien par les Etats-Unis, en serait on arrivé à cette tyrannie héréditaire des Moubarak au Caire ?

17.1.11

Le glas des dictateurs

Comment ne pas se réjouir du départ de M. Ben Ali ?

Déboulonner cette énième dictature muée en baronnie mafieuse et népotique, voila enfin une surprise positive de ce début d’année. Avec bien sur l’anxiété de voir la Tunisie créer l’histoire et être le premier pays arabe à accéder à la démocratie par le fait même de la pression populaire. On s’inquiète surtout qu’un nouvel homme fort ne naisse trop vite (et de nulle part) et ne tente d’accaparer le pouvoir à Tunis, dans la longue et triste tradition des caïds et des zaïms qui sévissent historiquement dans les pays arabes. On espère que le mouvement populaire aboutira à de véritables élections libres et sans violence. On y croit parce que la Tunisie est sans doute l'un des pays les plus avancés de la région et que sa classe moyenne représente le berceau idéal pour un démocratie en herbe.

Et bien évidemment, on frémit de plaisir à imaginer les autres dictateurs arabes (retranchés depuis des lustres dans leurs palais d'Alger, du Caire et de Tripoli) s’inquiéter de ce développement inouï. Y entendront-ils le glas sonner enfin pour leurs règnes interminables et celui de leurs fils?

10.1.11

Mes voeux pour Obama

Que souhaiter à Barak Obama pour 2011 ?

Ce cher président cumule les superlatifs. Il est le président américain le plus populaire dans le monde. Il est aussi malheureusement le président le moins apprécié localement après seulement deux années de mandat. Il est sans nul doute le président le plus inspirant et charismatique. Mais il est aussi l’un des plus malchanceux en terme de conjoncture économique. Je crois que c'est le président le plus ouvert d’esprit et le seul à s’être profondément intéressé au problème israélo-arabe dès le début de son mandat ; sa main tendue à l’Islam dans son discours du Caire a crée tant d’espoirs. Mais aussi, (et en conséquence), il est le président le plus malmené par Israël depuis sa création, celui dont l’autorité et le leadership ont été le plus traînés dans la boue par un Etat Hébreu gouverné par une droite extrémiste qui ne veut pas vraiment la paix.

Alors je lui souhaite un peu plus de fortune, plus de croissance et plus d’emplois. Je lui souhaite de ne pas se renfermer face aux difficultés et que sa popularité à l’international ne faiblisse pas, qu’il continue à changer l’image des Etats-Unis dans le monde. Je lui souhaite un changement de régime en Israël, qu’il puisse composer avec des gens un peu plus décents qu’un premier ministre inique et un ministre des affaires étrangères raciste. Et enfin, bien sur –Obamaphilie oblige – je lui souhaite de reconstruire sa popularité afin d'être réélu en 2012. Bonne chance Obama !

7.1.11

Islam et Occident: Rever encore pour 2011

Le spectre de l’antagonisme islamo-chrétien et islamo-occidental a inauguré 2011 avec l’attentat d’Alexandrie tout comme il avait dominé le début de siècle avec le 11 septembre 2001.

En ces jours, nos titres de journaux raffolent plus que jamais de cette guerre souvent larvée ou parfois déclarée et qui s’étend d’Afghanistan en Iraq en passant par la Palestine et qui termine de façon malsaine et inquiétante aux portes même de nos villes européennes, dans nos HLM malades de chomage, dans des cantons suisses réactionnaires et dans les discours haineux des extrême-droites européennes. Selon Le Monde, l’islamophobie s’étend même dans les élites occidentales alors qu’elle était auparavant confinée aux xénophobes et aux néo-nazis. Symétriquement, la haine de l’Occident se propage dans les classes moyennes musulmanes, lassées d’être montrées du doigt et accusées le plus souvent injustement de tous les maux du siècle. Sans oublier la consternation que les musulmans ressentent devant l’abcès de fixation que représentent la misère du peuple palestinien et l’impunité d’Israël.

Je me surprends à espérer que 2011 puisse être une année de mobilisation de tous les esprits de bonne volonté qui croient encore que cette guerre de civilisation ultra-prophétisée et médiatisée peut être évitée. Plutôt que jouer les Cassandre et se complaire dans le renfermement sur soi, pourquoi ne nous ressaisissons pas des droits de l’homme comme règle de base universellement valable et qui – contrairement a ce que disent les pessimistes – n’a jamais été autant reconnue et appliquée. Jamais les civilisations ne se sont autant mélangées, jamais nos villes et ne modes de vie ne se sont autant ressemblés, jamais nous n’avons autant communiqué, chatté et échangé. C’est justement quand le tableau parait le plus noir qu’il est urgent de tendre la main et de rêver. Rever qu'il peut y avoir davantage de jeunes comme ce Tarek Bestandji qui temoignait dans Le Monde de son experience reussie de la ZEP à Sciences-Po. Rêver que le futur est forcément dans l'ouverture, rêver d’une chute de Netanyahu et de Lieberman, rêver d’une relance de l’économie française et d’une baisse du chômage (avec un effet immédiat sur l’intégration des musulmans), rêver d’un apaisement en Iraq et d’un départ des troupes américaines… Finalement le plus grand courage est de croire encore à ces valeurs et à leur actualité et ne pas céder aux sirènes de la méfiance.

5.1.11

Bilan sur le Liban

Ces derniers jours au Liban furent instructifs. Embouteillages monstrueux, escapade a Tripoli, discussions politiques plus stériles que jamais…

Le trafic a atteint dans Beyrouth et sa banlieue des niveaux de saturation qui encouragent beaucoup a rester chez eux. Ils sont le symptôme le plus éclatant de la vision court termiste des dirigeants. Il y a trop de voitures sur la route ? Construisons une autoroute (ou ‘autostrade » comme on dit là-bas). L’autostrade est trop encombrée? Elargissons la. Elle est toujours bouchonnée ? Construisons plus d’échangeurs. A chaque fois, l ‘Etat s’endette un peu plus et quelqu’un sans doute se remplit un peu plus les poches. Meme les chauffeurs de taxi excédés reparlent du train et des ses bienfaits. Et moi qui adore les voies ferrées, je rêvais dans  les bouchons de la renaissance de cette ligne ou ce tramway qui remettrait le centre-ville a 10mn des banlieues sans smog ni klaxons.

L’urbanisation sauvage n’en finit pas de faire des dégâts dans les quartiers centraux de Beyrouth et sur une cote submergée de ciment. Pas une seule loi d’urbanisme, pas une seule règle… On laisse des promoteurs construire des barres de béton sur des collines de pins parasols  comme s’ils les avaient récupérées de la Courneuve. Sans compter l’autoroute qui éventre la montagne pour desservir le village d’un politicien mégalomane. Il ne reste plus grand chose de la jolie montagne vantée par la Bible et chérie par les Orientalistes. Il y a une vraie urgence a arrêter ce massacre et il n’est jamais trop tard. Heureusement, quelques vieilles maisons traditionnelles résistent et me remplissent de joie!

Une escapade a Tripoli et vous voilà plongés dans une véritable ville d’Orient avec ses souks, ses mosquées et ses incroyables pâtisseries. Le tout surplombé d'une forteresse croisée, Tripoli a de l’allure et sa réputation de ville radicale, islamiste et sale est injuste. Les gens y sont très amicaux et fiers de leur cité. Ironie, alors que j’habitais a 8 km au nord de Beyrouth et donc a 70 km de Tripoli, je fis le trajet plus rapidement que pour aller dans la capitale!

Le bilan pour moi est que le Liban a cruellement besoin de services et d’un Etat stable qui travaille. Et qu’il n’a pas besoin de discussions politiques, de débats ou de grands slogans nationalistes.  Les querelles confessionnelles, pro- ou anti-syriennes, pro- ou antioccidentales ne sont qu’une drogue administrée a ces gens pour leur faire oublier leur véritables soucis. Comme si les innombrables discours politiques a la radio divertissaient les automobilistes excédés pour les empêcher de se rebeller.