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Certains aiment comparer le Liban et Israël, comme deux pays, voisins et ennemis malgré eux. On vante, les similarités entre Beyrouth et Tel-Aviv, la fête et la nuit, la cuisine levantine, le charme de l’Occident en terre d’Orient…Les plus naïfs rêvent même d’une paix entre les deux pays et d’une prospérité à bâtir sur les ruines des droits de ceux que la création d’Israël a dépossédés.
La réalité, pardon de vous le dire, est bien différente. Le Liban est peut être dans son identité le pays du Moyen -Orient le plus éloigné possible d’Israël. Il n’y a rien en commun entre, d’une part, le sionisme voué à créer une majorité juive dans une terre promise, et d’autre part, un pays mosaïque où le vivre ensemble et l’absence de majorité fait partie de l’ADN et de la nation depuis des millénaires. Le Liban est ce pays fou où on rêve encore de juxtaposer, plusieurs communautés, sans que l’une n’écrase les autres. C’est un pays certes impossible, divisé, et aujourd’hui détruit mais c’est un projet où aucun ne prétend être supérieur à l’autre ou vouloir évincer l’autre de sa terre natale.
Israël, est tristement à l’opposé de tout cela, beaucoup plus puissant et efficace, bien plus prospère et pragmatique, il donne ouvertement tous les droits à ses citoyens juifs mais est donc contraint d’enlever ces mêmes droits aux autres pour continuer à exister. Malgré de nombreuses et louables tentatives de la société civile israélienne de protéger les indigènes non-Juifs, la puissante pulsion identitaire du sionisme resurgit pour les faire partir, les exterminer, les incarcérer sans procès, ou au moins, les garder minoritaires, les empêcher de se déplacer, de parler leur langue ou de construire leurs maisons.
Peut on faire une paix entre deux systèmes aussi antinomiques? Pas sans que l’un cède du terrain sur son identité. Il faudrait que le Liban renonce à ses valeurs de coexistence et de tolérance religieuse, ou qu’Israel choisisse le chemin difficile d’un État pour les Juifs du monde entier mais aussi pour les indigènes non Juifs, tous ensemble, avec les mêmes droits et devoirs.
C’est peut être justement la peur de ce Liban chimérique où on rêve encore et toujours de pluralité qui anime aussi la rage destructrice de la droite Israélienne. Pourquoi sinon voudrait-elle détruire nos églises, nos mosquées et nos écoles parfois à la pelleteuse, pourquoi bombarder nos monuments historiques, pourquoi rendre nos terres impropres à l’agriculture et dynamiter nos villages si ce n’est pour faire disparaître les reliques d’un État qui prouvait par son existence et son âge d’or révolu l’aberration du projet sioniste exclusif?
Cette politique de destruction renforce aussi les ennemis du « projet Liban », à commencer par le Hezbollah qui redouble en légitimité comme unique résistance possible face à cette machine à occuper et tuer. Netanyahu et Khamenei s’y retrouvent bien en fin de compte. Terrasser le Liban, c’est enlever tout doute à ceux qui osent encore imaginer l’inclusion, l’égalité, la tolérance ou la justice comme solutions à cette interminable guerre qui nous consume au Moyen Orient depuis 1948.
ENGLISH
Lebanon and Israel: Two Contrasting Realities
Some like to compare Lebanon and Israel, like two countries, neighbors and enemies despite themselves. They extol the similarities between Beirut and Tel Aviv, the vibrant nightlife, Levantine cuisine, the charm of the West in the East… The most naive even dream of peace between the two countries and of a prosperity to be built on the ruins of the rights of those dispossessed by the creation of Israel.
The reality, I must say, is quite different. Lebanon is perhaps, in its very identity, the Middle Eastern country furthest removed from Israel. There is nothing in common between, on the one hand, Zionism, dedicated to creating a Jewish majority in a promised land, and on the other hand, a mosaic country where coexistence and the absence of a majority have been part of the DNA of the nation for millennia. Lebanon is that crazy country where people still dream of coexisting several communities without one crushing the others. It is certainly an impossible country, divided and now devastated, but it is a project where no one claims to be superior to another or wants to expel another from their homeland.
Israel, sadly, is the opposite of all this, much more powerful and efficient, far more prosperous and pragmatic. It openly grants all rights to its Jewish citizens but is therefore forced to take away those same rights from others in order to continue to exist. Despite numerous and commendable attempts by Israeli civil society to protect the non-Jewish native population, the powerful identity-based impulse of Zionism resurfaces to drive them out, exterminate them, imprison them without trial, or at the very least, keep them a minority, prevent them from moving freely, speaking their language, or building their homes.
Can peace be made between two such antithetical systems? Not without one of them conceding some ground on its identity. Lebanon would have to renounce its values of coexistence and religious tolerance, or Israel would have to choose the difficult path of a state for Jews worldwide, but also for non-Jewish indigenous people, all together, with the same rights and responsibilities.
Perhaps it is precisely the fear of this chimerical Lebanon, where pluralism is still dreamed of, that also fuels the destructive rage of the Israeli right. Why else would they want to destroy our churches, our mosques, and our schools, sometimes with bulldozers, why bomb our historical monuments, why render our land unsuitable for agriculture and dynamite our villages, if not to erase the relics of a state whose very existence and bygone golden age proved the absurdity of the exclusive Zionist project?
This policy of destruction also strengthens the enemies of the "Lebanon project," starting with Hezbollah, which gains renewed legitimacy as the only possible resistance against this machine of occupation and killing. Netanyahu and Khamenei ultimately benefit from this situation. Defeating Lebanon will dispel any doubt in the minds of those who still dare to imagine inclusion, equality, tolerance, or justice as solutions to this endless war that has been consuming the Middle East since 1948.
