26.9.26

Yuval et Rachel


 Le documentaire Israélien Naza sur le génocide à Gaza a déclenché la polémique. Yuval Abraham et Rachel Szor sont accusés de trahison par leur gouvernement et sont menacés de se faire destituer de leur nationalité. Beaucoup pensent que leur documentaire nuit aux intérêts de l’État d’Israël et à son avenir à long terme.

Pour ma part, le courage de ces cinéastes qui osent montrer la vérité, si dure soit-elle, m’inspire le contraire de tout cela. Il me redonne un peu de l’espoir fou d’une vie apaisée au Moyen-Orient, avec des gens comme eux, dans le respect, la coexistence et l’acceptation de chacun. Si jamais leurs leaders extrémistes arrivaient à leurs fins, je voudrais qu’on pût leur donner la nationalité palestinienne ou libanaise ou n’importe quelle autre citoyenneté du Levant. Tous deux méritent d’ailleurs un passeport bien plus important que celui en papier, issu de nos lieux de naissance ou d’adoption, ils méritent le passeport de l’humanité contre l’apartheid, celui du respect contre l’agression, de la fraternité contre la division. Je veux aussi saluer toutes ces ONG et journalistes israéliens qui eux aussi continuent à dénoncer la cruauté d’un système colonialiste et raciste au péril de leur sécurité.

Alors, en ces temps de discorde et de sédition, merci à Yuval et Rachel de nous redonner un peu de réconfort et de foi en l’humanité. En espérant que d’autres (et de tous bords !) vous emboîtent le pas sur ce chemin de justice et de vérité. Reconnaître l’horreur est le premier pas vers le pardon et le progrès.

25.6.26

Liban-Iran : Si un New Deal était possible ?

 


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En géologie, les terres autour des failles et des volcans sont à la fois les plus fertiles et les plus dangereuses. De manière similaire, à la jonction des plaques géopolitiques occidentale et arabo-islamique, notre Liban fleurit quand il sert d’intermédiaire et de liaison et dépérit quand il devient le terrain de combat. 


Si le Liban officiel veut une chance de ne plus être la victime  perpétuelle des conflits  régionaux,manipulé et détruit , tour à tour, soit par l’Iran, soit par Israël, une nouvelle possibilité se présente. Il s’agirait de proposer aux États-Unis que le Liban leur serve de lien ou de terrain d’échange avec l’Iran. Le Liban serait un territoire neutre un peu à l’instar de l’Autriche des années 50. Il y aurait une cessation totale des hostilités avec Israël, un retrait israélien jusqu’aux frontières de 1949 et une stabilisation de la frontière, voire un accord de non agression avec des bureaux de représentation à Beyrouth et Tel Aviv.  Notre bien aimé Sud et ses fils seraient enfin délivrés de décennies de souffrances et de sacrifices, libérés de l’occupation israélienne et sous contrôle des forces armées libanaises appuyées par l’armée américaine. 


En échange de son accord pour arrêter d’armer le Hezbollah, l’Iran obtiendrait le droit d’utiliser le Liban comme plate-forme économique qui gèrerait ses  flux financiers et commerciaux avec le reste du monde, avec une bénédiction américaine qui accepterait cette exception aux sempiternelles  sanctions. Un Liban réconcilié avec Téhéran pourrait aussi s’engager à ne jamais servir de base d’attaque contre la république islamique et son régime et autoriser des zones franches pour le transit des marchandises. 


Chacun trouverait son intérêt dans ce New Deal. Le Liban par la pacification de son territoire et un essor économique, Israël et les États Unis par la sécurisation  definitive de la frontière, l’Iran par une manne financière et un allègement  des sanctions américaines via un territoire neutre. 


Les multiples raisons de s’opposer à un tel accord  seraient principalement politiciennes. Le refus de Nétanyahou d’ arrêter la guerre permanente qui lui permet de rester au pouvoir et échapper aux échéances électorales, le refus de l’Iran de faire confiance aux États-Unis après cette guerre inutile et dévastatrice, le refus du Hezbollah et de sa base de perdre leur pouvoir conséquent dans l’échiquier Libanais. Il faudra notamment  démontrer à nos compatriotes issus de la communauté chiite qu’ils font partie de ce pays au même titre que les autres communautés et accepter une rotation des postes de pouvoir entre les trois communautés majoritaires. Le Liban, lui, n’a rien à y perdre et tout à y gagner. 


ENGLISH TRABSLATION 


Lebanon-Iran: What if a New Deal were possible?


In geology, the lands around fault lines and volcanoes are both the most fertile and the most dangerous. Similarly, at the junction of the Western and Arab-Islamic geopolitical plates, our Lebanon flourishes when it serves as an intermediary and link, and crumbles when it becomes a battleground.


If the elected government of Lebanon wants a chance for the country to no longer be the perpetual victim of regional conflicts, manipulated and destroyed, alternately, by either Iran or Israel, a new possibility presents itself. It involves proposing to the United States that Lebanon serve as their link or trading ground with Iran. Lebanon would be a neutral territory, somewhat like Austria in the 1950s. There would be a complete cessation of hostilities with Israel, an Israeli withdrawal to the 1949 borders, and a stabilization of the border, perhaps even a non-aggression pact and representative offices in Beirut and Tel Aviv. Our beloved South and its people would finally be freed from decades of suffering and sacrifice, liberated from Israeli occupation and under the control of the Lebanese armed forces, supported by the American military.


In exchange for its agreement to stop arming Hezbollah, Iran would obtain the right to use Lebanon as an economic platform to manage its financial and commercial flows with the rest of the world, with American blessing, which would accept this exception to its perennial sanctions. A Lebanon reconciled with Tehran could also commit to never serving as a base for attacks against the Islamic Republic and its regime and to authorizing free trade zones for the transit of goods from or towards Iran.


Everyone would find something to gain from this New Deal. Lebanon would benefit from the pacification of its territory and economic growth; Israel and the United States from the definitive securing of the border; and Iran from a financial windfall and the easing of American sanctions through a neutral territory.


The numerous reasons for opposing such an agreement would be primarily political. These include Netanyahu's refusal to end the perpetual war that allows him to remain in power and avoid elections, Iran's refusal to trust the United States after this pointless and devastating war, and Hezbollah and its base's refusal to lose their considerable power in Lebanon. It will be necessary, in particular, to demonstrate to our compatriots from the Shiite community that they are part of this country just like the everyone else, and to accept a rotation of power among the three majority communities. Lebanon, for its part, has nothing to lose and everything to gain

11.6.26

Liban et Israël: deux réalités antinomiques


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Certains aiment comparer le Liban et Israël, comme deux pays, voisins et ennemis malgré eux. On vante, les similarités entre Beyrouth et Tel-Aviv, la fête et la nuit, la cuisine levantine, le charme de l’Occident en terre d’Orient…Les plus naïfs rêvent même d’une paix entre les deux pays et d’une prospérité à bâtir sur les ruines des droits de ceux que la création d’Israël a dépossédés. 


La réalité, pardon de vous le dire, est bien différente. Le Liban est  peut être dans son identité  le pays du Moyen -Orient le plus éloigné possible d’Israël. Il n’y a rien en commun entre, d’une part, le sionisme voué à créer une majorité juive dans une terre promise, et d’autre part, un pays mosaïque où le vivre ensemble et l’absence de majorité fait partie de l’ADN et de la nation depuis des millénaires. Le Liban est ce pays fou où on rêve encore de juxtaposer, plusieurs communautés, sans que l’une n’écrase les autres. C’est un pays certes impossible, divisé, et aujourd’hui détruit  mais c’est un projet où aucun ne prétend être  supérieur à l’autre ou vouloir évincer l’autre de sa terre natale. 


Israël, est  tristement à l’opposé de tout cela, beaucoup plus puissant et efficace, bien plus prospère et pragmatique, il donne ouvertement tous les droits à ses citoyens juifs mais est donc contraint d’enlever ces mêmes droits aux autres pour continuer à exister. Malgré de nombreuses et louables tentatives  de la société civile israélienne de protéger les indigènes non-Juifs, la puissante pulsion identitaire du sionisme resurgit pour les faire partir, les exterminer, les incarcérer sans procès, ou au moins, les garder minoritaires, les empêcher de se déplacer, de parler leur langue ou de construire leurs maisons.  


Peut on faire une paix entre deux systèmes aussi antinomiques? Pas sans que l’un cède du terrain sur son identité. Il faudrait que le Liban renonce à ses valeurs de coexistence et de tolérance religieuse, ou qu’Israel choisisse le chemin difficile d’un État pour les Juifs du monde entier mais aussi pour les indigènes non Juifs, tous ensemble, avec les mêmes droits et devoirs. 


C’est peut être justement la peur de ce Liban chimérique où on rêve encore  et toujours de pluralité qui anime aussi la rage destructrice de la droite Israélienne. Pourquoi sinon voudrait-elle détruire nos églises, nos mosquées et nos écoles parfois à la pelleteuse, pourquoi bombarder nos monuments historiques, pourquoi rendre nos terres impropres à l’agriculture et dynamiter nos villages si ce n’est pour faire disparaître les reliques d’un État qui prouvait par son existence et son âge d’or révolu l’aberration du projet sioniste exclusif?


Cette politique de destruction renforce aussi les ennemis du « projet Liban », à commencer par le Hezbollah qui redouble en légitimité comme unique résistance possible face à cette machine à occuper et tuer. Netanyahu et Khamenei s’y retrouvent bien en fin de compte. Terrasser le Liban, c’est enlever tout doute à ceux qui osent encore imaginer l’inclusion, l’égalité, la tolérance ou la justice comme solutions à cette interminable guerre qui nous consume au Moyen Orient depuis 1948.


ENGLISH 


Lebanon and Israel: Two Contrasting Realities


Some like to compare Lebanon and Israel, like two countries, neighbors and enemies despite themselves. They extol the similarities between Beirut and Tel Aviv, the vibrant nightlife, Levantine cuisine, the charm of the West in the East… The most naive even dream of peace between the two countries and of a prosperity to be built on the ruins of the rights of those dispossessed by the creation of Israel.


The reality, I must say, is quite different. Lebanon is perhaps, in its very identity, the Middle Eastern country furthest removed from Israel. There is nothing in common between, on the one hand, Zionism, dedicated to creating a Jewish majority in a promised land, and on the other hand, a mosaic country where coexistence and the absence of a majority have been part of the DNA of the nation for millennia. Lebanon is that crazy country where people still dream of coexisting several communities without one crushing the others. It is certainly an impossible country, divided and now devastated, but it is a project where no one claims to be superior to another or wants to expel another from their homeland.


Israel, sadly, is the opposite of all this, much more powerful and efficient, far more prosperous and pragmatic. It openly grants all rights to its Jewish citizens but is therefore forced to take away those same rights from others in order to continue to exist. Despite numerous and commendable attempts by Israeli civil society to protect the non-Jewish native population, the powerful identity-based impulse of Zionism resurfaces to drive them out, exterminate them, imprison them without trial, or at the very least, keep them a minority, prevent them from moving freely, speaking their language, or building their homes.


Can peace be made between two such antithetical systems? Not without one of them conceding some ground on its identity. Lebanon would have to renounce its values ​​of coexistence and religious tolerance, or Israel would have to choose the difficult path of a state for Jews worldwide, but also for non-Jewish indigenous people, all together, with the same rights and responsibilities.


Perhaps it is precisely the fear of this chimerical Lebanon, where pluralism is still dreamed of, that also fuels the destructive rage of the Israeli right. Why else would they want to destroy our churches, our mosques, and our schools, sometimes with bulldozers, why bomb our historical monuments, why render our land unsuitable for agriculture and dynamite our villages, if not to erase the relics of a state whose very existence and bygone golden age proved the absurdity of the exclusive Zionist project?


This policy of destruction also strengthens the enemies of the "Lebanon project," starting with Hezbollah, which gains renewed legitimacy as the only possible resistance against this machine of occupation and killing. Netanyahu and Khamenei ultimately benefit from this situation. Defeating Lebanon will dispel any doubt in the minds of those who still dare to imagine inclusion, equality, tolerance, or justice as solutions to this endless war that has been consuming the Middle East since 1948.

17.5.26

Comment sortir le Liban de cette galère ?


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Cette période funeste pour le Liban pourrait nous pousser tous à une prise de conscience. 


Notre pays est plus divisé que jamais. Nous sommes déchirés d’un côté par  un  mouvement pro iranien jusqu’au-boutiste et suicidaire, et de l’autre, par ceux dont les peurs confessionnelles ont rendus  perméables aux chants des sirènes occidentales au point d’oublier qui est leur vrai frère. Entre ceux qui ont cédé leur libre-arbitre aux mollahs de Téhéran et ceux  qui pensent naïvement que Trump va les sauver, toute modération devient trahison, le fossé semble immense. 


Un constat pour tous ceux comme moi qui rejettent la politique du Hezbollah:  Il est affligeant de voir certains d’entre vous se désolidariser de nos frères et compatriotes issus de la communauté chiite. Déshumaniser l’autre ou se ranger du côté d’un ennemi qui dynamite nos écoles, mosquées et monastères  nous enlève vraiment le peu de dignité qu’il nous restait. 


Indépendamment de nos désaccords politiques , nous nous devons d’être un peuple solidaire dans les bonheurs et dans les épreuves. Toute victime libanaise doit être pleurée indépendamment de son parti et de son obédience. Oui, le jeune qui ose se battre au péril de sa vie contre un ennemi  dont la cruauté destructrice est dénoncée mondialement mérite encore notre respect même si nous sommes contre cette guerre et contre la politique du Hezbollah. 


Au contraire, pour en finir avec la logique milicienne, nous ferions mieux de  couper l’herbe sous le pied de ceux qui essayent de nous séparer de notre communauté chiite. L’amour entre les Libanais est la seule voie pour sauver ce pays! Nos dirigeants Joseph Aoun et Nawaf Salam ont la légitimité suffisante  pour  renverser la table actuelle et proposer un changement du pacte national pour inviter la communauté chiite à réintégrer pleinement cet État duquel elle à moitié divorcé. Le jour où on acceptera que la présidence de la république devienne tournante entre les trois communautés majoritaires, le jour où on imaginera un président du conseil sunnite puis chiite puis maronite à tour de rôle, en échange d’un désarmement de toutes les milices non étatiques, nous aurons enlevé l’argument principal de l’Iran pour manipuler nos compatriotes et les arrimer à son agenda suicidaire et impérialiste.  Imaginez quelqu’un comme Ali Mourad président de la république en 2030, quel mal y aurait t’il à cela? Sans les nommer, lui préférera-t-on encore, par peur inepte et confessionnelle, certains de ceux qu’on a installés à Baabda ces dernières décennies, avec les tristes résultats qu’on connaît ? 

 

Simultanément, le gouvernement devrait réouvrir les canaux diplomatiques avec toutes les parties, y compris l’Iran. Un Liban neutre est un État qui compose avec tous. USA, France, Iran, Syrie, Russie, Chine, Arabie… Si on prétend même vouloir parler à Netanyahu, un odieux criminel de guerre, pour sauver le pays, on doit aussi en même temps parler à Khamenei. Créer un équilibre en notre faveur plutôt qu’être tour à tour la marionnette impuissante des uns, puis celle des autres. Une tâche ardue mais indispensable. 


ENFLISH


How to get Lebanon out of this mess? 


This tragic period for Lebanon could lead us all to a moment of reckoning.


Our country is more divided than ever. We are torn apart on one side by a die-hard, suicidal pro-Iranian movement, and on the other, by those whose sectarian fears have made them susceptible to Western siren songs, to the point of forgetting who their true brother is. Between those who have surrendered their free will to the mullahs of Tehran and those who naively believe that Trump will save them, any moderation becomes treason; the divide seems immense.


A point for all those like me who reject Hezbollah's policies: it is distressing to see some of us disassociating ourselves from our brothers and compatriots from the Shiite community. Dehumanizing others or siding with an enemy that is destroying our schools, mosques, and monasteries truly strips us of what little dignity we had left.


Regardless of our political disagreements, we must stand together as a united people in times of joy and hardship. Every Lebanese victim deserves to be mourned, regardless of their party affiliation or allegiance. Yes, the young person who dares to fight at the risk of their life against an enemy whose destructive cruelty is condemned worldwide still deserves our respect, even if we oppose this war and Hezbollah's policies.


On the contrary, to put an end to this militia mentality, we would do better to thwart those who are trying to separate us from our Shiite community. Love among the Lebanese is the only way to save this country! Our leaders, Joseph Aoun and Nawaf Salam, have sufficient legitimacy to overturn the current order and propose a change to the national pact, inviting the Shiite community to fully reintegrate into this state from which it has been partially divorced. The day we accept that the presidency of the Republic should rotate among the three majority communities, the day we envision a Sunni, then Shiite, then Maronite Prime Minister in turn, in exchange for the disarmament of all non-state militias, we will have removed Iran's main argument for manipulating our compatriots and binding them to its suicidal and imperialist agenda. Imagine someone like Ali Murad as President of the Republic in 2030—what harm would there be in that? Without naming names, will we still prefer, out of inept and sectarian fear, some of those installed in Baabda in recent decades, with the dismal results we know all too well?


Simultaneously, the government should reopen diplomatic channels with all parties, including Iran. A neutral Lebanon is a state that engages with everyone. The United States, France, Iran, Syria, Russia, China, Saudi Arabia… If we even claim to want to talk to Netanyahu, a heinous war criminal, to save the country, we must also talk to Khamenei at the same time. We must create a balance in our favor rather than being, in turn, the powerless puppet of one side and then the other. A difficult but essential task.

8.12.25

Amender le Pacte National

 Nos divisions profondes, notamment religieuses, nous ont affaiblis et terrassés depuis longtemps. En cet hiver où Israël grignote impunément nos terres, bombarde nos civils et menace d’une nouvelle guerre, il est plus que jamais temps de resserrer les rangs. 


Une solution est possible pour le Liban. Amender le Pacte National et rendre les trois sièges présidentiels rotatifs entre les trois communautés majoritaires. Aux prochaines élections présidentielles, le président de la République sera de confession chiite (oui, ce n’est pas une faute de frappe), le premier ministre maronite et le président du parlement sunnite. Six ans plus tard, le Président de la République sera sunnite,  le premier ministre chiite et la chambre des députés sera gérée par un maronite etc.


Ainsi, les trois communautés auront une place équivalente dans le système et aucune ne pourra prétendre être défavorisée et avoir besoin de milices ou de puissances étrangères pour se protéger. Cet amendement du Pacte doit être immédiatement proposé par Joseph Aoun et Nawaf Salam aux partis confessionnels qui dominent encore le parlement et notamment au Hezbollah pour obtenir en échange la dissolution immédiate de sa branche militaire et le recrutement de ses combattants dans l’armée régulière. Contrairement à ce que nos crispations identitaires nous souffleront, cela renforcera la protection des minorités notamment chrétiennes qui à force de s’agripper a leurs vieux privilèges ont continuellement sombré avec. Seul un Liban uni, inclusif et solidaire peut faire face aux impérialismes qui nous assiègent. Seul un État reconnu et respecté  par tous les Libanais peut réformer le pays. Qu’attendons nous pour agir ? 


4.9.25

Émissaires et Miseres


 Alors que le Liban pensait enfin se ressaisir avec l’arrivée au pouvoir d’un président de la république et d’un premier ministre éclairés et réformateurs , et que nous rêvions tous d’un retour de l’Etat et de la souveraineté, la dernière semaine de débâcle diplomatique nous prouve que nous avons  péché par excès d’optimisme.


La forme et le fond de la réponse américaine aux efforts du gouvernement pour désarmer le Hezbollah et restaurer la souveraineté de l’État ressemblent à une gifle retentissante. En ce qui concerne le fond, tout Libanais sceptique ou opposé au désarmement a désormais la preuve qu’il n’y a aucun engagement de la part des États-Unis à contraindre Israël de se retirer des enclaves encore occupées dans le sud et cesser ses agressions. Pour mettre davantage d’eau au moulin du Hezbollah, la forme adoptée par l’émissaire américain avec nos journalistes est réminiscente de celle d’un commissaire colonial condescendant et méprisant.


À l’heure où l’allié inconditionnel des États-Unis continue impunément, son massacre à Gaza, nous donner des leçons sur  l’animalité ou la civilisation paraît pour le moins consternant. De plus, incapable de s’excuser clairement après son dérapage, M. Barrack nous a au contraire comblé de son arrogance et son complexe de supériorité. 


Pour ceux qui naïvement, croyaient à l’avènement d’une nouvelle ère de prospérité, à l’abri des puissances belliqueuses qui nous entourent, il est clair que la nouvelle donne relève plus d’une tutelle coloniale pro-israélienne après celle des mollahs. Notre pays faible car désuni semble condamné à la misère d’être un vassal pour des tyrans. Il ne nous reste qu’à souhaiter à nos dirigeants le courage et la perspicacité de dégager le Liban de cette nouvelle impasse périlleuse. Et que ces épreuves nous réunissent autour d’eux au lieu de nous déchirer. 

12.6.25

Un électrochoc pour le Liban ?

 


Les urnes ont parlé. La nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques issus de la révolution d’Octobre 2019 à perdu les élections municipales. Se positionner contre les partis sectaires traditionnels sans projet clair ne suffit plus Surtout quand le pays est divisé entre le Hezbollah et ses opposants et que les peurs confessionnelles ont gagné du terrain.


Même s’ils gardent mon soutien,  j’ai reproché aux acteurs de la contestation leur manque de vision et d’unité. Leurs egos et querelles ont pris trop de place dans leur exercice de la vie politique alors qu’ils auraient dû placer l’intérêt général bien avant leurs désaccords souvent mineurs. Espérons qu’il définissent vite une feuille de route pour les élections de 2026 avec de vraies idées et des listes unifiées.


Justement, et pour guérir le Liban de ses divisions sectaires, il faudrait peut être  un traitement de choc. À l’heure où la communauté chiite pense que le désarmement du Hezbollah la marginalisera, à l’heure où les chrétiens se crispent et ont plus que jamais peur de disparaître, pourquoi ne pas crever l’abcès et proposer un projet de réforme du Pacte National instaurant la rotation des trois sièges présidentiels entre les trois principales  communautés. Tous les six ans le président serait à tour de rôle soit maronite, soit sunnite soit chiite. Même chose pour le premier ministre et le président du parlement pour assurer un équilibre. 


Joseph Aoun et Nawaf Salam ont encore la légitimité de proposer un tel électrochoc pour nous débarrasser des armes du Hezbollah et emmener le pays vers un futur moins divisé,  plus serein et prospère. Quand le régime sanguinaire israélien et l’obscurantisme iranien continuent à sévir et profiter de nos dissensions, quand le monde entier traverse une crise profonde et les guerres s’éternisent autour de nous, il est urgent de prendre notre destin en main et innover pour ne pas mourir.


3.5.25

Terrifiante Tyrannie


 Une nouvelle page de l’Histoire s’écrit sous nos yeux à une vitesse sidérante. De retour au pouvoir depuis trois mois,  un Néron fait trembler l’Empire et ses partenaires.


Indépendamment de la justesse économique doutable de ses instincts, il a surtout terni l’image déjà dégradée de la puissance américaine par son outrance inédite. Plus grave encore, la plus vieille république démocratique du monde moderne prend des allures de tyrannie. Il fait arrêter des gens au mépris de la Constitution, il a rétabli la loi du plus fort et du plus riche, il a encouragé l’épuration ethnique des Palestiniens et a même déjà parlé de briguer un troisième mandat. Ses projets rocambolesques resteront comme des stigmates dans l’Histoire  du monde. Alors qu’il promettait la prospérité à ses fans bien crédules, il manipule les cours de bourse et enrichit ses amis. 


Je pense aujourd’hui à ceux qui prennent la démocratie pour argent comptant. Qui critiquent le système et refusent parfois de voter. Que ce marasme puisse leur apprendre à quel point  

 une république peut être  fragile. Et à quelle vitesse  tout peut basculer.  Dans les pays où ils hésiteront encore à aller aux urnes, qu’ils se rappellent ce  terrifiant début 2025. 


Et dans notre Liban qui lèche encore les plaies de sa dernière guerre inutile, dans ce pays martyre qui se rappelle aujourd’hui les 50 ans de la guerre civile qui la précipité dans le déclin, puissent les âmes de bonne volonté se remettre au travail ensemble, loin des tyrannies qui se divisent le monde. 


15.3.25

Ploutocrates, Anti-Système et Modérés, trois blocs qui divisent le monde.


Avec l’intronisation fracassante  de Donald Trump auxEtats Unis, une nouvelle division du monde en trois blocs distincts semble se dessiner 


Le premier bloc qui ne fait que gagner du pouvoir est celui de la ploutocratie néofasciste et impérialiste. C’est l’alliance des milliardaires qui rêvent d’ultra capitalisme même si leur programme fait chavirer l’ordre international . Derrière Donald Trump, et Elon Musk, on y retrouve de nombreux oligarques et pétro-monarques , et  de grands patrons réactionnaires qui dans l’ombre des frasques de Trump acquiescent plus ou moins discrètement. Comme Vincent Bolloré en France dont les médias sont soudainement devenus pro-Poutine ou les dirigeants de Walmart ou Target qui ont hâtivement abandonné tout engagement de leurs entreprises en faveur de la diversité.  Ce bloc accueille les fascistes et ultranationalistes de la planète avec un Netanyahu raciste et islamophobe qui an mis sa région à feu et à sang  ou un Poutine qui a dévasté toutes les Russies. 


A l’opposé , un bloc des anti-système qui veulent tout faire sauter a redoublé de virulence. C’est l’alliance des anarchistes ou ultra wokistes et des extrémistes de tout bord qui honnissent les grandes puissances et les classes dirigeantes. De l’ayatollah iranien et des fanatiques  amoureux du martyre en passant par des gauches populistes radicalisées, le spectre est large mais l’outrance est sans limites. Ce bloc anti-système a perdu quelques pions mais il séduit dangereusement les classes ouvrières qui sombrent dans la pauvreté et il gangrène une certaine jeunesse exaltée, déboussolée et qui peine à s’affranchir des réseaux sociaux et des biais de confirmation qu’ils engendrent. Luigi Magione, populaire jeune assassin d’un patron de wall street en est un triste exemple. 


En troisième, arrive le bloc des modérés humanistes, ni fascistes ni wokistes,  attachés à une certaine vision idéalisée du monde où la collaboration et le respect peuvent vaincre l’impérialisme et l’obscurantisme. Victime d’un manque cruel de leadership, ce bloc qui croit encore à l’ONU, ou au développement durable, est affaibli, Il essuie les plâtres de l’affaissement des classes moyennes et du creusement des inégalités, et il recule face aux dictateurs populistes des deux premiers blocs. 


Les trois blocs sont représentés au Moyen Orient.  Au Liban, et contre toute attente, le troisième bloc de modérés a réussi à prendre le dessus avec un Président et un Premier Ministre inclusifs et éclairés. Mais ils sont déjà pris en étau entre l’impérialisme americano-israélien et l’extrémisme religieux pro-iranien qui s’y oppose. Leur marge de manœuvre est donc très serrée. Simultanément, en  Syrie, Ahmad el Chareh semble vouloir rentrer son pays dans le bloc de la raison et de la tempérance après des années d’anarchie. Mais les dangers venus de l’islamisme dont il est lui même issu le pourchassent, sans compter Israël qui grignote son territoire en toute impunité avec le feu vert américain. 


Enfin et sur une note moins défaitiste, les ploutocrates commencent à payer le prix de leur arrogance avec de sérieux revers boursiers aux Etats -Unis. Alors que le Congrès est muselé, la Justice paralysée et les médias dénigrés, serait-ce donc l’ultime contre-pouvoir que représente le S&P 500 qui fera enfin reculer Trump? 

6.3.25

Entre baisers et soufflets





Between kisses and slaps 

(Scroll down for English )

Après des mois de violence, c’est cette fois un baiser de Gaza qui a créé la controverse. L’otage israélien Omer Shem Tov, âgé de 22 ans, a pris tout le monde par surprise en embrassant deux combattants du Hamas sur le front lors de sa libération.


Si le gouvernement israélien d’extrême droite a  vite vu  dans ce baiser un geste forcé et une forme d’humiliation, la vidéo ne montrait aucun signe visible de coercition et Omer, avec son grand sourire n’avait pas l’air particulièrement contrarié. Quoi qu’il en soit, et loin de toute admiration pour les mises en scène macabres du Hamas, plus intéressante était pour moi la réaction des parents de l’otage. Son père décrit Omer comme «l’esprit le plus positif du monde » et sa mère dit : « C’est Omer… Il s’entend avec tout le monde, même avec le Hamas… Ils l’aiment même là-bas. »  En regardant ces nouvelles insolites, je me suis un peu dit que  avons besoin de plus d’Omer et de plus de baisers dans cette région, retrouver l’humanité dans l’ennemi plutôt que le détester, tendre la main malgré les horreurs, les blessures et les rancunes.

Justement, de ce côté de l’océan, un Israélien et un Palestinien ont remporté ensemble un Oscar et envoyé le plus beau message de paix à la planète. Quel courage de dénoncer l’occupation et la politique américaine qui ruine les chances de paix. Moins chanceux, M. Zelensky était lui reparti de la Maison Blanche sans baisers ni accolades, humilié publiquement par le duo ploutocrate qui gouverne l’Amérique. Cette gifle diplomatique  où les États Unis tournent brutalement le dos à leur allié  (après l’avoir longtemps encouragé à guerroyer contre les Russes) a stupéfié la planète mais elle peut aussi nous servir de leçon.


Elle devrait notamment tempérer les ardeurs pro américaines de certains Libanais qui rêvent de troquer le diktat de Téhéran  par une tutelle américaine, voire une paix hâtive avec Israël. Quand comprendront-ils enfin que le Liban ne peut être un dominion Occidental en terre d’Orient? Son rôle est d’être un pont entre les civilisations et non pas une girouette! Recouvrer notre souveraineté et nous débarrasser des milices peut et doit se faire  sans tourner le dos à notre appartenance levantine. Les Libanais qui ont dit adieu à Hassan Nasrallah dans la tristesse, l’indifférence où le soulagement sauront-ils enfin tourner la page des divisions venues d’ailleurs et choisir une voie commune et salutaire ?  


In English 

Between Kisses and Slaps,


After months of violence, this time it was a kiss from Gaza that created controversy. Israeli hostage Omer Shem Tov, 22, took everyone by surprise by kissing two Hamas fighters on the front lines upon his release.


While the far-right Israeli government quickly saw this kiss as a forced gesture and a form of humiliation, the video showed no visible signs of coercion and Omer, with his big smile, did not seem particularly upset. In any case, and far from any admiration for Hamas’ macabre stagings, more interesting for me was the reaction of the hostage’s parents. His father described Omer as “the most positive spirit in the world” and his mother said: “That’s Omer… He gets along with everyone, even Hamas… They even love him there.” » Looking at this unusual news, I thought to myself that we might need more Omer and more kisses in this region, to find humanity in the enemy rather than hate them, to reach out despite the horrors, the wounds and the grudges.


Precisely, on this side of the ocean, an Israeli and a Palestinian won an Oscar together and sent the most beautiful message of peace to the planet. What courage to denounce the occupation and the American policy that ruins the chances of peace. Less fortunate, Mr. Zelensky left the White House without kisses or hugs, publicly humiliated by the plutocratic duo that governs America. This diplomatic slap in the face where the United States brutally turns its back on its ally (after having long encouraged it to wage war against the Russians) has stunned the planet but it can also serve as a lesson to us.


It should notably temper the pro-American ardor of some Lebanese who dream of swapping Tehran’s diktat for American tutelage, or even a hasty peace with Israel. When will they finally understand that Lebanon cannot just be a Western dominion in the land of the Orient? Its role is to be a bridge between civilizations and not a weather vane! Regaining our sovereignty and getting rid of the militias can and must be done without turning our backs on our Levantine affiliation. Will the Lebanese who said goodbye to Hassan Nasrallah in sadness, indifference or relief finally know how to turn the page on the divisions coming from overseas and choose a common and salutary path?