9.2.19

La démocratie vacille

La démocratie s'est installée ça et là en Occident depuis deux ou trois siècles. On la croyait invincible depuis la chute du Mur de Berlin. Et pourtant, elle n'en finit pas de vaciller.
Aux Etats-Unis par exemple, ces dernières semaines ont été marquées par deux phénomènes graves: le premier est le "shutdown" qui n'est autre qu'une manipulation d'un système démocratique (le vote des budgets par une chambre) à des fins autoritaires (faire passer en force un projet controversé). En liant artificiellement le paiement des salaires de simples fonctionnaires à la construction d'un mur, Donald Trump montre son manque de considération pour les institutions ou l'intérêt general, fondements mêmes des systèmes démocratiques. Même si Nancy Pelosi l'a vaincu sur son propre terrain en l'empêchant de faire son discours au parlement jusqu'à ce qu'il arrête son petit jeu, elle aussi peut être accusée d'avoir abusé de ses  prérogatives de speaker à des fins politiciennes.
Et pendant ce temps, un acteur noir et homosexuel, Jusse Smollett se fait tabasser dans la rue à Chicago par des attaquants racistes et homophobes. Une attaque de plus contre les valeurs américaines, dans un climat de division et de conspirationnisme. Un énième coup de canif dans la blessure américaine entre blancs et noirs qu'on pensait un moment en voie de guérison. On aurait presque pu voir un message surnaturel de tristesse céleste quand le lendemain de l'attaque, des températures arctiques frôlant les -50° s'installaient sur les bords du Lac Michigan obligeant la ville entière à fermer ses écoles et institutions.

En Europe, notre démocratie est tout aussi grippée, malade de ses populismes florissants. La Grande-Bretagne est prise de convulsions liées au Brexit et le prognostic du patient est incertain. L'Italie sombre dans un populisme nauséabond. La France où un Président progressiste et modéré a été élu il y a moins de deux ans est à son tour rattrapée par une vague de colère qui rejette les règles démocratiques et appelle à l'anarchie. On a même tenté d'incendier le domicile du president de l'Assemblée et on défend le droit de frapper des policiers...  Enfin, fait inédit depuis la deuxième guerre mondiale,  la France a rappelé son ambassadeur de Rome réagissant à une pluie d'insultes et de provocations. Les élections européennes qui arrivent bientôt verront s'affronter la modération et la démagogie, nouveaux rivaux de nos démocraties chancelantes.

Alors d'où viendra le salut? Est ce par le courage du Président  qui se met au chevet des citoyens pendant de longues heures de débat ? Est ce dans l'opposante démocrate futée et intrépide? Est ce par les femmes dont la vision a trop longtemps été éclipsée ? Ecoutera-t'on les voix des justes qui s'élèvent comme celle du Pape Francois contre les guerres ou celle de M. Macron contre la démagogie et pour l'Europe? Ou devrait-on compter plutôt sur nos nouvelles générations plus inclusives, soucieuses de l'avenir et ouvertes d'esprit? Une chose est sûre, notre démocratie est malade. Et l'Histoire a montré que les démocraties sont souvent de petites parenthèses éclairées mais fragiles et temporaires au milieu de longues périodes autoritaires et obscurantistes. Et si la démocratie vacille aujourd'hui, nous avons tous une responsabilité de la protéger.

1.1.19

Bonne année M. le Président

Cher Monsieur le Président

2018 s’achève sur la note amère de la crise des gilets jaunes et leurs chants de colère. Et tout cela magnifié par nos médias bien Franco-Français préférant toujours la sensation et la critique au pragmatisme ou à l’optimisme. La presse internationale en est d’ailleurs perplexe et s’interroge: comment un pays où l’aide sociale est si supérieure peut il en rester toujours  aussi insatisfait.

Par ailleurs, peu de présidents avant vous avaient pris tant à cœur la relance économique. Aucun n’avait eu l’ambition aussi claire de relever les classes ouvrière et moyenne d’un déclin inéluctable. Pas un seul n’avait attaqué les vrais sujets de long terme comme vous l’avez fait pour l’école, l’apprentissage ou les lois du travail. A l’heure où la révolution digitale décime des pans entiers de la vieille économie, alors que se creusent les inégalités et divisions dans toutes les démocraties occidentales, vous avez voulu rassembler la France et la protéger du populisme et du renfermement. Pour cela je vous suis infiniment reconnaissant.

Permettez moi donc de vous le dire: Ce qu’on vous reproche, c’est de dire la vérité et de ne pas promettre des rêves irréalisables. On vous insulte parce que vous avez le courage de donner les bonnes et les mauvaises nouvelles et traiter les Français comme des gens intelligents. À croire vraiment que ce peuple préfèrerait qu’on lui mente. Ce qui me sidère dans ceux qui vous critiquent abondamment, c’est l’absence totale de vrai programme ou d’agenda, si l’on exclut populisme, xénophobie ou anarchie. Je le dis parfois à ceux qui me trouvent trop “Pro-Macron”: quelle est donc l’alternative si évidente? Mélenchon? Le Pen ? Ou cette droite politicienne et insipide?

A l’heure où certains vous crachent dessus sans trop savoir pourquoi, moi j’ai envie de vous dire bravo, merci de tout ce que vous avez fait et surtout bon courage pour 2019. Continuez à réformer. Tenez bien le cap M. Le Président, la France et le monde ont besoin de vous.

9.9.18

Venise forever

Venise est de ces cités qui  de tout temps  inspirent et incitent à écrire.

Unica al mondo, me confirmait Gianmarco le chauffeur de taxi-bateau qui m’emmena de l’aéroport à l’hôtel. Il est un peu bourru, blond vénitien bien évidemment, à l’accent lourd et la fierté presque touchante. La seule fois où il vécut hors de Venise, ce fut trois mois à ... Ferrare qu’il trouva beaucoup trop bruyante (!) et où « l’eau lui manqua »...
Son grief contre les touristes - surtout les « nouveaux », dit il - c’est qu’ils ne respectent pas sa ville. L’un jette des mouchoirs dans le canal, l’autre réchauffe son repas au gaz sur la place Saint-Marc sans parler de cet homme qui s’installe en premier dans le bateau en laissant sa femme manquer de tomber à l’eau et sans que Gianmarco n’ait le droit de la tenir pour l’accueillir à bord pour des raisons « religieuses » ... 

Si Venise me semble toujours aussi sereine par son silence troublant à peine interrompu par le bruit des vaporettos, les nouvelles du monde nous parviennent mais se dissipent aussitôt. Donald Trump et la Maison Blanche au bord de la crise de nerfs, les catastrophes naturelles qui s’abattent sur le Japon et les désastres écologiques qui n’en finissent pas de secouer notre Terre en surchauffe, autant de tumultes qui semblent s’évanouir dans cette lagune impassible. Et Morella, notre élégante  guide vénitienne qui nous entraine dans des quartiers inconnus sans touristes qui nous comblent de surprises et
 nous font presque tout oublier. 

Ici, les gondoliers en marinières continuent leur besogne depuis de siècles. Dix-sept ans que je n’ai pas vu Venise et elle me semble totalement inchangée, comme si ses flots murmuraient: cette ville restera la même bien plus longtemps que ses hordes de visiteurs qui vieillissent.  

Quelques jours et moments précieux, un festival du cinéma et son tapis rouge, un cher ami Italien qui arrive et repart et le rêve vénitien se termine déjà comme un théâtre qui baisse ses rideaux de velours. Dans le cœur aucune tristesse, le bonheur d’être revenu et l’espoir d’y retourner. 

26.12.17

Note obscure et lumière

2017 s'achève sur une note obscure. Alors que les chrétiens célèbrent le Messie, les Juifs la lumière de Hanukkah et que tous attendent la nouvelle année, il est indéniable que le bilan qu'on ne peut s'empêcher de dresser en dit long sur les égarements de notre race humaine. 
Il y a d'abord les guerres innombrables en Syrie, au Yémen, au Soudan ou ailleurs, les attentats aveugles et la violence gratuite comme celle qui frappait des lycéens de Metz. Les attaques aux poignards et aux voitures béliers, les shootings aveugles se succèdent devenus presque routiniers. 
Il y a aussi une avancée des divisions et du renfermement, le rejet de l'autre a le vent en poupe. Jusqu'à réduire certains en esclavage comme en Libye ou leur tirer dessus sans hésiter comme en a témoigné ce militant palestinien en chaise roulante atteint d'une balle à la tête en protestant contre des soldats israéliens. 
Il y a enfin ces terribles secrets qui continuent à se dévoiler, la condition de la femme et le harcèlement remontent à la surface quotidiennement  dévoilant la face hideuse de cet Homme prédateur, prêt à tout pour son plaisir et son pouvoir.
Un seul grand absent, le respect. Quand on estime bon de déménager une ambassade à Jérusalem, on ne pense même pas lâcher un mot de sympathie, un geste de soutien à une population qui vit sous occupation depuis 50 ans. On insulte, on crache sur ses ennemis même entre hommes d'état. On menace de détruire des nations entières au milieu de l'enceinte même des Nations Unies et on se retire automatiquement des institutions qui osent dirent des choses qui nous dérangent. Le destin de la planète est lui relégué au second plan, bien derrière les appétits mercantiles. 
Alors, que souhaiter pour 2018. Plus de lumière, plus de sagesse et plus d'amour. L'huile bénite d'un temple a miraculeusement brûlé pendant huit jours dans un message de lumière pour les justes et de rejet de l'oppression. Un enfant est né dans une étable à Bethléem pour nous dire qu'il faut aimer l'autre, accepter l'étranger, pardonner à ceux qui nous blessent. Qu'avons nous fait de ces messages?

2.10.17

CatalanExit et Désunion

il n'y a pas longtemps, un prêtre prêchait dans notre église à Manhattan que le monde n'était qu'un, que cette planète était une et notre race humaine n'était qu'une, liée, soudée dans un destin commun.  Il rajouta que le malheur venait quand on cherchait à diviser ce peuple, à ériger des murs entre nous et à différentier l'Homme sur la base de groupes, de races, religions, langues ou orientations sexuelles et le monter contre son prochain. Le mot "diable" ne provient-il pas étymologiquement du grec  διάβολος (diabolos) c'est à dire celui qui divise ou désunit?

En ce siècle, la division s'épanche dangereusement. Certaines nations comme l'Espagne aujourd'hui se déchirent alors qu'elles ont été unies pendant si longtemps ce qui provoque perplexité et tristesse. D'autres pays occidentaux  se concentrent sur leurs murs et leurs frontières mais l'ennemi est parfois en nous mêmes, il nous attaque de l'intérieur et nous divise. L'Europe qui détruisit son grand rideau de fer en 1989 en retrouve de nouveaux en Angleterre et dans les camps de migrants.  La civilisation arabo-islamique elle continue à sombrer dans l'obscurantisme et les guerres de clan aussi incessantes que sanglantes entre chiites, sunnites, Arabes ou Perses. La Russie et la Chine sont trop préoccupées par leur intérêts pour se soucier de cette désunion rampante.

C'est peut être pour cela que j'avoue regretter cette séparation de la Catalogne. Là où on peut comprendre que les Kurdes Irakiens puissent vouloir s'affranchir de gouvernements de Bagdad sanguinaires ou corrompus, on peine à voir l'urgence de la séparation à Barcelone. L'Espagne -sans nier ses difficultés économiques d'ailleurs toutes relatives- reste un des pays les plus attirants de la planète par sa stabilité, son mode de vie, sa société et culture ouvertes et si positives. Il est triste de voir les petits égoïsmes, les vieilles sensibilités nationalistes et les querelles économiques s'en emparer jusqu'à remettre en cause son intégrité de grande nation européenne. Cela peut donner de mauvaises idées à de nombreuses provinces du continent ce qui ne ferait que l'affaiblir davantage. 

Mais si ce monde n'était vraiment qu'un, perdu dans un univers immense et sans aucun autre signe de vie à des millions d'années lumière autour de nous, le fragmenter le vouerait sans doute à une disparition certaine. Pourquoi l'oublions-nous donc si souvent?