26.7.14

Israël-Palestine: À bas les illusions ...


Pour que la Paix puisse revenir à l'ordre du jour, les deux parties doivent se défaire d'illusions et croyances, profondément ancrées, utilisées et cultivées par leurs classes dirigeantes et cesser de regarder en arrière, accepter qu'elles ne seront jamais totalement d'accord sur l'histoire.

Je vois avec soulagement, de plus en plus de voix en Israël et aussi dans la diaspora juive s'élever contre la mentalité de colonisation qui a habité Israël depuis sa création et qui continue à l'envoûter et l'empêcher de vouloir résoudre le problème palestinien. Cette croyance fallacieuse que les palestiniens ne sont que des Arabes comme d'autres, presque nomades, non civilisés qui auraient pu se trouver d'un côté ou de l'autre du Jourdain, tels des tribus d'indiens d'Amérique que les colons israéliens n'ont pas encore réussi à évincer ou pacifier. Avec inconsciemment le sordide espoir que ces indigènes sauvages et agressifs puissent un jour disparaître à force de colonisation, expropriation, massacres, guerres ou exil et que leurs quelques rares descendants pacifiés qui seront encore là vivent dans des réserves où on leur donnerait quelques droits et subventions. Cet espoir de voir les Palestiniens devenir comme le Aborigènes d'Australie, une insignifiante minorité dans un pays Juif, est ancré dans le discours de ceux qui prônent et défendent la colonisation. Critiques de la Palestine d'avant, mépris de cette société palestinienne, déni de la Naqba, la propagande israélienne s'est efforcée à rendre vraie ces illusions dans une société israélienne, en soif de légitimité et de déculpabilisation. 
Le mythe du gentil kibboutz dans une mer de méchantes tribus barbares Arabes semble enfin faiblir. De nombreux Juifs appellent courageusement à cesser la colonisation, à rendre aux Palestiniens leurs terres et chercher une vraie solution pour vivre ensemble.

Avec le manque de démocratie et de liberté dans les pays Arabes, on peine traditionnellement à entendre des appels à cesser l'autre mentalité qui, du côté arabe, paralyse et démonise. Cette profonde capacité, presque romantique, des Arabes à nier la réalité sur le terrain et s'accrocher à des utopies dangereuses. Ainsi, on a longtemps fait croire dans le monde arabe que tout cela ne serait qu'une parenthèse, un mauvais rêve. Qu'un jour tout redeviendra comme avant. Que les gens reviendront chez eux en Palestine, que la vie reprendra à Haïfa, Acre ou Jérusalem  telle qu'elle l'était avant 1947. On a continué à appeler Israël,  "Palestine occupée", on a refusé de prononcer le mot tellement il était douleureux d'accepter la débâcle, on a continué à l'éviter dans les livres d'histoire. Le chapitre sur la Palestine decrivait l'économie d'Israel, ses travaux, ses barrages hydrauliques et ses usines sans citer le mot Israël... Fairuz nous a chanté que Jérusalem serait libérée et que les églises, mosquées (et synagogues d'ailleurs...) seraient joyeuses à nouveau libérées des "mains noires". On s'est bercé de ces illusions et laissé dans nos banlieues des centaines de milliers de Palestiniens attendre et mourir dans les camps de réfugiés. On a aimé la réaction d'Israël a ce boycott psychologique, on s'amusait de façon presque puérile à dire à l'ennemi qu'à nos yeux il n'existait toujours pas, même si ses armées avaient écrasé les nôtres et que nos frères palestiniens avaient déjà tout perdu de leur ancien pays. On n'a jamais pris conscience à quel point cette attitude a été utilisée pour radicaliser l'opinion israélienne, a quel point cette mentalité est, avec les attaques contre les civils israéliens, un des principaux griefs qui sont reprochés aux Arabes. Mais de plus en plus, cette attitude rêveuse et dangereuse disparaît. De mon temps déjà, les professeurs évitaient le chapitre Palestine, trop ridicule. Les chaînes de télévision pour la plupart adoptent un vocabulaire pragmatique et nomment Israël. La sphère digitale arabe ne parle presque plus d'entité sioniste pour dénommer Israël. La nouvelle génération si belliqueuse soit elle dénonce de plus en plus le déni qui caractérisait ses parents et grands parents.

Même quand la situation semble plus que jamais sans issue, il restera toujours de l'espoir.

21.7.14

Israël et Palestine: Le cercle vicieux

Le déferlement de haine et d'hostilité sur les réseaux sociaux au sujet de la guerre de Gaza est inégalé. Un côté critique amèrement l'entreprise guerrière et meurtrière d'Israël sur le territoire surpeuplé de réfugiés et assiégé depuis des décennies. L'autre se désole qu'on ne pense pas aux vies israéliennes qui sont menacées par le Hamas et en appelle au sacro-saint droit d'Israël à se défendre...Jamais le dialogue et la recherche de la paix n'ont paru aussi éloignés.

De par mes origines, je suis évidemment un fervent sympathisant de la cause palestinienne. Mais je n'ai pas peur de le dire à mes amis, lancer des roquettes sans discernement contre des villes israéliennes ne peut-être justifié. Quelque soit la souffrance, quelque soit la misère du peuple palestinien, il a le devoir se battre contre son oppresseur par des moyens légitimes, limités aux forces d'occupation et leur infrastructure. Quelque soit le désespoir, prendre pour cible des civils innocents en Israel est un crime et il ne sert pas la cause palestinienne, il la salit.
De la même manière l'opération militaire d'Israël est totalement  injustifiable et ne relève pas de la simple autodéfense. Gaza n'est pas un pays étranger indépendant qui agresse Israël et le Hamas n'est finalement que le fruit de ce qu'Israël a fait des Palestiniens depuis sa création. Cette violente occupation, cet état de quasi apartheid, cette colonisation continue du peu des territoires qu'il leur reste, ce blocus imposé arbitrairement, cette humiliation qui durent depuis des décennies sous l'œil complaisant et bienveillant des États-Unis. N'en déplaise à Israël, Gaza n'est pas un agresseur. Gaza est un ghetto de non droit et de misère qu'Israel a engendré.

Bien sur, il faut un cessez le feu et tout de suite. Mais Il faut que cette énième guerre ne puisse plus jamais avoir lieu. Il faut que l'Occident se saisisse serieusement de ce dossier palestinien et le résolve une fois pour toute. Il est au cœur même de cette terrible guerre des civilisations qui l'oppose  à l'Islam. Et ce conflit est plus que jamais dans un cercle vicieux entre deux phénomènes qui s'alimentent mutuellement. 
Le premier est Israël dont l'instinct de survie et la soif de vivre "normalement" hérités d'une histoire de persécutions et de génocide sont immenses. Cela pousse l'Etat Juif à une violence disproportionnée contre ses ennemis et ceux qui ne le reconnaissent pas, bombardements, destruction, oppression, colonisation, cette violence ne fait que croître malgré les courageux appels de la société civile israélienne.
Le deuxième phénomène est chez les Arabes dont la souffrance, l'humiliation et la misère provoquées par Israël ne font que s'accroître. Ils se réfugient dans toujours plus d'appels à la haine, à ne pas reconnaître Israël, à nier son droit d'exister, à tenter de terroriser sa population ou l'empêcher de vivre normalement. Chaque phénomène ne fait qu'encourager l'autre et la guerre de Gaza l'illustre, une triste fois de plus, parfaitement.