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9.2.22

Le départ de Hariri : une chance.


Il y a deux façons de réagir au retrait de Saad Hariri de la vie politique.

La première, traditionnelle et débilitante, est bien sûr l’éternelle lecture confessionnelle: Y voir un « boycott sunnite » qui remettrait en cause la tenue ou légitimité des prochaines élections législatives. C’est la grave erreur que commettent souvent les médias et beaucoup de Libanais, celle qui consiste à accepter mécaniquement que certains accaparent la représentation d’une communauté, en dépit de toute logique. Ce n’est ni à Saad Hariri, ni au mufti, ni à l’ambassadeur saoudien et encore moins à un club autoproclamé d’anciens premiers ministres obsolètes de représenter ce qu’on appelle à tort la « rue Sunnite ».  Aucun n’a été élu directement ou exclusivement par cette communauté pour remplir ce rôle. A l’instar des zaïms des autres confessions, leur légitimité n’a pas plus de valeur que leur arrogance et leur attachement à la loi du plus fort, du plus riche ou du plus violent. 

La seconde lecture de ce départ Haririen, bien plus intéressante,  est d’y voir une opportunité. L’échec de Saad Hariri en politique est cuisant: Contrairement à son père qui -qu’on le veuille ou pas-  avait au moins une sorte de vision pour le Liban, Saad Hariri n’jamais eu aucune vraie conviction, peu d’options peut-être mais encore moins de flair ou de talent. Il a toujours été là comme par défaut et il n’a donc jamais su tenir le pays. Les chefs mafieux qui se délectaient jadis de la faiblesse de ce leader malgré lui, se désolent aujourd’hui de son départ. On leur souhaite tous, sans trop y croire, de vite lui emboîter le pas. 

Il est surtout urgent pour les partis issus de la Thawra de saisir cette opportunité pour présenter ensemble des candidats compétents, et remplir le vide que Hariri laisse avec ses alliés léthargiques. Trouver un programme socio-économique fort pour Tripoli, des idées d’avenir pour les Beyrouthins et un vrai projet de développement pour Saida, la Bekaa ou le Akkar… l’opportunité de remplacer la ploutocratie incompétente est bien là, devant vous. Saisissez-la vite avant qu’un nouveau mafieux ou usurpateur s’en empare et prétende représenter une communauté malgré elle.  Unissez-vous pour proposer des hommes et des femmes qui se mettent au service de toutes les « rues ». Vous êtes notre seul espoir.

4.9.21

La fin du système confessionnel

Comment retrouver l’espoir pour le Liban? Ces dernières années m’ont appris que cette région ne s’améliorera que lorsque nous y trouverons le courage de ranger nos religions dans leurs temples. Et cela, parce qu’en Orient, nous sommes tous à la fois victimes consentantes et coupables de ce grand mal qu’on appelle le confessionalisme: Nous avons épousé nos religions depuis des siècles, comme on s’entiche d’équipes de football. Chaque confession a donné à ses membres quelques valeurs morales bien sûr (vite oubliées pour beaucoup) mais surtout des motifs de fierté, des sentiments d’identité, des sources d’inspiration ou des allégeances à des puissances étrangères. Ce faisant, elles ont systématiquement empêché une cohésion sociale et toute naissance d’un véritable sentiment national.

Les origines de ce mal proviennent paradoxalement de la relative tolérance de l’Islam envers les minorités religieuses monothéistes au Moyen Âge et notamment sous le règne Omeyyade (ce qui contrastait avec l’intolérance religieuse en Occident). Mais cette tolérance ne signifiait pas intégration. Elle encourageait la juxtaposition pacifique des communautés sans aucun souci de les mélanger ou les dépasser tant il était impensable que la chose publique soit dissociée de la religion dominante. Il y avait donc la religion d’Etat (généralement l’Islam sunnite) et les religions minoritaires dont les adeptes pouvaient vivre en paix et prospérer, mais avec un statut de citoyens de seconde catégorie, peu ou pas de poids politique, un impôt en plus mais aussi l’avantage de ne pas voir leurs fils enrôlés dans l’armée de l’empire et de vivre comme bon leur semblait. Cette situation avait permis le maintien et même le développement sans interruption de minorités dans le monde musulman, voire l’arrivée en Orient de minorités persécutées en Europe comme les Juifs d’Esoagne. Ces minorités se sont accommodées d’un État qui n’était pas vraiment le leur mais elles ont aussi constamment essayé de le remplacer. Ce système a donc enfanté involontairement d’un fléau, , la création de communautés confessionnelles qui jouent le rôle de mini-Etats dans l’Etat. On naît en Orient d’abord dans une communauté puis ensuite dans une ville ou un pays. Et si la solidarité intra-communautaire était salvatrice en temps de misère, famines ou persécutions, elle est vite devenue toxique en empêchant le développement d’ États modernes et unis.

Avec les crispations identitaires qui ont secoué le monde depuis la fin du XXème siècle, cette maladie chronique s’est aggravée et elle a plongé le Levant dans les ténèbres. Déjà les créations d’Etats basés sur les religions en Israël, en Iran, et avant cela, en Arabie, avaient rendu la région plus intolérante, voire explosive. Le pays le plus fragile, le Liban et ses dix huit confessions, implosait en 1975 avec des chrétiens convaincus qu’on cherchait à les chasser de leur pays et des musulmans persuadés que leur Etat n’était qu’un dominion de l’Ouest qui les spoliait et trahissait. Puis ce fut le tour de l’Irak où l’interventionnisme américain réveilla les pires démons confessionnels et cette fois entre Sunnites et Chiites. Et enfin bien sûr, la Syrie avec sa guerre sanglante entre pouvoir alaouite et opposition sunnite. En Orient aujourd’hui, Chrétiens, Juifs, Sunnites, Chiites, Druzes, Alsouites, Yazidis ou autres se sont retrouvés dans un tourbillon de tensions et de violence sans précédent depuis des siècles. Le résultat en est une région exsangue, dévastée par les guerres avec à peine quelques fragiles oasis de développement, encerclés par des étendues immenses de misère et de chaos. Le Liban est le parfait exemple du pays sacrifié sur l’autel des divisions communautaires. Incapable de se gouverner, il agonise.

Encore aujourd’hui, les peurs et théories de complot d’origine confessionnelle y restent virulentes. En arrivant à Beyrouth cet été, mon chauffeur de taxi pourtant bien sympathique m’en fournit une énième preuve. Je lui parlais des dégâts innombrables causés par l’explosion du 4 août et de la menace pesant sur le patrimoine architectural de la capitale. Il me répondit de but en blanc: « il paraît qu’ils cherchent même à islamiser nos quartiers ». Interloqué, je lui rétorquai un peu sèchement que ces bruits n’étaient sûrement pas fondés, que l’immeuble que nous avons aidé à restaurer n’a été justement secouru que par des ONG tenues par des concitoyens de confession musulmane et qui ont tout fait pour que les propriétaires (chrétiens) reviennent chez eux. Et que les promoteurs détruisant les immeubles anciens pour les remplacer par d’hideux gratte-ciel étaient en réalité de toutes les confessions.

Nous avons donc vraiment besoin d’une nouvelle laïcité en Orient et notamment au Liban. Pas la laïcité des dictateurs Arabes qui l’avaient transformée en outil d’oppression contre leurs peuples, ni celle des vieux partis Libanais prétendument progressistes qui, sous couvert de laïcité, cherchaient à accaparer le pouvoir, changer le destin du pays et en faire un dominion de l’Egypte ou de l’OLP ou empêcher les minorités de s’autodéterminer. Nous voulons une laïcité moderne et sur-mesure qui remette en cause la façon de vivre sclérosée qui sévit en Orient depuis trop longtemps. Cette omniprésence du religieux dans la sphère publique et dans les débats, cette utilisation maléfique de l’Islam pour mobiliser les foules sur des sujets non religieux et le terrible recroquevillement des minorités sur elles-mêmes, source de peurs, d’agressivité, de racisme ou d’exil.

La responsabilité pesant sur les épaules de nos nouveaux partis issus de la révolution d’octobre 2019 est par conséquent gigantesque. Il leur faudra convaincre les foules que les muftis et les imams doivent se concentrer sur les valeurs morales et cesser de se mêler de politique, il leur faudra également affirmer que ce n’est pas à un patriarche ni à un archevêque de déterminer le destin d’une nation, il leur faudra imposer des choses aussi taboues qu’un droit civil laïc où les gens peuvent se marier et divorcer, naître, mourir et hériter sans interventions obligatoires des religieux. Imposer par exemple qu’une femme sunnite hérite exactement de la même manière qu’une femme chiite ou chrétienne ou même athée (mot imprononçable en Orient!). Q’une Libanaise puisse donner sa nationalité à ses enfants même si leur père est étranger. Puis se tourner vers tous les chantiers qui comptent: les infrastructures, l’environnement, l’éducation... Arrêter cette obsession des armes et la fascination malsaine pour les martyrs. 

Ne vous ne méprenez pas. Ceci n’est pas un appel contre les religions. C’est plutôt un appel pour que les religions jouent en Orient le rôle qui leur est vraiment demandé. Prôner des valeurs morales, condamner la violence, encourager la tolérance et la solidarité, pousser les efforts d’alphabétisation et j’en passe. Les communautés musulmanes ont un devoir important dans l’instauration de cette nouvelle laïcité. Promouvoir la paix, revenir vers la beauté pure des textes et à l’Islam éclairé, intellectuel, tolérant et charitable, le seul qui ait jamais vraiment fonctionné et prospéré. Accepter que la religion au XXIème siècle doive relever d’un choix personnel et non pas d’un diktat. Pour les chrétiens, il s’agit de ranger leurs phobies et accepter pleinement leur ancrage en Orient. Arrêter de penser qu’il y a un complot pour les déraciner. Il s’agit en fin de compte d’apprendre à aimer ses concitoyens dans leurs différences, c’est aussi cela aimer son pays.

21.8.21

Dans la douleur, un nouveau Liban?


 De retour à New York depuis quelques jours, j’ai vu l’actualité se noircir de mauvaises nouvelles. Entre le variant Delta du Covid, le séisme en Haïti et la chute de Kaboul, on ne sait plus trop à quel saint se vouer. Puis je contemple avec tristesse mon pauvre Liban dont l’effondrement s’accélère dans la douleur. 

La faillite morale issue d’un système confessionnel archaïque y est désormais doublée d’une faillite financière et sociale. La montagne d’insouciance et de corruption construite après la guerre, ses allures faussement prospères faites d’enrichissement illicite, de voitures trop chères et de soirées opulentes se sont effondrées sur elles-mêmes, cédant la place à un pays fatigué sans infrastructures et sans leadership, et surtout sans le moindre sens de l’intérêt général.

La douleur y est donc immense, faite de pénuries, de spoliations et de comptes bancaires bloqués. Ces derniers jours, la crise a dévoilé le visage hideux de la contrebande de produits pétroliers subventionnés avec l’argent public et revendus en Syrie par les partis politiques confessionnels et leurs protégés. Au point où la population en colère a découvert des citernes d’essence illicites, alors qu’il faut attendre cinq heures pour faire son plein en station. Et bien sûr, le résultat tragique s’est imposé : une nouvelle explosion, cette fois dans le Nord, et son lot de morts et de grand brûlés, énièmes victimes d’un État bandit. 

La fin de l’ancien Liban sclérosé par ses divisions religieuses et les peurs entre communautés semble désormais inéluctable. Le chemin du salut reste long, mais la crise dans ses horreurs peut unir les Libanais. Ils se rendent compte enfin qu’ils sont tous dans le même bateau, quelle que soit leur communauté, victimes justement de leurs désunions stériles, et de leurs zaïms abjects et manipulateurs. La société civile transformée en nouvelle opposition laïque représente donc le seul espoir. C’est cette société civile et ses jeunes qui ont d’ailleurs reconstruit des pans entiers de Beyrouth après la double explosion d’août 2020. C’est à eux d’imposer le changement et de nouveaux leaders. Leur plus gros défi sera de saper le discours confessionnel une bonne fois pour toutes, tuer les phobies qu’il a nourries au fil des siècles pour diviser la population et l’empêcher de réclamer des comptes à ses dirigeants.

Les Libanais trouveront ils le courage de jeter leurs peurs et avancer ensemble ? C’est peut être à l’avènement d’un nouveau Liban qu’on assiste, voire – osons rêver ! – à celle d’un nouveau Levant. N’oublions pas que les plus beaux enfants naissent eux aussi dans la douleur.

27.7.20

Faillite morale

A l’heure où les ministres d’Occident viennent nous sermonner sur les réformes nécessaires au Liban et que des yeux incorrigibles cherchent encore la lumière d’outre-mer,  je m’évertue à répéter aux uns et aux autres que notre salut ne viendra que de nous-mêmes. Oui, la clef est bien là,  sous vos nez, cachée dans les 10452 km2 de cette petite terre. La maladie est interne et nous n’en guérirons qu’après un examen profond et un traitement ... de cheval, 

Au delà des divisions communautaires qui nous ont affaiblis depuis toujours, il y a un grand mal tout aussi grave qui s’est installé dans les craquelures du Liban. Il s’agit de la faillite morale de notre société qui a eu lieu bien avant celle de nos finances. Cette maladie était comme une drogue douce, entêtante et facile. Nous en étions presque fiers, dansant dans des soirées endiablées, servis comme des pachas par des employés de  maison, ou bien sûr au volant de voitures de luxe alors que notre pays ne produisait presque rien.

Je vous parle en effet de cette pseudo philosophie libanaise faussement sympathique du “vivre au jour le jour”, celle de croquer à pleines dents ce qu’il reste de notre pays béni des dieux par son climat, son histoire, sa cuisine et ses belles montagnes. Ce mythe galvaudé du phénix qui renaît de ses cendres nous a ainsi bercés si longtemps et autorisé tous les excès. Il 
nous a fait croire qu’on pouvait construire des hôtels de luxe sur d’anciennes décharges et bétonner tout notre littoral sans conséquence. Que notre manque de civisme était une marque de virilité ou d’ingéniosité et que les moralisateurs étaient juste des faibles. L’image des zaïms richissimes et celle des hommes d’affaires milliardaires sans raison nous ont fascinés et corrompus jusqu’à la moelle.

Mais elle était trompeuse l’ivresse de ceux qui ne construisaient aucun lendemain pour leurs enfants. La dure réalité a rattrapé ce Liban là. 
Les carrières sauvages ont rongé sa forêt. Les projets immobiliers rocambolesques ont détruit l’environnement et leurs appartements de luxe sont pourtant restés vides. Les touristes lassés de ce chaos ne sont presque plus venus. Les Libanais d’outre-mer ont recherché une mer plus propre ailleurs. La confiance dans un pays qui ne sait même plus ramasser ses ordures a naturellement chuté. Jusqu’à ce que le château de cartes s’effondre. 

Malgré la douleur de voir cette faillite morale devenue banqueroute nationale, on peut espérer qu’elle serve justement à redistribuer les cartes. Que le Libanais courageux, celui qui travaille vraiment, en triomphe.  Que celui qui cultive sa terre vende enfin ses belles récoltes. Que celles qui se battent sur place pour un pays moderne libre, laïc et civique soient enfin les héroïnes. Pas les hommes d’affaires véreux ou les chefs de guerre faillis et leurs épouses oisives. Qu’on revienne un peu sur terre et qu’on fasse le grand ménage dans cette petite maison libanaise. Ensemble.

15.7.20

2020: Quelle année...

Quelle année !
Quelle année... à peine arrivés à sa moitié, nous avons déjà hâte qu’elle se termine ! Un virus nous a tous pris en otage, attrapés par la queue alors que rien ne semblait freiner nos courses respectives, plus folles les unes que les autres. Course au profit, course au succès, course à la croissance ou celle, plus obscure, à l’armement ou au pouvoir. 
À ce propos, heureusement que le virus ne semble pas avoir épargné le populisme. Donald Trump n’en finit plus de se ridiculiser, et avec lui l’Amérique, de cafouillage en calembour, sa démagogie de bas étage jadis dissimulée par la croissance économique est désormais dévoilée : elle est là, béante et obscène au grand jour. Bolsonaro est lui aussi malade du virus, aux sens propre et figuré alors qu’il niait presque son existence. Tout comme Boris Johnson avant lui, hospitalisé après avoir refusé fièrement de porter un masque ou de confiner l’Angleterre. Le virus nous a ironiquement rappelé le danger d’élire des bouffons par colère ou dépit. En cas de crise, on se rend compte qu’il vaut mieux un dirigeant compétent sans charisme qu’une grande gueule qui raconte n’importe quoi. 
Le virus a aussi réveillé des blessures. Je pense bien sûr à la plaie encore béante de l’esclavage ici en Amérique et la nécessité de continuer à lutter contre le racisme et les préjugés. Mais aussi à la blessure économique de cette révolution digitale où quelques brillants milliardaires pèsent insolemment plus que le PNB de certains pays, sans payer d’impôts ou presque, alors que la classe moyenne autour d’eux sombre dangereusement dans la pauvreté. La nécessité d’un retour au keynesianisme se profile. Espérons qu’il puisse sauver nos démocraties. 
Enfin, en Orient, les malheurs s’aggravent. Israël finit d’asservir les Palestiniens en leur volant le très peu de terres qui leur restent dans une impunité inégalée. La Turquie sombre dans l’obscurantisme. Puis mon pauvre Liban natal qui agonise : mal géré, endetté, corrompu et livré à ses démons, le virus est son coup de grâce. Je regardais hier cette vieille photo des années cinquante, montrant mon père trônant fièrement sur l’avant de sa première voiture dans cette montagne si belle. Emblématique d’un Levant disparu, ou d’un monde romantique dépecé par les loups. Cet Orient-là, désormais à genoux, saura-t-il un jour se ressaisir ?

13.6.20

Liban : fin d’un chapitre?

Depuis mon enfance dans un Liban déchiré par la guerre civile, j’ai souvent entendu des détracteurs de ce qu’on appelait « le maronitisme politique ». On reprochait aux Maronites, communauté  chrétienne à l’origine de la création du Liban moderne, d’avoir accaparé le pouvoir, empêché les autres communautés de prospérer,  être vendue à l’Occident et même être responsables du chaos de la guerre civile.

 Beaucoup de Libanais étaient convaincus  par leurs leaders communautaires respectifs que tous leurs malheurs venaient de ce système injuste  où le Président chrétien et maronite faisait la pluie et le beau temps au mépris des autres  communautés ou des grandes causes arabes. La guerre civile qui s’ensuivit  ne cessa en 1990 que lorsque les Maronites renoncèrent au régime présidentiel et acceptèrent de partager le gâteau libanais avec deux autres leaders, principalement les chiites et les sunnites. 

Force est de constater aujourd’hui, trente ans après cet accord, que ce petit  gâteau qui avait prospéré de 1920 à 1975, souffert entre 1975 et 1990 a désormais totalement disparu, tout comme la valeur de sa monnaie nationale et son système bancaire, dernier bastion du Liban d’avant. Nous voyons désormais un pays exsangue , oblitéré par trente ans de corruption généralisée et de concupiscences. Car si le Liban d’avant 1975 était aussi corrompu, fragile et très imparfait  le maronitisme politique, par le fait qu’un seul homme élu tous les six ans tenait les rennes du carrelage, avait au moins réussi à créer un pays civilisé, avec des infrastructures,, une économie de services, une balance de paiement excédentaire, une terre à l’abri des guerres et des révolutions si nombreuses dans la région.

Les communautés qui crachaient sur ce système et ses injustices avérées ou  fantasmées ne se doutaient peut-être pas que le Liban d’après guerre, celui du consensus intercommunautaire et du partage des pouvoirs, serait bien pire, détruit par le manque béant de leadership, l’avidité des caïds de tous bords (maronites, sunnites, chiites ou autres) ou les adeptes de la loi du plus fort dictée par l’Iran. Et que le pays du cèdre livré à ses pires  hyènes de toutes les communautés vaudrait désormais bien moins que celui où une seule confession accaparait le pouvoir.

Alors, me direz vous, quel doit être le nouveau Liban? Fédéralisme ? Laïcité ? Ou un mélange des deux? Ou serait-ce la fin cette fois? La civilisation levantine vivrait-elle ses derniers instants? Les pages du prochain chapitre sont aussi blanches que les sommets hivernaux de nos montagnes. Au moins elles restent  là, belles et encore debout, malgré tout. 

14.4.20

Desserts voyageurs

Au risque de vous paraître un peu futile, laissez moi vous raconter en ces temps de confinement mondial la jolie épopée de ma boîte de desserts de Pâques.

Je dis souvent que dans mon Levant natal, nous avons raté tant de virages, détruit nos pays, un à un, par nos gueguerrres communautaires, nous avons perdu la Palestine, oblitéré la Syrie et transformé une partie de notre  beau Liban en forêt de béton et de corruption. Mais dans ce sombre tableau, nous avons au moins réussi une chose importante, c’est la cuisine. Et plus particulièrement aujourd’hui je vous parle des mamouls, ces merveilleuses pâtisseries fourrées de noix, pistaches, dattes ou amandes si difficiles à faire et dédiées à célébrer Pâques. Enfant à Beyrouth,  j’adorais observer ma grand-mère avec ses trois filles et ma mère lancer ce gros chantier des maamouls pendant la semaine sainte. Chacune des femmes avait un rôle bien spécifique pour venir à bout de cette entreprise fastidieuse. Le résultat était comme une petite œuvre d’art, chaque pâtisserie était tout à tour, délicatement sculptée, minutieusement fourrée puis décorée comme une poterie avant d’être enfournée puis saupoudrée de sucre. Ces fruits délicats d’heures de travail et de détails  étaient ensuite dévorés allègrement, en moins de trois secondes chacun, pour le plus grand bonheur de tous.

J’aimais surtout ce paradoxe que les maamouls, si chrétiens soient ils, pussent se trouver aussi en ville dans des pâtisseries renommées et notamment celles de nos quartiers musulmans, connues pour être les meilleures pour fabriquer ces délices pascals. Comme dans un pied de nez annuel  aux nombreux fanatiques et sectaires qui ont détruit le pays et la région, mes parents et moi aimions que les meilleurs maamouls célébrant la fête chrétienne fussent parfois arrivés de Tripoli, cette ville du nord à majorité musulmane, presque intimidante pour nous en temps de guerre civile et de massacres intercommunautaires. Toujours surprenante, cette ville fut d’ailleurs plus récemment le théâtre d’une révolte séculaire contre le communautarisme sur des sons endiablés d’un DJ révolutionnaire digne d’Ibiza. Autant de stéréotypes et de stigmates mis à mal par une boite de maamouls ou des jeunes qui rêvent d’un avenir meilleur.

C’est justement de cette ville de Tripoli qu’un site internet téméraire m’a proposé la semaine dernière des maamouls livrés mondialement dans une publicité Instagram, narguant le Covid et ses blocages. Et dans mon confinement New-yorkais, je ne pus résister à la tentation de commander par gourmandise et curiosité, avec assez peu d’espoir de voir ces boites arriver à bon port. En effet avec l’aéroport de Beyrouth fermé aux voyageurs, l’état des transports internationaux, la réputation sévère des douanes américaines, le périple de ces boites s’avérait long et tumultueux, une odyssée que je pus suivre non sans excitation sur mon écran d’ordinateur; les boites partirent de Tripoli le jour même de ma commande et arrivèrent donc à l’aéroport de Beyrouth jeudi soir. Le lendemain elles embarquèrent pour .... Bahreïn pour transiter vers... Bruxelles. D’où elles repartirent dimanche pour les États Unis. Pas le meilleur bilan carbone, je vous le concède! Elles atterrirent hier à Cincinnati où elles passèrent vaillamment la douane. Je tremblai à l’idée de voir ces boites vertes ornées d’inscriptions arabes provoquer la suspicion, être ouvertes ou saccagées, finir compostées dans une poubelle de l’Ohio ou, moins tristement, chez un douanier gourmand. Et non! Ce matin, DHL m’a informé qu’elles ont atterri à New York. Et cet après midi elles sont bien là chez moi à Manhattan en à peine cinq jours!

Miracle d’un dessert proustien d’Orient, fabriqué par les musulmans pour les chrétiens et  traversant la planète au temps du Coronavirus! Joyeuses Pâques à tous et un grand merci à  Hallab.com.lb et à mon bien sympathique livreur masqué DHL.

https://www.hallab.com.lb/international/

20.1.20

Les sirènes trompeuses de la violence

Après trois mois de révolution pacifique les rues de Beyrouth se sont malheureusement embrasées ce week-end et on compte des centaines de blessés.

D’abord, pour le contexte, rappelons le spectacle affligeant de la classe politique qui ne réussit même pas à former un nouveau gouvernement tant les avidités sectaires et partisanes y sont puissantes. L’égoïsme forcené, la stupidité et l’incompétence des dirigeants sont désormais à ciel ouvert et elles provoquent la colère. Tous les partis sont coupables: Ceux de la majorité avec en tête, un président de la république apathique et son gendre incompétent tous deux dépassés par les événements et un président du parlement abject accroché à ses privilèges mafieux. Mais aussi ceux d’une opposition inique en embuscade qui n’avait pourtant pas hésité à participer à l’ancien  gouvernement et qui essaye maintenant de reprendre du galon, tel un bandit qui dénonce ses anciens complices pour sauver sa peau et accaparer le butin. Sans parler de l’ancien premier ministre qui n’a jamais rien réussi à faire pour son pays et qui est tout aussi responsable de la catastrophe économique et sociale.

Le recours à la violence est donc malheureusement tentant  pour ceux qui se sentent oubliés et méprisés et n’ont plus rien à perdre alors que leurs comptes en banque ont été vidés. Or la colère et la violence peuvent sonner le glas de la révolution. Outre leur échec moral évident, leur capacité à diviser les rangs même de la révolte et le feu vert qu’elles représentent pour la répression policière en font un choix funeste. Puis, au risque d’être froid et calculateur, pour gagner par la violence, il faudrait que celle-ci puisse être plus forte que tous les partis politiques réunis (y compris une milice pro-iranienne armée jusqu’aux dents...). Pas le plus pragmatique des choix.

Alors n’oublions pas les vrais objectifs de cette révolution libanaise : le départ des anciens caïds (tous, c’est à dire tous!), la lutte contre la corruption devenue religion d’état et la fin du communautarisme. Répétons-les comme un mantra salvateur. Aucun progrès ne se fera sur ces fronts en vandalisant quelques banques et jetant des pavés sur les policiers. Avec l’échec annoncé du premier ministre désigné à former une équipe compétente, seules des élections anticipées peuvent amener au parlement un vent nouveau. Il faudrait, par la désobéissance civile, appeler clairement à leur tenue le plus vite possible.

15.1.20

Sortez Berry


Hier, les gens sont à nouveau descendus dans la rue à Beyrouth. Les routes sont à nouveau bloquées.
Dans cette crise politique économique et financière qui s’éternise, on se demande d’où viendra le déblocage alors que tous les partis semble camper sur leurs positions.

Il y a un signe intéressant dans la semaine de la colère initiée aujourd’hui. Les manifestants ont été appelés à marcher vers le domicile du premier ministre désigné. Mais pour la première fois fois ce n’est pas juste pour le conspuer et le rejeter, c’est pour lui mettre la pression pour former son gouvernement de spécialistes tel qu’il l’a promis et malgré les blocages provenant des partis mêmes qui l’ont nommé et notamment les manigances habituelles du président du parlement. 

M. Berry, déjà bien connu pour sa corruption et son clientélisme érigés à l’État d’institutions,  continue son jeu habituel. L’ancien caïd de guerre reconverti sur le perchoir de la chambre depuis trente ans (sic) essaye, comme d’habitude, d’installer telle ou telle personne à tel ou tel ministère même si cela veut dire prolonger la formation du gouvernement ad vitam aeternam. Son mépris pour l’intérêt général atteint des niveaux inouïs.

La seule vraie question est pourquoi est-il toujours là? Il n’a ni les armes de ses alliés chiites, ni leurs lauriers. Son vieil allié, le pouvoir Syrien, a mieux à faire. Sa popularité dans le Sud s’est délitée à coup de scandales de corruption et détournement de fonds publics. Ses députés ne sont élus que parce que son puissant allié leur laisse les sièges. Tout au plus, il lui reste son épouse et quelques bandits qu’il envoie dans la rue brûler des voitures ou attaquer les civils dès que son pouvoir est menacé. On ne peut qu’appeler à sa destitution immédiate en encourageant ses alliés à le lâcher le plus vite possible. Après le départ du premier ministre sortant, ce serait une autre victoire pour le Liban.

9.1.20

La cause de tous nos maux: serait-ce la langue arabe?


Le Moyen Orient en ce début d’année n’en finit pas de sombrer dans la pire décadence qu’il n’ait jamais connue. Pas un pays vraiment en paix de la Libye à l’Iraq, pas un succès économique qui ne soit artificiel ou gonflé de pétrodollars, pas une vraie démocratie qui fonctionne, le bilan est déprimant.
L’impasse où se trouve la civilisation arabo musulmane annoncée par Amin Malouf dans “Le dérèglement du monde” semble se matérialiser un peu plus chaque année.
Cela pousse à s’interroger sur les vraies raisons de ce déclin.


Une cause trop souvent évoquée pour nos difficultés moyen orientales est l’héritage obscurantiste et féodal de la domination ottomane dont le règne s’établit du XVIIème au XXème siècles en divisant les communautés sur base de religions et d’appartenances et des petits caïds locaux. Soit. Mais les Turcs sont partis il y’a désormais cent ans. Pourquoi ne sommes nous toujours pas sortis de ce carcan? 

Une cause prônée par les islamophobes est la nature obscurantiste et sexiste de l’Islam qui tire les populations vers le bas. Mais cette théorie raciste se démonte facilement dans des pays musulmans loin du moyen orient qui ont des niveaux de développement comparables à leurs voisins non musulmans. C’est plutôt  la place disproportionnée que la religion occupe qui semble être le problème.

Trop souvent évoquées sont aussi les accusations coutre l’impérialisme occidental et Israël, causes supposées de tous les maux. Mais la aussi, la cupidité des puissances occidentales depuis des siècles a recouvert tous les continents et nous n’en avons pas le monopole. Tout pays faible est exposé à l’impérialisme sans exception. Quant à Israël, il est difficile d’expliquer son influence sur les malheurs libyens, algériens ou irakiens  

Une cause bien plus plausible de nos problèmes est l’alphabétisation trop faIble et une éducation longtemps dépriorisée. Élément à charge, selon l’UNESCO, et bien que n’étant pas les pays les plus démunis de la planète, les pays arabes enregistrent les taux d'alphabétisme des adultes les plus bas du monde; seuls 62,2% des plus de 15 ans étaient capables de lire et d'écrire; ce taux est nettement inférieur a la moyenne mondiale [84%] et à celle des pays en développement (76,4%).

Au delà de l’incurie des politiciens, ces  retards sont intimement liés à l’obsolescence de la langue. La langue officielle, l’arabe littéral, fonctionne comme le latin d’avant la Renaissance en Europe. Plus personne ne sait le parler, il est difficile à apprendre et lire. On ne l’entend plus que dans des discours officiels, les prières et les journaux télévisés. Avec la digitalisation, il s’éteint encore plus vite. Les gens parlent et textent en utilisant  leur dialecte local qui ne s’écrit pas. Ou ils l’écrivent avec des caractères latins entrecoupés de chiffres pour remplacer les sons qui n’existent pas en Occident. Notre attachement à la belle langue arabe classique ne s’explique que par une nostalgie romantique, son statut de seul vrai rassembleur des pays arabes ou de langue du Coran.
Or il existe près de 65 millions d'analphabètes dans le monde arabe soit 43 % de la population (32 % parmi les hommes et 56 % parmi les femmes). Et il est beaucoup plus difficile d’alphabétiser une population avec une langue qu’ils n’utilisent presque jamais dans la vie courante. 
Autre preuve troublante, toutes les classes moyennes et tout le business privé dans le monde arabe utilisent généralement une autre langue, l’anglais un peu partout ou le français en Afrique du Nord et au Liban. 
Or sans alphabétisation, pas de développement, pas de classe moyenne et pas de démocratie. Cela laisse le terrain fertile aux despotes et mollahs. Et aux interventions étrangères visant les ressources. 
La solution? Peut être faut il se résoudre à créer un arabe moderne simplifié au moins pour le Levant ou les dialectes sont similaires (Liban, Syrie, Palestine et Jordanie). 

Illettrisme, divisions et omniprésence des religions à l’extérieur des temples, les voilà les ingrédients médiévaux de notre débâcle. Si l’Orient veut sortir de l’impasse, c’est à eux qu’il faut s’attaquer.

27.12.19

Rêvons un peu

Contrairement à ce que beaucoup pensent, la nomination de Hassane Diab au poste de premier ministre du Liban n’est pas aussi négative qu’elle n’y parait. Et si elle n’est pas une vraie victoire, elle est loin d’être une défaite.

En effet, la révolution anti corruption et anti confessionnelle devrait se réjouir au moins modérément que ce soit un universitaire non affilié à un parti qui ait été choisi. Cela n’aurait pas eu lieu sans la pression de la rue. Quand on dit “Kellon ya3ne Kellon” on doit en toute honnêteté préférer un homme instruit à un énième oligarque ou même au premier ministre sortant. Un gouvernement techno politique sous M. Hariri n’aurait de toute façon rien réussi. Qu’un des trois présidents ne soit plus un caïd, c’est peut être un tout petit pas en avant.

Bien sûr, le fait que M. Diab soit nommé par l’actuelle majoritaire parlementaire, alliance du Hezbollah, Amal et CPL peut naturellement inquiéter. Et il aura sans doute peu d’autonomie pour réformer. Mais là aussi, on ne peut s’opposer au système parlementaire, si imparfait soit-il, sans risquer le chaos. Le 8 mars a la majorité et a donc techniquement le droit de gouverner. A nous de travailler pour évincer tous ces partis incompétents aux prochaines élections. Ou mettre la pression sur le nouveau premier ministre pour qu’il en organise de manière anticipée. Si on rejette tout, on court le risque de faire le jeu de ce même 8 mars qu’on critique. Il avait bloqué les institutions et paralysé le pays pour que Michel Aoun soit élu président  en prétendant que le chrétien le plus populaire dans son camp devait absolument accéder à la présidence, créant une nouvelle règle sectaire qui complique encore plus notre système déjà impossible.

En conclusion, Hassane Diab a désormais un job titanesque devant lui. Plutôt que lui cracher dessus tout de suite, il faut peut-être lui souhaiter de l’intelligence voire de la ruse. Et de la chance. Il faut rêver que le bien du pays soit vraiment son objectif. Nous n’avons finalement pas beaucoup à perdre. Notre cynisme, défaitisme et fatalisme ne nous ont jamais menés nulle part.

24.11.19

Une feuille de route qui nous rassemble

Le soulèvement populaire au Liban a cela de magnifique qu’il transcende pour la première fois les éternelles divisions communautaires et unifie les Libanais contre l’incurie de leurs dirigeants. En revanche, si on sait bien ce que la population rejette en bloc (politiciens mafieux, corruption, division et communautarisme), il lui manque toujours des représentants et surtout une feuille de route précise: Quel est le Liban que nous voudrions construire si jamais tous les rêves de cette révolution étaient réalisés?

Nous sommes à l’heure où il est urgent de se débarrasser de l’éternelle malédiction d’Alfred Naccache, notre politicien funestement visionnaire aux temps de l’indépendance. Il n’avait jamais cru en notre jeune république: « Deux négations ne font pas une nation », nous dit-il en 1946, en faisant référence à la création du Liban moderne basé sur le « Ni Occidental ni Arabe » de nos pères fondateurs. Sa phrase cynique nous a hanté depuis des décennies. Tout au long de mon enfance dans un Beyrouth divisé, je me rappelle encore comme elle me faisait frémir et douter de mon pays dévasté par ses guerres. 

Aujourd’hui, il nous faut donc trouver un projet commun pour construire le Liban de demain. Et voici juste quelques idées pèle-mêle qui me viennent à l’esprit:

1-République moderne et laïque

Construire une république laïque démocratique respectueuse des droits de l’homme, où tous les citoyens sont égaux devant la loi, où les religions sont respectées mais reléguées à leurs temples et où l’état civil ne sera plus lié à aucune instance religieuse.

Un pays qui se distinguerait donc de tous les autres au Moyen-Orient parce que les droits des hommes et des femmes y sont les mêmes quelles que soient leurs croyances, leurs orientations ou leurs origines ethniques: Registres de naissance, mariage, lois d’héritage et divorces ne dépendront plus des autorités religieuses mais de l’Etat.

Une protection constitutionnelle très stricte de la laïcité, de la liberté religieuse et d’un mode de vie affranchi des règles d’une religion ou de l’autre: cette protection est essentielle si on veut se débarrasser du communautarisme une fois pour toutes. les Libanais auront besoin de lire dans leur constitution qu’aucun dogme, loi religieuse ou fanatisme ne pourront jamais être imposés au Liban.

2-Un système économique assaini et autosuffisant 

Établir et promouvoir le Liban comme le centre culturel et démocratique du Moyen-Orient et y développer l’éducation, le tourisme haut de gamme, les festivals, l’entreprenariat digital et le système hospitalier pour améliorer notre balance des paiements et ne plus dépendre de subventions extérieures politisées et toxiques.

Ré développer l’agriculture haut de gamme.

Ouvrir le Liban à davantage de partenaires internationaux pour équilibrer le poids et les influences de toutes les puissances. Construire par exemple un partenariat entre le Liban et la Chine qui est riche en capitaux et pourrait investir dans le pays si les conditions étaient réunies, dans le respect de l’indépendance du pays. 

Développer des infrastructures haut-de-gamme tenues par le secteur privé pour éviter la corruption, notamment dans des secteurs stratégiques comme les transports publics et les énergies renouvelables. 

Endiguer la corruption avec des institutions juridiques fortes et indépendantes.

Défendre  strictement le patrimoine du pays avec des lois d’urgence sur l’urbanisme et la protection de l’environnement: Restaurer la souveraineté du peuple sur le littoral et les plages, arrêter les carrières qui défigurent la montagne, nettoyer le pays, assainir ses eaux, protéger ce qu’il reste d’architecture traditionnelle, construire de manière civilisée, reboiser les montagnes... un programme titanesque mais primordial.

3-Des relations extérieures apaisées et tenues par l’Etat  

Une neutralité stricte vis-à-vis de l’extérieur et un principe de non participation aux guerres d’autrui à l’extérieur des frontières libanaises..  Refuser d’utiliser le Liban comme plate-forme pour les querelles étrangères et protéger le pays des conflits internationaux par exemple entre Arabie Saoudite et Iran, ou entre Occident et Islam radical. Il est essentiel de couper l’incessante instrumentalisation de notre pays par l’étranger.

Rassurer la population et nos résidents palestiniens qu’on ne normalisera les relations avec Israël que si les droits des Palestiniens à l’autodétermination y sont reconnus.

Négocier fermement mais dans le respect des droits de l’homme un accueil des réfugiés récents qu’il est impossible d’intégrer étant donnée l’étroitesse du territoire et de ses ressources.
Naturaliser les descendants de réfugiés nés au Liban et y vivant depuis plus de 18 ans. Donner des droits à nos réfugiés palestiniens et leurs descendants qui ont croupi dans des camps depuis 1948.
Accueillir avec des quotas  les ressortissants de pays de culture levantine persécutés pour leur religion ou opinion et qui ont l’éducation et les moyens d’investir dans l’économie libanaise.
Interdire aux partis politiques les subventions étrangères qui en font des marionettes au profit de l’étranger. Exit les interventions iraniennes, saoudiennes ou américaines soupçonnées. Si ces pays veulent aider le Liban, leurs dollars seront les bienvenus mais dans les caisses de l’Etat et de la banque centrale,

Dissoudre toute milice et intégrer la branche militaire du Hezbollah dans l’armée libanaise en reconnaissant sa contribution à débarrasser le Liban de l’occupation israélienne mais la nécessité pour le Liban d’avoir une seule autorité civile et militaire pour le défendre et sa neutralité essentielle dans les conflits extérieurs.




2.11.19

Un nouveau système?

Nombreux sont les exemples de pays qui ne se sont mués en véritables démocraties qu’après des siècles de révolutions et de réformes.
Voici donc venu le temps pour le Liban de sortir de sa chrysalide confessionnelle et sectaire dans laquelle il se débat depuis 76 ans.
La nouvelle révolution libanaise a déjà enregistré un tout petit succès: la chute du gouvernement. La route est encore longue avant que l’essai ne soit transformé, mais, contrairenent ce que disent nos pessimistes et conspirationnistes, elle n’est pas impossible. 

Il faut d’abord que la raison l’emporte tardivement chez notre président octogénaire et qu’il accepte de nommer un gouvernement de technocrates  chargé d’organiser des élections anticipées. Il faut aussi que les députés acceptent la nouvelle donne et votent une loi électorale alors qu’ils risquent d’y perdre leurs sièges. Pas simple.
Après que la nouvelle chambre s’érige en assemblée constituante, il faudra enfin qu’on réussisse à instaurer un État laïc avec une constitution où ce sont les lois qui protègent toutes les communautés et non les anciens caïds. Où tous les citoyens et citoyennes ont les mêmes droits, les mêmes devoirs et les mêmes registres d’état civil. Un pays où on a le choix de se marier à la mairie si on le souhaite. Un pays où les femmes héritent les biens de la même manière que les hommes quelle que soit leur religion. Vaste programme? Utopie? Pas forcément.

Voici quelques idéees impensables il y’a quelques semaines et qui deviennent opportunes aujourd’hui:
  •  créer une chambre haute (sénat) qui accueillera les chefs des communautés religieuses mais les confinera à un rôle qui protège la liberté de culte et le mode de vie de chacun. Le cardinal, le métropolite les muftis et autres chefs religieux pourront enfin avoir un cadre pour nous combler de leur sagesse sans pour autant avoir le dernier mot, sauf peut être un veto en cas de  changements trop radicaux. De quoi rassurer par exemple les chrétiens de ne jamais se faire massacrer ou se retrouver en république islamique (une des peurs historiques qui a entériné le système confessionnel en 1943 et qui les hante toujours).
  • La nouvelle constitution devra protéger les libertés et la cohésion nationale de manière très stricte. Et pourchasser toute discrimination et tentative de division sur base sectaire qui devront être assimilée à de la haute trahison. Il s’agit là de décourager les démons du passé et inscrire l’unité nationale comme valeur patriotique.
  • Pour aider les religions à rester dans les temples, les discours politiques devront être dénués de toute notion sectaire ou religieuse. Eh oui! Avec un passé comme le nôtre il faudra peut être interdire tout parti politique ouvertement maronite chiite ou sunnite. 
  • Les religieux ne pourront s’exprimer sur des sujets politiques que dans l’enceinte du sénat. Adieu les sermons politisés du dimanche ou les appels à la lutte politique du vendredi. Plus au Liban ! La liberté d’expression ne pourra donc être totale au moins dans une première phase pour protéger la nouvelle république.
  • Le pouvoir exécutif devrait être redonné à la présidence de la république comme en 1943 mais cette fois avec une élection sans preconditions religieuses au suffrage universel à deux tours.  Pour éviter toute dérive dictatoriale, la chambre des députés et le sénat pourront destituer ce président en cas de crimes ou d’atteintes à la constitution à l’instar des États Unis. Deux mandats maximum de cinq ans et sans exception nous protégeront des potentiels tyrans.
  • Pour ceux qui en doutent, il faut évidemment que  la branche armée du Hezbollah soit intégrée dans l’armée libanaise.

Traitez nous de fous mais  n’oubliez pas que ce sont toujours les fous qui changent le monde! 

27.10.19

La naissance d’une Nation?

 Il est impossible en tant que Libanais de rester insensible à la révolution qui s’est soudainement emparée du pays.

Je n’ai vécu que les quatorze première années de ma vie au Liban et quand on voit son pays de loin,  les fléaux dont il souffre sont évidents. Le système confessionnel en est le premier, par son incapacité structurelle à enfanter de vrais leaders légitimes :  on ne gouverne que par consensus ou concupiscence. Le deuxième qui en découle logiquement : un pays néoféodal fait de caïds pourris et leurs proches vassaux qui se partagent le pouvoir au dépens de la majorité des citoyens. Le troisième fléau, le manque total d’esprit civique, l’absence cruelle du sens de l’intérêt général et du respect des lois, menant à une corruption devenue presque normale, une destruction accélérée de l’environnement et des infrastructures qui nous font honte. 

Les Libanais (au piège de ce système qui est le seul qu’ils connaissent) avaient pourtant voté une fois de plus et à 90% pour cette classe politique il y a seulement deux ans. Seuls un ou deux députés issus de la société civile avaient réussi à décrocher un strapontin  dans un parlement gangréné par les chefs de partis  habituels ou pis encore, leurs fils ineptes ou beaux fils véreux. Aux municipales où une liste civile avait courageusement tenté de changer les choses, une alliance féodale de dernière minute couplée d’achats de voix à la pelle avait rétabli au pouvoir une bande d’incapables qui se détestent entre eux et ne font rien ou presque pour la capitale. 

Ces déceptions avaient de quoi me faire regretter un peu de ne pas avoir été là pour voter mais surtout me réjouir de ne plus vivre dans mon pays natal gâché, abîmé par ses seigneurs égoïstes et leur populace docile. A chaque retour, je souffrais à la vue de ma petite patrie  qui s’effondre, ses montagnes vertes vérolées par le ciment et les carrières sauvages, sa mer bleue souillée par des égouts à l’abandon, ses rues jadis belles où les dernières villas du XIXeme sont détruites et remplacées par des tours d’une laideur ahurissante. Je pensais que c’était bien fini, ce petit rêve levantin, cette civilisation tombée sur l’autel des divisions et des fanatismes.

Mais aujourd’hui, comme par miracle, les Libanais se sont enfin réveillés. Ils ont enfin compris qu’on leur ment et qu’on les vole. Il leur a fallu 76 ans Pour comprendre qu’on utilise leurs peurs comme une drogue pour les parasiter. Ils ont démasqué leurs propres seigneurs qui promettent de protéger chaque  communauté pendant qu’ils vident impunément les caisses publiques et que le pays s’effondre. Et il est enivrant  ce sentiment que les chrétiens n’en peuvent plus d’avoir peur des musulmans alors que leurs chefs les ont éduqué à en être terrifiés et de s’accrocher au système communautaire qui les protège. Elles sont belles ces images de Tyr où les chiites n’en peuvent plus de ce speaker à la tête de la chambre depuis 30 ans et dont l’épouse a accumulé plusieurs milliards d’argent public ou même de ce barbu qui a certes tenu tête à Israël mais qui les entraîne depuis dans des guerres en Syrie qui ne sont pas les leurs. Les sunnites en ont assez de leurs voleurs et de ces haines sectaires fabriquées. Les athées ou agnostiques peuvent aussi sortir dans la rue sans se sentir marginaux. L’abolition du système sectaire  n’est plus une lubie de communiste, elle est devenue un slogan qui réunit.

Qu’il est bon de faire la fête ensemble dans la rue avec ce drapeau oublié qui nous réunit. On y offre les mêmes douceurs et on y danse sur le son des mêmes DJ. Ces mains qui s’entremêlent, ces voix à l’unisson, c’est la naissance d’une nation, aussi tardive, émouvante qu’inespérée.

1.11.16

Bonne chance Général(e)

L'espoir fait vivre. Et il réjouit beaucoup de Libanais aujourd'hui. Ils veulent croire à un renouveau, ils parlent de changement, de restauration de l'ordre et de lutte contre la corruption. Bref, ils veulent vivre et pour cela il leur faut y croire au moins un peu.

Peu importe que l'homme objet de leur espoir soit âgé de 82 ans. Tant pis s'il accède au pouvoir grâce au patronage de la Syrie et de l'Iran. Et oublions au passage la cupidité de ses jadis féroces ex-opposants qui ont hâte de retourner enfin  au pouvoir en s'alliant avec lui l'espace d'une journée au parlement. Avant de re-sombrer sans doute dans la discorde naturelle dès qu'il s'agit de se partager le pouvoir et ses butins... Bon j'arrête là car je risquerais de parler d'intérêt général et passer pour un fou.

Peu importe aussi si cet homme s'est distingué en 27 ans de vie politique par son appétit maladif pour le pouvoir, la violence de ses guerres n'ayant pour égale que la versatilité de ses allégeances. Un jour, il se posait en défenseur de l'Etat et ses institutions et puis l'autre, il bloquait leur fonctionnement par des boycotts dans l'unique dessein de promouvoir (efficacement!) sa carrière politique.  Il critiquait tantôt le clientélisme et le féodalisme mais bien vite  s'assurait que son beau-fils devînt ministre. Il est le champion des insultes dont il recouvre ses opposants mais il peine tant à balayer devant sa porte pourtant jonchée d'alliances contre nature, de populisme et de démagogie.

Quand on regarde cette élection de loin, pardonnez moi qu'il soit bien difficile d'en espérer grand chose. Peut être que cette vie en Occident m'a rendu cynique et blasé. Mais de quel droit oserais je critiquer ce nouveau chapitre de l'histoire de mon pays natal que j'ai quitté il y a si longtemps? Allez, bonne chance mon Liban et mon Général, il est aussi des miracles qui arrivent justement quand plus personne ne les attend. 

9.5.16

Beirut Blues

Ah Beyrouth tu es vraiment incorrigible...
Tu avais une chance de te refaire et tu ne l'as pas saisie... Tu as tourné le dos à l'espoir intense de voir des gens intelligents et philanthropes oser s'aventurer dans ton paysage politique débilitant.

Telle une fille de mauvaise vie qui se plaint de son quotidien, rêve d'échapper à ses proxénètes tout en sombrant chaque jour un peu plus dans sa déchéance, tu as préféré succomber à tes démons habituels: le clientélisme, l'argent, la fascination ou la peur des caïds. Ton pire ennemi, c'est ton cynisme teinté de paresse, cet air blasé de ceux qui n'y croient jamais; tels des drogués sans volonté, ils sortent à peine d'une cure de désintoxication pour se rendre aussitôt chez leur dealer.

Ce matin j'ai d'abord envie de dire un grand merci à ces gens courageux qui ont osé un moment te réveiller. Pour une fois, je me suis reconnu en leurs mots, j'ai rêvé que les choses puissent changer, j'ai prié pour qu'ils triomphent et te sauvent. Et j'espère qu'ils continueront leur combat. J'aime cette cinéaste brillante qui -je m'en souviens- fut une des rares après la guerre à travailler sur notre devoir de mémoire. Quelle victoire eût-ce été de la voir gérer notre ville! Les hommes ont échoué, la rédemption viendra telle des Libanaises? J'aime aussi cet Ibrahim et je ne sais même pas quelle est sa religion ou sa communauté, et ça aussi c'est un miracle au Liban. Parfois je rêve que nous ayons tous été appelés de ces prénoms laïcs, Karim, Fady ou Ibrahim et qu'on ne puisse pas savoir nos religions. Et puis mon Marwan qui est la bonté, l'humour, l'ouverture d'esprit et la philanthropie réunies. Et les autres que je ne connais pas mais que j'ai tant voulus voir gagner. Merci d'avoir tenté l'impossible. Goliath a tremblé un moment en vous voyant surgir. 

Et puis pour ma part, natif de Beyrouth, enregistré à Beyrouth, moi qui aurais sans doute pu voter si j'étais là, je vous demande pardon de ne pas avoir pris un vol de New York et déposé un bulletin... et je ressens ce matin, un peu plus que d'habitude, le goût amer de mon lointain exil. 

7.8.11

Mont-Liban: Quand le désert avance

C'est une montagne verte, couverte d'innombrables pins parasols mais cette surface boisée est menacée. Au dessus de 1400 mètres, les pins se raréfient et le paysage se fait plus aride, dolomitique et la neige hivernale y creuse les rochers. Ce désert des hauteurs qui recouvre le Mont-Liban ressemble à la tonsure d'un moine mais il est au moins naturel et beau. La laideur, elle, vient d'en bas et elle est galopante. Elle arrive de la côte et de Beyrouth sous forme d'immeubles bâclés, de ciment en abondance qui gravit les pentes sans relâche. Pas une loi, pas un décrêt n'a été imaginé pour encadrer cette urbanisation. La populace la voit peut-être comme un progrès. Chaque pin parasol qui tombe marquant l'avancée de l'homme et de sa civilisation de pacotille aux yeux d'une plèbe bien incivile.

Bien pire que les immeubles qui recouvrent les montagnes trop proches du littoral, la nouvelle plaie est tres certainement la nouvelle autoroute qu'un président en mal d'idées a fait construire pour desservir son village d'origine. Un paysage de montagnes et des collines éventrées, de forêts saccagées, de bretelles inutiles qui se déversent dans un petit village de montagne.

L'autoroute a été affublée d'un panneau pompeux au nom du dirigeant mégalomane, au moins il n'a pas honte de ses méfaits et il les signe. Le Liban a perdu des milliers d'arbres au profit des camions et des voitures qui empruntent désormais cette n-ième autostrade. Certes elle permet d' échapper aux routes engorgées principalement par un manque de signalisation, de civisme et de transports en commun. Mais elle est une blessure inutile, un pas de plus vers la désertification. Cette Montagne aux frontières des déserts, cette tâche verte dans une mer de sable, on la consomme, on ne sait plus l'aimer, on la ravage sans pitié.


11.3.11

Pensée pour la femme libanaise

Avec un peu de retard, une pensée pour les femmes qui se battent pour leurs droits à travers le monde.
Et plus particulièrement pour les Libanaises qui souffrent de lois discriminatoires honteuses. Ce pays ingouvernable peut au moins se targuer d’une absence de dictateur, d’une tradition démocratique certes très imparfaite mais vieille de 77 ans et d’élections parlementaires tous les quatre ans. Mais au Liban, les femmes ne peuvent toujours pas donner la nationalité a leurs enfants si leur mari est étranger (sous le prétexte rocambolesque de ne pas faciliter l’implantation des refugiés palestiniens). C’est une honte pour le Liban et pour les femmes et une source de frustration immense pour ces couples binationaux qui vivent au Liban et dont les enfants tous Libanais soient-ils sont étrangers dans leur propre pays.

Plus globalement, le fait que les droits civiques au Liban soient encore régis par la religion est un vrai problème et particulièrement pour les femmes. Bien que membre fondateur de l’ONU et signataire de la charte universelle des droits de l’homme, le Liban offre des droits différents à ses femmes selon leur religion! De la femme musulmane qui peut être répudiée sans raisons à la femme catholique qui ne peut divorcer, l’archaïsme de ce système est criant. Le système confessionnel absurde, l’absence de mariage civil, des règles de succession différentes selon la religion semblent provenir d’un autre âge. Il est dommage qu’aucun politicien ne s’empare sérieusement de ce vrai sujet.

Les parlementaires libanaises ont une grande responsabilité et elles ne peuvent pas vraiment fanfaronner. On ne les entend jamais alors qu'elles pourraient en se réveillant, sonner le glas d'un système sclérosé. Il sera plus facile d'accepter l'abolition du confessionalisme politique avec des femmes politiciennes au devant de la scène qu'avec les ex-caïds de guerre devenus politiciens bien virils, parfois effrayants et souvent fanatiques.

29.1.11

Alternance au Liban


Au risque de jouer la controverse, je me dis qu’il doit y avoir quelque chose de bon dans cette alternance qui semble se dessiner au Liban.

Non que je sois bien entendu épris des idées du Hezbollah et de leur alliés chrétiens populistes et opportunistes. Et ce n’est surement pas par sympathie pour les députés druzes de M. Joumblatt qui ont fait volte-face et fait basculer la majorité parlementaire du cote du Parti intégriste.

Plutôt parce qu’il était temps d’arrêter avec ces gouvernements d’union nationale inefficaces. Et aussi parce qu’il serait temps que le Hezbollah et le General Aoun arrêtent leurs critiques incessantes, se retroussent les manches et essaient de gérer le Liban maintenant que la majorité leur est acquise. Voyons donc si les beaux discours du General sur la corruption et les fanfaronnades du Sayyed suffisent à gouverner un pays. Sans pouvoir mettre tous leurs malheurs sur le dos de l'Occident, du gouvernement et de M. Hariri.  Mieux vaut les avoir dans le Grand Serail (siege du gouvernement) que dans des sit-in grotesques qui paralysent Beyrouth.

5.1.11

Bilan sur le Liban

Ces derniers jours au Liban furent instructifs. Embouteillages monstrueux, escapade a Tripoli, discussions politiques plus stériles que jamais…

Le trafic a atteint dans Beyrouth et sa banlieue des niveaux de saturation qui encouragent beaucoup a rester chez eux. Ils sont le symptôme le plus éclatant de la vision court termiste des dirigeants. Il y a trop de voitures sur la route ? Construisons une autoroute (ou ‘autostrade » comme on dit là-bas). L’autostrade est trop encombrée? Elargissons la. Elle est toujours bouchonnée ? Construisons plus d’échangeurs. A chaque fois, l ‘Etat s’endette un peu plus et quelqu’un sans doute se remplit un peu plus les poches. Meme les chauffeurs de taxi excédés reparlent du train et des ses bienfaits. Et moi qui adore les voies ferrées, je rêvais dans  les bouchons de la renaissance de cette ligne ou ce tramway qui remettrait le centre-ville a 10mn des banlieues sans smog ni klaxons.

L’urbanisation sauvage n’en finit pas de faire des dégâts dans les quartiers centraux de Beyrouth et sur une cote submergée de ciment. Pas une seule loi d’urbanisme, pas une seule règle… On laisse des promoteurs construire des barres de béton sur des collines de pins parasols  comme s’ils les avaient récupérées de la Courneuve. Sans compter l’autoroute qui éventre la montagne pour desservir le village d’un politicien mégalomane. Il ne reste plus grand chose de la jolie montagne vantée par la Bible et chérie par les Orientalistes. Il y a une vraie urgence a arrêter ce massacre et il n’est jamais trop tard. Heureusement, quelques vieilles maisons traditionnelles résistent et me remplissent de joie!

Une escapade a Tripoli et vous voilà plongés dans une véritable ville d’Orient avec ses souks, ses mosquées et ses incroyables pâtisseries. Le tout surplombé d'une forteresse croisée, Tripoli a de l’allure et sa réputation de ville radicale, islamiste et sale est injuste. Les gens y sont très amicaux et fiers de leur cité. Ironie, alors que j’habitais a 8 km au nord de Beyrouth et donc a 70 km de Tripoli, je fis le trajet plus rapidement que pour aller dans la capitale!

Le bilan pour moi est que le Liban a cruellement besoin de services et d’un Etat stable qui travaille. Et qu’il n’a pas besoin de discussions politiques, de débats ou de grands slogans nationalistes.  Les querelles confessionnelles, pro- ou anti-syriennes, pro- ou antioccidentales ne sont qu’une drogue administrée a ces gens pour leur faire oublier leur véritables soucis. Comme si les innombrables discours politiques a la radio divertissaient les automobilistes excédés pour les empêcher de se rebeller.