25.9.14

Le piège Daech

Une folie meurtrière s’est emparée de la planète cette année.

Le 11 Septembre avait sonné le glas de la fin de l’Histoire et du triomphe des civilisations éclairées. Treize ans plus tard, la planète est bel et bien déchirée. Les valeurs de justice, d’humanisme, de fraternité se replient et sont ouvertement balayées du revers de la main par des monstres sortis tout droit d’un film de science-fiction. Surgie ca et la, cette cruauté aveugle n’est pas sans rappeler celle d’humanoïdes des Seigneurs des Anneaux ou les plus récents anti-héros de Game of Thrones, totalement dénués de la moindre empathie. On a tort de qualifier ce groupe d’Etat et d’islamique, il n’est en réalité ni Etat, ni religion, ni califat. Il est une insulte à ces trois concepts réunis. L’acronyme Arabe de Daech lui sied mieux. Sachant que la langue Arabe n’a jamais vraiment accommodé d’acronyme, tout cela en dit long de cette farce sanglante qui détruit l’Orient.

La France n’est pas immune a ces secousses violentes. Et elle court le risque de s‘enfoncer dans ses divisions. Les actes de « Daech » renforcent, épanchent l’islamophobie, la peur et le rejet des communautés musulmanes comme une campagne digitale de haut niveau. Plus que jamais on est tenté de faire l’amalgame, d’accabler l’Islam de tous les maux et de rejeter en bloc cette menace aux portes de nos villes. La peur se répand a coup de videos partagées et de liens intempestifs. Récemment, de nombreux posts facebook condamnaient par exemple le « silence » des musulmans de France. La moindre recherche montrait pourtant les condamnations fermes du recteur de la mosquée de Paris et de nombreuses voix de la majorité modérée des musulmans de France, horrifiés que leur religion soit trainée dans la boue et apeurés par la haine que tout cela déclenche contre eux. Sans parler des sondages russes inverifiables qui disent que 15% des Francais soutiennent Daech...

Face à cette menace, il est plus que jamais urgent de s’unir et de montrer un front commun contre la haine et la violence. Chaque voix, chaque intention compte. Le rejet en bloc de l’islam si tentant est lui-même le meilleur outil de recrutement des djihadistes. Se tendre la main, c'est ne pas tomber dans leur piège.

22.8.14

Pensée pour James Foley

James Foley est parti
Comme tant d'autres
Avant lui anéantis  
Dans une mer qui se démonte.
Criminels aguerris
Bêtes haineuses sans apôtre
Qu'ils pleurent en repentis
Le sang ou se vautre
Leurs Califes de pacotille
À leur Dieux ils font honte.
James Foley encore survit
Sans leurs cœurs mais dans les nôtres

1.8.14

Israël et Palestine: aurions nous le courage d'échanger les rôles quelques instants?

Je ne peux qu'éprouver de la tristesse en lisant les nombreux posts qui envahissent mon mur Facebook. Ayant beaucoup d'amis des deux bords, je vois les opinions se crisper de plus en plus, des deux côtés. Je vois la colère monter de plus en plus et au fur et a mesure les œillères s'installer... Y compris pour moi même.

Les uns ne parlent plus que de la charte du Hamas, de ses boucliers civils, d'antisémitisme et des roquettes. Il y a le méchant islamiste qui détruit et le gentil israélien civilisé qui se défend, c'est tout. Ils oublient et refusent de répondre aux questions sur la colonisation, l'occupation, le blocus. On parle et reparle du droit d'Israël à vivre normalement et en paix mais on oublie la misère de l'autre, l'absence de normalité pour les autres, on refuse de la discuter, on montre bien peu d'empathie pour les victimes qu'on préfère reprocher en bloc au Hamas. On se console de façon presque ridicule que Tsahal ait passé un coup de fil et on ignore l'école de l'ONU détruite sur les têtes de ceux qui s'y abritent.

Et du côté pro palestinien, on n'entend plus que les cris et les pleurs, les victimes, la destruction, la colère de voir une population piégée sous un déluge de feu et de métal. on s'insurge contre la froideur calculée de la diplomatie occidentale, on se désole que les Etats Unis ravitaillent Israel en bombes. Mais presque personne ne s'élève contre la politique du pire prônée par le Hamas, personne ne parle de cette charte d'un autre âge, personne n'ose critiquer l'échec moral et tactique patent de ces attaques contre Israël. Puis comme d'habitude, on se réfugie dans les illusions qu'un jour cet apartheid et cette oppression cesseront. Remplacés par la plus éclairée des démocraties. Au moment même ou l'Orient et le monde arabo islamique sombrent dans les plus obscurantistes périodes de leur histoire. En regardant l'Iraq et la Syrie, peut on reprocher aux Juifs d'Israël de ne pas croire qu'ils seront anéantis s'ils perdaient la bataille?

Finalement, le vrai courage serait que chacun de nous essaye de se mettre, ne serait ce que quelques minutes, dans la peau de l'autre. Arrêtons de condamner pour quelques instants seulement ! Et faisons l'exercice juste pour voir. Mais cela semble impossible ou inutile pour beaucoup. On oublie que de l'autre côté, ce sont des hommes, des femmes, des enfants aussi. On leur en veut tellement qu'on préfère les déshumaniser, en faire de monstres cruels ou des animaux à exterminer. Et on continue à poster la même rengaine et les mêmes liens sur Facebook. Un peu comme on prend une drogue qui peine de plus en plus à anesthésier une immense douleur.

26.7.14

Israël-Palestine: À bas les illusions ...


Pour que la Paix puisse revenir à l'ordre du jour, les deux parties doivent se défaire d'illusions et croyances, profondément ancrées, utilisées et cultivées par leurs classes dirigeantes et cesser de regarder en arrière, accepter qu'elles ne seront jamais totalement d'accord sur l'histoire.

Je vois avec soulagement, de plus en plus de voix en Israël et aussi dans la diaspora juive s'élever contre la mentalité de colonisation qui a habité Israël depuis sa création et qui continue à l'envoûter et l'empêcher de vouloir résoudre le problème palestinien. Cette croyance fallacieuse que les palestiniens ne sont que des Arabes comme d'autres, presque nomades, non civilisés qui auraient pu se trouver d'un côté ou de l'autre du Jourdain, tels des tribus d'indiens d'Amérique que les colons israéliens n'ont pas encore réussi à évincer ou pacifier. Avec inconsciemment le sordide espoir que ces indigènes sauvages et agressifs puissent un jour disparaître à force de colonisation, expropriation, massacres, guerres ou exil et que leurs quelques rares descendants pacifiés qui seront encore là vivent dans des réserves où on leur donnerait quelques droits et subventions. Cet espoir de voir les Palestiniens devenir comme le Aborigènes d'Australie, une insignifiante minorité dans un pays Juif, est ancré dans le discours de ceux qui prônent et défendent la colonisation. Critiques de la Palestine d'avant, mépris de cette société palestinienne, déni de la Naqba, la propagande israélienne s'est efforcée à rendre vraie ces illusions dans une société israélienne, en soif de légitimité et de déculpabilisation. 
Le mythe du gentil kibboutz dans une mer de méchantes tribus barbares Arabes semble enfin faiblir. De nombreux Juifs appellent courageusement à cesser la colonisation, à rendre aux Palestiniens leurs terres et chercher une vraie solution pour vivre ensemble.

Avec le manque de démocratie et de liberté dans les pays Arabes, on peine traditionnellement à entendre des appels à cesser l'autre mentalité qui, du côté arabe, paralyse et démonise. Cette profonde capacité, presque romantique, des Arabes à nier la réalité sur le terrain et s'accrocher à des utopies dangereuses. Ainsi, on a longtemps fait croire dans le monde arabe que tout cela ne serait qu'une parenthèse, un mauvais rêve. Qu'un jour tout redeviendra comme avant. Que les gens reviendront chez eux en Palestine, que la vie reprendra à Haïfa, Acre ou Jérusalem  telle qu'elle l'était avant 1947. On a continué à appeler Israël,  "Palestine occupée", on a refusé de prononcer le mot tellement il était douleureux d'accepter la débâcle, on a continué à l'éviter dans les livres d'histoire. Le chapitre sur la Palestine decrivait l'économie d'Israel, ses travaux, ses barrages hydrauliques et ses usines sans citer le mot Israël... Fairuz nous a chanté que Jérusalem serait libérée et que les églises, mosquées (et synagogues d'ailleurs...) seraient joyeuses à nouveau libérées des "mains noires". On s'est bercé de ces illusions et laissé dans nos banlieues des centaines de milliers de Palestiniens attendre et mourir dans les camps de réfugiés. On a aimé la réaction d'Israël a ce boycott psychologique, on s'amusait de façon presque puérile à dire à l'ennemi qu'à nos yeux il n'existait toujours pas, même si ses armées avaient écrasé les nôtres et que nos frères palestiniens avaient déjà tout perdu de leur ancien pays. On n'a jamais pris conscience à quel point cette attitude a été utilisée pour radicaliser l'opinion israélienne, a quel point cette mentalité est, avec les attaques contre les civils israéliens, un des principaux griefs qui sont reprochés aux Arabes. Mais de plus en plus, cette attitude rêveuse et dangereuse disparaît. De mon temps déjà, les professeurs évitaient le chapitre Palestine, trop ridicule. Les chaînes de télévision pour la plupart adoptent un vocabulaire pragmatique et nomment Israël. La sphère digitale arabe ne parle presque plus d'entité sioniste pour dénommer Israël. La nouvelle génération si belliqueuse soit elle dénonce de plus en plus le déni qui caractérisait ses parents et grands parents.

Même quand la situation semble plus que jamais sans issue, il restera toujours de l'espoir.

21.7.14

Israël et Palestine: Le cercle vicieux

Le déferlement de haine et d'hostilité sur les réseaux sociaux au sujet de la guerre de Gaza est inégalé. Un côté critique amèrement l'entreprise guerrière et meurtrière d'Israël sur le territoire surpeuplé de réfugiés et assiégé depuis des décennies. L'autre se désole qu'on ne pense pas aux vies israéliennes qui sont menacées par le Hamas et en appelle au sacro-saint droit d'Israël à se défendre...Jamais le dialogue et la recherche de la paix n'ont paru aussi éloignés.

De par mes origines, je suis évidemment un fervent sympathisant de la cause palestinienne. Mais je n'ai pas peur de le dire à mes amis, lancer des roquettes sans discernement contre des villes israéliennes ne peut-être justifié. Quelque soit la souffrance, quelque soit la misère du peuple palestinien, il a le devoir se battre contre son oppresseur par des moyens légitimes, limités aux forces d'occupation et leur infrastructure. Quelque soit le désespoir, prendre pour cible des civils innocents en Israel est un crime et il ne sert pas la cause palestinienne, il la salit.
De la même manière l'opération militaire d'Israël est totalement  injustifiable et ne relève pas de la simple autodéfense. Gaza n'est pas un pays étranger indépendant qui agresse Israël et le Hamas n'est finalement que le fruit de ce qu'Israël a fait des Palestiniens depuis sa création. Cette violente occupation, cet état de quasi apartheid, cette colonisation continue du peu des territoires qu'il leur reste, ce blocus imposé arbitrairement, cette humiliation qui durent depuis des décennies sous l'œil complaisant et bienveillant des États-Unis. N'en déplaise à Israël, Gaza n'est pas un agresseur. Gaza est un ghetto de non droit et de misère qu'Israel a engendré.

Bien sur, il faut un cessez le feu et tout de suite. Mais Il faut que cette énième guerre ne puisse plus jamais avoir lieu. Il faut que l'Occident se saisisse serieusement de ce dossier palestinien et le résolve une fois pour toute. Il est au cœur même de cette terrible guerre des civilisations qui l'oppose  à l'Islam. Et ce conflit est plus que jamais dans un cercle vicieux entre deux phénomènes qui s'alimentent mutuellement. 
Le premier est Israël dont l'instinct de survie et la soif de vivre "normalement" hérités d'une histoire de persécutions et de génocide sont immenses. Cela pousse l'Etat Juif à une violence disproportionnée contre ses ennemis et ceux qui ne le reconnaissent pas, bombardements, destruction, oppression, colonisation, cette violence ne fait que croître malgré les courageux appels de la société civile israélienne.
Le deuxième phénomène est chez les Arabes dont la souffrance, l'humiliation et la misère provoquées par Israël ne font que s'accroître. Ils se réfugient dans toujours plus d'appels à la haine, à ne pas reconnaître Israël, à nier son droit d'exister, à tenter de terroriser sa population ou l'empêcher de vivre normalement. Chaque phénomène ne fait qu'encourager l'autre et la guerre de Gaza l'illustre, une triste fois de plus, parfaitement.

19.6.14

Pensée pour Benzema

Est-ce l’âge qui me rend émotif ? Ou seraient-ce les blessures encore ouvertes de l’Afrique du Sud, ce souvenir triste d’une France désunie, divisée, gangrénée par ses haines ?

La victoire contre le Honduras m’a en tout cas ému.
Et contrairement à beaucoup, ce ne sont pas les vrais buts – certes splendides - de Karim Benzema qui m’ont le plus touché. Ni même le beau travail d’équipe contrastant avec les individualismes persistants du passé.

C’est le penalty réussi de Benzema qui m’a comblé. Car ce penalty représentait bien plus qu’un premier but de bon augure pour la coupe du monde. C’était un test dur, imprévu, rapide. Un jeu terrible du hasard, une première note du concert et elle se devait d’être juste, parfaite. Un penalty à couper le souffle où la moindre faute eût été cataclysmique, de nature à réveiller les pires démons et propulser l’opinion publique et les médias dans le négativisme chronique dont la France souffre si souvent .

Qu’on le veuille ou pas, qu’on l’aime ou pas, Benzema représente beaucoup de Français. Et une France qui a plus que jamais besoin de rêver. La vraie victoire serait qu’il soit un héros et qu’il fasse un Mondial exemplaire. Il n’en faudra pas beaucoup plus à la France pour l’aimer à nouveau.
Et peut-être qu’il saura le lui rendre un peu mieux aussi. On a envie de lui dire : « Allez Karim, tu es né à Lyon, la France t’a fait ce que tu es devenu, chante la Marseillaise et deviens un symbole d’union, pas de division».
La France est dans un besoin quasi-pathologique de cohésion nationale et de renouveau. Et aujourd’hui, ces deux batailles se jouent aussi un peu au Brésil.

31.5.14

Tony le doorman de la 96eme rue

Il fait froid ici en hiver et attendre le bus scolaire a l’orée de Central Park n’est pas un plaisir quand les températures sont négatives. Heureusement que New York a aussi ses systèmes D et ses communautés. Un visage qui illumine nos matins est désormais celui de Tony.
Il est l’élégant doorman de cet immeuble d’avant-guerre de la 96eme rue.

Tony, c’est le rêve américain à lui tout seul. Né au Kosovo mais désormais plus new yorkais que quiconque, il règne sur ce block de l'Upper West side si naturellement, depuis trente ans, d’ un air débonnaire, gentil, attentionné, toujours en uniforme impeccable.

Il me repéra avec mes deux enfants s’abritant tant bien que mal sous l’auvent de l’immeuble voisin et depuis il nous offre l’hospitalité de son hall surchauffé. Il fait attendre le bus scolaire les très rares fois où nous sommes en retard. Il nous appelle un taxi les moins rares fois où le bus ne se présente pas. Il rit aux éclats des blagues de mon fils et s’attendrit sans cesse de la gentillesse de ma fille. Il me raconte sa famille, sa femme, sa fille et je lui raconte ma vie. Un épisode à la fois, juste le temps que le bus jaune se présente.
Les habitants de l'immeuble le saluent cordialement. Il connaît tous leurs noms meme si l'immeuble est immense. Quand il part en vacances, ils lui disent qu'il leur a manqué.
Deux hivers aux Etats-Unis et déjà des expériences qui rendent New York moins dur qu’il n’y parait, quand la chaleur de l’immeuble cossu et intimidant devient rendez-vous matinal pour bien commencer ma journée. « Have a nice day Alex, don’t work too hard », me dit-il chaque jour, sans faillir.