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4.9.21

La fin du système confessionnel

Comment retrouver l’espoir pour le Liban? Ces dernières années m’ont appris que cette région ne s’améliorera que lorsque nous y trouverons le courage de ranger nos religions dans leurs temples. Et cela, parce qu’en Orient, nous sommes tous à la fois victimes consentantes et coupables de ce grand mal qu’on appelle le confessionalisme: Nous avons épousé nos religions depuis des siècles, comme on s’entiche d’équipes de football. Chaque confession a donné à ses membres quelques valeurs morales bien sûr (vite oubliées pour beaucoup) mais surtout des motifs de fierté, des sentiments d’identité, des sources d’inspiration ou des allégeances à des puissances étrangères. Ce faisant, elles ont systématiquement empêché une cohésion sociale et toute naissance d’un véritable sentiment national.

Les origines de ce mal proviennent paradoxalement de la relative tolérance de l’Islam envers les minorités religieuses monothéistes au Moyen Âge et notamment sous le règne Omeyyade (ce qui contrastait avec l’intolérance religieuse en Occident). Mais cette tolérance ne signifiait pas intégration. Elle encourageait la juxtaposition pacifique des communautés sans aucun souci de les mélanger ou les dépasser tant il était impensable que la chose publique soit dissociée de la religion dominante. Il y avait donc la religion d’Etat (généralement l’Islam sunnite) et les religions minoritaires dont les adeptes pouvaient vivre en paix et prospérer, mais avec un statut de citoyens de seconde catégorie, peu ou pas de poids politique, un impôt en plus mais aussi l’avantage de ne pas voir leurs fils enrôlés dans l’armée de l’empire et de vivre comme bon leur semblait. Cette situation avait permis le maintien et même le développement sans interruption de minorités dans le monde musulman, voire l’arrivée en Orient de minorités persécutées en Europe comme les Juifs d’Esoagne. Ces minorités se sont accommodées d’un État qui n’était pas vraiment le leur mais elles ont aussi constamment essayé de le remplacer. Ce système a donc enfanté involontairement d’un fléau, , la création de communautés confessionnelles qui jouent le rôle de mini-Etats dans l’Etat. On naît en Orient d’abord dans une communauté puis ensuite dans une ville ou un pays. Et si la solidarité intra-communautaire était salvatrice en temps de misère, famines ou persécutions, elle est vite devenue toxique en empêchant le développement d’ États modernes et unis.

Avec les crispations identitaires qui ont secoué le monde depuis la fin du XXème siècle, cette maladie chronique s’est aggravée et elle a plongé le Levant dans les ténèbres. Déjà les créations d’Etats basés sur les religions en Israël, en Iran, et avant cela, en Arabie, avaient rendu la région plus intolérante, voire explosive. Le pays le plus fragile, le Liban et ses dix huit confessions, implosait en 1975 avec des chrétiens convaincus qu’on cherchait à les chasser de leur pays et des musulmans persuadés que leur Etat n’était qu’un dominion de l’Ouest qui les spoliait et trahissait. Puis ce fut le tour de l’Irak où l’interventionnisme américain réveilla les pires démons confessionnels et cette fois entre Sunnites et Chiites. Et enfin bien sûr, la Syrie avec sa guerre sanglante entre pouvoir alaouite et opposition sunnite. En Orient aujourd’hui, Chrétiens, Juifs, Sunnites, Chiites, Druzes, Alsouites, Yazidis ou autres se sont retrouvés dans un tourbillon de tensions et de violence sans précédent depuis des siècles. Le résultat en est une région exsangue, dévastée par les guerres avec à peine quelques fragiles oasis de développement, encerclés par des étendues immenses de misère et de chaos. Le Liban est le parfait exemple du pays sacrifié sur l’autel des divisions communautaires. Incapable de se gouverner, il agonise.

Encore aujourd’hui, les peurs et théories de complot d’origine confessionnelle y restent virulentes. En arrivant à Beyrouth cet été, mon chauffeur de taxi pourtant bien sympathique m’en fournit une énième preuve. Je lui parlais des dégâts innombrables causés par l’explosion du 4 août et de la menace pesant sur le patrimoine architectural de la capitale. Il me répondit de but en blanc: « il paraît qu’ils cherchent même à islamiser nos quartiers ». Interloqué, je lui rétorquai un peu sèchement que ces bruits n’étaient sûrement pas fondés, que l’immeuble que nous avons aidé à restaurer n’a été justement secouru que par des ONG tenues par des concitoyens de confession musulmane et qui ont tout fait pour que les propriétaires (chrétiens) reviennent chez eux. Et que les promoteurs détruisant les immeubles anciens pour les remplacer par d’hideux gratte-ciel étaient en réalité de toutes les confessions.

Nous avons donc vraiment besoin d’une nouvelle laïcité en Orient et notamment au Liban. Pas la laïcité des dictateurs Arabes qui l’avaient transformée en outil d’oppression contre leurs peuples, ni celle des vieux partis Libanais prétendument progressistes qui, sous couvert de laïcité, cherchaient à accaparer le pouvoir, changer le destin du pays et en faire un dominion de l’Egypte ou de l’OLP ou empêcher les minorités de s’autodéterminer. Nous voulons une laïcité moderne et sur-mesure qui remette en cause la façon de vivre sclérosée qui sévit en Orient depuis trop longtemps. Cette omniprésence du religieux dans la sphère publique et dans les débats, cette utilisation maléfique de l’Islam pour mobiliser les foules sur des sujets non religieux et le terrible recroquevillement des minorités sur elles-mêmes, source de peurs, d’agressivité, de racisme ou d’exil.

La responsabilité pesant sur les épaules de nos nouveaux partis issus de la révolution d’octobre 2019 est par conséquent gigantesque. Il leur faudra convaincre les foules que les muftis et les imams doivent se concentrer sur les valeurs morales et cesser de se mêler de politique, il leur faudra également affirmer que ce n’est pas à un patriarche ni à un archevêque de déterminer le destin d’une nation, il leur faudra imposer des choses aussi taboues qu’un droit civil laïc où les gens peuvent se marier et divorcer, naître, mourir et hériter sans interventions obligatoires des religieux. Imposer par exemple qu’une femme sunnite hérite exactement de la même manière qu’une femme chiite ou chrétienne ou même athée (mot imprononçable en Orient!). Q’une Libanaise puisse donner sa nationalité à ses enfants même si leur père est étranger. Puis se tourner vers tous les chantiers qui comptent: les infrastructures, l’environnement, l’éducation... Arrêter cette obsession des armes et la fascination malsaine pour les martyrs. 

Ne vous ne méprenez pas. Ceci n’est pas un appel contre les religions. C’est plutôt un appel pour que les religions jouent en Orient le rôle qui leur est vraiment demandé. Prôner des valeurs morales, condamner la violence, encourager la tolérance et la solidarité, pousser les efforts d’alphabétisation et j’en passe. Les communautés musulmanes ont un devoir important dans l’instauration de cette nouvelle laïcité. Promouvoir la paix, revenir vers la beauté pure des textes et à l’Islam éclairé, intellectuel, tolérant et charitable, le seul qui ait jamais vraiment fonctionné et prospéré. Accepter que la religion au XXIème siècle doive relever d’un choix personnel et non pas d’un diktat. Pour les chrétiens, il s’agit de ranger leurs phobies et accepter pleinement leur ancrage en Orient. Arrêter de penser qu’il y a un complot pour les déraciner. Il s’agit en fin de compte d’apprendre à aimer ses concitoyens dans leurs différences, c’est aussi cela aimer son pays.

15.7.20

2020: Quelle année...

Quelle année !
Quelle année... à peine arrivés à sa moitié, nous avons déjà hâte qu’elle se termine ! Un virus nous a tous pris en otage, attrapés par la queue alors que rien ne semblait freiner nos courses respectives, plus folles les unes que les autres. Course au profit, course au succès, course à la croissance ou celle, plus obscure, à l’armement ou au pouvoir. 
À ce propos, heureusement que le virus ne semble pas avoir épargné le populisme. Donald Trump n’en finit plus de se ridiculiser, et avec lui l’Amérique, de cafouillage en calembour, sa démagogie de bas étage jadis dissimulée par la croissance économique est désormais dévoilée : elle est là, béante et obscène au grand jour. Bolsonaro est lui aussi malade du virus, aux sens propre et figuré alors qu’il niait presque son existence. Tout comme Boris Johnson avant lui, hospitalisé après avoir refusé fièrement de porter un masque ou de confiner l’Angleterre. Le virus nous a ironiquement rappelé le danger d’élire des bouffons par colère ou dépit. En cas de crise, on se rend compte qu’il vaut mieux un dirigeant compétent sans charisme qu’une grande gueule qui raconte n’importe quoi. 
Le virus a aussi réveillé des blessures. Je pense bien sûr à la plaie encore béante de l’esclavage ici en Amérique et la nécessité de continuer à lutter contre le racisme et les préjugés. Mais aussi à la blessure économique de cette révolution digitale où quelques brillants milliardaires pèsent insolemment plus que le PNB de certains pays, sans payer d’impôts ou presque, alors que la classe moyenne autour d’eux sombre dangereusement dans la pauvreté. La nécessité d’un retour au keynesianisme se profile. Espérons qu’il puisse sauver nos démocraties. 
Enfin, en Orient, les malheurs s’aggravent. Israël finit d’asservir les Palestiniens en leur volant le très peu de terres qui leur restent dans une impunité inégalée. La Turquie sombre dans l’obscurantisme. Puis mon pauvre Liban natal qui agonise : mal géré, endetté, corrompu et livré à ses démons, le virus est son coup de grâce. Je regardais hier cette vieille photo des années cinquante, montrant mon père trônant fièrement sur l’avant de sa première voiture dans cette montagne si belle. Emblématique d’un Levant disparu, ou d’un monde romantique dépecé par les loups. Cet Orient-là, désormais à genoux, saura-t-il un jour se ressaisir ?

28.2.19

Pauvre Palestiniens

Pauvre cause palestinienne, la grande oubliée de l’actualité de ce siècle. Après l’assassinat de Yitzhak Rabin, la chute des accords d’Oslo, le retour de la violence, du terrorisme et la colonisation accélérée des territoires occupés, le monde a bel et bien tourné le dos à ce peuple apatride.

Le 11 Septembre 2001 est un tournant décisif qui a servi pour ses détracteurs à amalgamer cette cause avec le terrorisme islamique, phénomène amplifié par la montée du fondamentalisme, l’Etat Islamique et l’encombrant soutien Iranien si bien qu’il est presque devenu gênant de soutenir les Palestiniens publiquement et il n’est plus politiquement correct en Occident de critiquer les actions racistes et ségrégationnistes d’Israël.

Pour achever cet isolement, l’essor abject du fondamentalisme  islamique et de la haine antisémite rajoute une nouvel écran de fumée. Ces illuminés  qui croient défendre les droits des palestiniens salissent leur cause et la noient dans leur obscurantisme. La conséquence est que l’on vote désormais des lois aux États Unis pour interdire le boycott même pacifique d’Israel et la France réfléchit à pénaliser peut être la critique du sionisme désormais trop souvent teintée d’antisémitisme. Techniquement tous les mouvements même tenus par des Juifs qui critiquent  les actions d’Israël (comme Jewish Voice for Palestine) en pourraient se retrouver un jour coupables d’antisémitisme...

Entretemps, dopé par l’impunité que lui procurent ces amalgames et la complaisance américaine, le pouvoir israélien accélère la politique du fait accompli et l’encerclement des restes de territoires palestiniens par des colonies réservées aux Juifs au mépris de toute légalité. Des colons encouragés par le pouvoir et parfois armés ont tous les droits face à une population arabe sans défense, livrée aux barrages, aux pénuries de services, expulsions et humiliations. Avec un premier ministre au pouvoir depuis plus de dix ans et qui n’a aucune intention de l’abandonner, un gouvernement où le racisme n’est plus un tabou, l’interdiction du territoire israélien aux militants des droits de l’homme qui critiquent Israël et une politique d'apartheid décomplexé, il est loin le temps où la démocratie israélienne était un pseudo modèle dans la région.
Il faut bien sûr avouer qu’en face, la représentation palestinienne est calamiteuse avec une OLP faible et corrompue administrant (commodément) des bantoustans pour l’occupant en échange de quelques dollars ou shekels. Jérusalem et les autres villes de Cisjordanie sont vidées de leurs élites qui fuient ce ghetto géant. Gaza est livrée à ses démons, une prison à ciel ouvert que M. Netanyahu utilise épisodiquement comme "punching ball" en vue de garder le climat de peur nécessaire pour son maintien au pouvoir. Sa longevité à la tête du gouvernement et l’écrasement de du peuple palestinien passent avant les droits de l’homme, le principe d’humanité et même l’avenir à long terme d’Israël qui dépend pourtant d’une paix durable.


Alors que faire? Continuer à se parler, refuser le statu quo, combattre ceux qui nient l’existence d’Israël tout autant que ceux qui nient celle des Palestiniens. Refuser la tentation de démoniser l’autre et le complotisme. Dénoncer les relents antisémites. Étrangement mais positivement, le vrai clivage n’est plus celui d’Israël contre les Palestiniens. Il est plutôt entre ceux qui prônent le repli sur soi et la haine de l’autre d’une part et ceux qui croient que le vivre ensemble est la seule vraie solution. Il faut espérer que les nouvelles générations fassent mieux que nous. Tout un programme.

9.5.16

Beirut Blues

Ah Beyrouth tu es vraiment incorrigible...
Tu avais une chance de te refaire et tu ne l'as pas saisie... Tu as tourné le dos à l'espoir intense de voir des gens intelligents et philanthropes oser s'aventurer dans ton paysage politique débilitant.

Telle une fille de mauvaise vie qui se plaint de son quotidien, rêve d'échapper à ses proxénètes tout en sombrant chaque jour un peu plus dans sa déchéance, tu as préféré succomber à tes démons habituels: le clientélisme, l'argent, la fascination ou la peur des caïds. Ton pire ennemi, c'est ton cynisme teinté de paresse, cet air blasé de ceux qui n'y croient jamais; tels des drogués sans volonté, ils sortent à peine d'une cure de désintoxication pour se rendre aussitôt chez leur dealer.

Ce matin j'ai d'abord envie de dire un grand merci à ces gens courageux qui ont osé un moment te réveiller. Pour une fois, je me suis reconnu en leurs mots, j'ai rêvé que les choses puissent changer, j'ai prié pour qu'ils triomphent et te sauvent. Et j'espère qu'ils continueront leur combat. J'aime cette cinéaste brillante qui -je m'en souviens- fut une des rares après la guerre à travailler sur notre devoir de mémoire. Quelle victoire eût-ce été de la voir gérer notre ville! Les hommes ont échoué, la rédemption viendra telle des Libanaises? J'aime aussi cet Ibrahim et je ne sais même pas quelle est sa religion ou sa communauté, et ça aussi c'est un miracle au Liban. Parfois je rêve que nous ayons tous été appelés de ces prénoms laïcs, Karim, Fady ou Ibrahim et qu'on ne puisse pas savoir nos religions. Et puis mon Marwan qui est la bonté, l'humour, l'ouverture d'esprit et la philanthropie réunies. Et les autres que je ne connais pas mais que j'ai tant voulus voir gagner. Merci d'avoir tenté l'impossible. Goliath a tremblé un moment en vous voyant surgir. 

Et puis pour ma part, natif de Beyrouth, enregistré à Beyrouth, moi qui aurais sans doute pu voter si j'étais là, je vous demande pardon de ne pas avoir pris un vol de New York et déposé un bulletin... et je ressens ce matin, un peu plus que d'habitude, le goût amer de mon lointain exil. 

7.11.15

Trou noir

Depuis le succès du film "the theory of everything" remettant en scène la superbe  histoire de Stephen Hawking, ce génie de l'astrophysique révolutionnant le monde avec son big bang, jusqu'aux lectures de mon fils passionné par l'astronomie et ses mystères et après mon passage au musée d'histoire naturelle de New York, à côté duquel nous venons de déménager, où la naissance du monde et l'espace sont méticuleusement décortiqués et vulgarisés, je me suis intéressé, de manière purement fortuite, tardive et inattendue à cet étrange phénomène des trous noirs.

Pour résumer, une étoile, jadis au sommet de sa gloire et lumière, s'éteint et s'effondre sur elle même créant une gravité extrême qui attire et annihile tout, réduisant tout ce qui l'entoure à un point où la matière se concentre. Tout autour de ce point , la zone appelée de "non-retour" est un vide absolu ou toute chose est immédiatement aspirée, absorbée et détruite. Même la lumière est déviée et l'espace temps est déformé dans ce néant appelé trou noir.

La beauté de l'astrophysique est qu'elle me semble imiter ou magnifier la vie terrestre , la nature et notre quotidien dans un mystérieux, voire mystique Alpha et Oméga: La naissance et l'extinction, la matière et l'antimatière, le bien et le mal, l'ouverture à l'autre et le repli sur soi, l'attirance et la répulsion, la vie et la mort.

Et l'actualité de cette année n'échappe pas à cette dualité. La Syrie s'est effondrée dans  un trou noir et se consume dans un conflit sans fin, attirant sans retour des guerriers sataniques, des puissances occidentales aveugles qui y envoient des drones destructeurs telles de stupides sondes spatiales et puis ce monstrueux maelström d'argent et d'armes provenant de dictateurs corrompus et de princes du pétrole dont la faillite morale ne trompe plus personne. 

Le seul espoir est que selon Stephen Hawking lui-même, les trois noirs ne sont pas éternels. La matière s'échappe graduellement de cette gravité et se disperse à nouveau dans l'univers dans une radiation mystérieuse. Espérons que dans le cas Syrien, cette renaissance d'où qu'elle vienne prenne un peu moins longtemps que les millions d'années de rigueur dans l'espace.

26.7.14

Israël-Palestine: À bas les illusions ...


Pour que la Paix puisse revenir à l'ordre du jour, les deux parties doivent se défaire d'illusions et croyances, profondément ancrées, utilisées et cultivées par leurs classes dirigeantes et cesser de regarder en arrière, accepter qu'elles ne seront jamais totalement d'accord sur l'histoire.

Je vois avec soulagement, de plus en plus de voix en Israël et aussi dans la diaspora juive s'élever contre la mentalité de colonisation qui a habité Israël depuis sa création et qui continue à l'envoûter et l'empêcher de vouloir résoudre le problème palestinien. Cette croyance fallacieuse que les palestiniens ne sont que des Arabes comme d'autres, presque nomades, non civilisés qui auraient pu se trouver d'un côté ou de l'autre du Jourdain, tels des tribus d'indiens d'Amérique que les colons israéliens n'ont pas encore réussi à évincer ou pacifier. Avec inconsciemment le sordide espoir que ces indigènes sauvages et agressifs puissent un jour disparaître à force de colonisation, expropriation, massacres, guerres ou exil et que leurs quelques rares descendants pacifiés qui seront encore là vivent dans des réserves où on leur donnerait quelques droits et subventions. Cet espoir de voir les Palestiniens devenir comme le Aborigènes d'Australie, une insignifiante minorité dans un pays Juif, est ancré dans le discours de ceux qui prônent et défendent la colonisation. Critiques de la Palestine d'avant, mépris de cette société palestinienne, déni de la Naqba, la propagande israélienne s'est efforcée à rendre vraie ces illusions dans une société israélienne, en soif de légitimité et de déculpabilisation. 
Le mythe du gentil kibboutz dans une mer de méchantes tribus barbares Arabes semble enfin faiblir. De nombreux Juifs appellent courageusement à cesser la colonisation, à rendre aux Palestiniens leurs terres et chercher une vraie solution pour vivre ensemble.

Avec le manque de démocratie et de liberté dans les pays Arabes, on peine traditionnellement à entendre des appels à cesser l'autre mentalité qui, du côté arabe, paralyse et démonise. Cette profonde capacité, presque romantique, des Arabes à nier la réalité sur le terrain et s'accrocher à des utopies dangereuses. Ainsi, on a longtemps fait croire dans le monde arabe que tout cela ne serait qu'une parenthèse, un mauvais rêve. Qu'un jour tout redeviendra comme avant. Que les gens reviendront chez eux en Palestine, que la vie reprendra à Haïfa, Acre ou Jérusalem  telle qu'elle l'était avant 1947. On a continué à appeler Israël,  "Palestine occupée", on a refusé de prononcer le mot tellement il était douleureux d'accepter la débâcle, on a continué à l'éviter dans les livres d'histoire. Le chapitre sur la Palestine decrivait l'économie d'Israel, ses travaux, ses barrages hydrauliques et ses usines sans citer le mot Israël... Fairuz nous a chanté que Jérusalem serait libérée et que les églises, mosquées (et synagogues d'ailleurs...) seraient joyeuses à nouveau libérées des "mains noires". On s'est bercé de ces illusions et laissé dans nos banlieues des centaines de milliers de Palestiniens attendre et mourir dans les camps de réfugiés. On a aimé la réaction d'Israël a ce boycott psychologique, on s'amusait de façon presque puérile à dire à l'ennemi qu'à nos yeux il n'existait toujours pas, même si ses armées avaient écrasé les nôtres et que nos frères palestiniens avaient déjà tout perdu de leur ancien pays. On n'a jamais pris conscience à quel point cette attitude a été utilisée pour radicaliser l'opinion israélienne, a quel point cette mentalité est, avec les attaques contre les civils israéliens, un des principaux griefs qui sont reprochés aux Arabes. Mais de plus en plus, cette attitude rêveuse et dangereuse disparaît. De mon temps déjà, les professeurs évitaient le chapitre Palestine, trop ridicule. Les chaînes de télévision pour la plupart adoptent un vocabulaire pragmatique et nomment Israël. La sphère digitale arabe ne parle presque plus d'entité sioniste pour dénommer Israël. La nouvelle génération si belliqueuse soit elle dénonce de plus en plus le déni qui caractérisait ses parents et grands parents.

Même quand la situation semble plus que jamais sans issue, il restera toujours de l'espoir.

21.7.14

Israël et Palestine: Le cercle vicieux

Le déferlement de haine et d'hostilité sur les réseaux sociaux au sujet de la guerre de Gaza est inégalé. Un côté critique amèrement l'entreprise guerrière et meurtrière d'Israël sur le territoire surpeuplé de réfugiés et assiégé depuis des décennies. L'autre se désole qu'on ne pense pas aux vies israéliennes qui sont menacées par le Hamas et en appelle au sacro-saint droit d'Israël à se défendre...Jamais le dialogue et la recherche de la paix n'ont paru aussi éloignés.

De par mes origines, je suis évidemment un fervent sympathisant de la cause palestinienne. Mais je n'ai pas peur de le dire à mes amis, lancer des roquettes sans discernement contre des villes israéliennes ne peut-être justifié. Quelque soit la souffrance, quelque soit la misère du peuple palestinien, il a le devoir se battre contre son oppresseur par des moyens légitimes, limités aux forces d'occupation et leur infrastructure. Quelque soit le désespoir, prendre pour cible des civils innocents en Israel est un crime et il ne sert pas la cause palestinienne, il la salit.
De la même manière l'opération militaire d'Israël est totalement  injustifiable et ne relève pas de la simple autodéfense. Gaza n'est pas un pays étranger indépendant qui agresse Israël et le Hamas n'est finalement que le fruit de ce qu'Israël a fait des Palestiniens depuis sa création. Cette violente occupation, cet état de quasi apartheid, cette colonisation continue du peu des territoires qu'il leur reste, ce blocus imposé arbitrairement, cette humiliation qui durent depuis des décennies sous l'œil complaisant et bienveillant des États-Unis. N'en déplaise à Israël, Gaza n'est pas un agresseur. Gaza est un ghetto de non droit et de misère qu'Israel a engendré.

Bien sur, il faut un cessez le feu et tout de suite. Mais Il faut que cette énième guerre ne puisse plus jamais avoir lieu. Il faut que l'Occident se saisisse serieusement de ce dossier palestinien et le résolve une fois pour toute. Il est au cœur même de cette terrible guerre des civilisations qui l'oppose  à l'Islam. Et ce conflit est plus que jamais dans un cercle vicieux entre deux phénomènes qui s'alimentent mutuellement. 
Le premier est Israël dont l'instinct de survie et la soif de vivre "normalement" hérités d'une histoire de persécutions et de génocide sont immenses. Cela pousse l'Etat Juif à une violence disproportionnée contre ses ennemis et ceux qui ne le reconnaissent pas, bombardements, destruction, oppression, colonisation, cette violence ne fait que croître malgré les courageux appels de la société civile israélienne.
Le deuxième phénomène est chez les Arabes dont la souffrance, l'humiliation et la misère provoquées par Israël ne font que s'accroître. Ils se réfugient dans toujours plus d'appels à la haine, à ne pas reconnaître Israël, à nier son droit d'exister, à tenter de terroriser sa population ou l'empêcher de vivre normalement. Chaque phénomène ne fait qu'encourager l'autre et la guerre de Gaza l'illustre, une triste fois de plus, parfaitement.

24.10.11

Gilad Shalit libre enfin...

On m'a demandé à plusieurs reprises mon commentaire sur la libération de Gilad Shalit. Et notamment ce que je pensais de l'inégalité de l'échange numérique de prisonniers.

En essayant d'éviter toute mièvrerie, j'ai envie de dire que le premier et peut-être seul vrai sentiment que j'éprouve est le soulagement. Soulagement de voir le calvaire d'une famille vivant la plus terrible des attentes se terminer, soulagement qu'un jeune de 25 ans retrouve la vie normale, libre sain et sauf indépendamment des circonstances de son enlèvement et les vicissitudes de sa libération, indépendamment de ce qu'il représente pour les Palestiniens et de ce que ses ravisseurs évoquent aux Israéliens. Le spectre de sa mort ou de son exécution m'avait toujours glacé. Gilad Shalit a maintenant toute la vie devant lui, comment ne pas s'en réjouir?

Alors ensuite, que penser des centaines de prisonniers Palestiniens qu'Israël a dû libérer? Je crois que je suis content pour beaucoup d'entre eux qui vont retrouver leurs familles aussi. Et oui, je sais que certains sont accusés de crimes graves et d'autres de crimes moins graves mais je suis quand même content pour beaucoup, tout come je suis content pour Gilad Shalit. Et à ceux qui s'offusquent que tant de Palestiniens parfois dangereux soient libérés, j'ai envie de poser cette question : Comment juger un peuple sous occupation depuis plus de quarante ans? Comment distinguer le résistant légitime qui mérite d'être libre de l'odieux assassin qui fomente des attentats contre les civils et qui mérite de rester prisonnier ? Sûrement pas en les appelant tous des terroristes et les jetant en prison par milliers, souvent sans jugement, comme le fait habilement Israël. Et réciproquement, comment distinguer le soldat de Tsahal qui défend son pays de celui qui laisse faire les colons armés ou bombarde les civils sans pitié à Gaza? Ce qui est certain, c'est que plus cette guerre dure, plus les lignes sont floues, plus elle pourrit et plus elle éprouve nos consciences.

Enfin, Tzipi Livni a critiqué cet accord en lui reprochant de renforcer le Hamas. Il est vrai qu'Israël ne semble parfois céder que devant ses plus hostiles ennemis: échanges de prisonniers avec Hamas et Hezbollah, retrait du Liban sous la pression armée de la guérilla du Parti intégriste... Pas beacoup de concessions en revanche faites aux modérés comme Abbas qui supplient Israël de cesser la colonisation et de reconnaître les frontières de 1967. Je n'en finis pas de le regretter.

28.9.11

Netanyahu ou le poids des symboles

J’ai lu le discours de M. Netanyahu à l’ONU.

Bien sur, j’étais amusé que la moitié de l’hémicycle onusien ait boycotté  ce vrai ennemi non declaré de la Paix, que son texte froid et dur soit décrié par les journaux de Gauche Israéliens et je me suis ému de sa mauvaise foi quand il a minimisé les dégâts de la colonisation et la ségrégation dans les Territoires occupés et ignoré la souffrance de la population non Juive…

Mais j’ai aussi appris des choses et pour une fois, j’ai voulu jouer à comprendre plutôt que toujours critiquer. L’obsession du discours de M. Netanyahu sur la sécurité d’Israël nous apparait démagogique et exagérée. Mais il faut avouer qu’elle représente bien la vaste majorité de l’opinion israélienne et juive, obnubilée par le sentiment d’être menacée dans son existence et cela, nonobstant toutes les données factuelles qui paraissent rassurantes : surpuissance militaire, arme nucléaire, espionnage ultra-efficace et soutien total des Etats-Unis sans oublier les faiblesses et divisions chroniques de l’adversaire… En écoutant le faucon likoudien, je comprends un peu mieux pourquoi la première critique de l’autre bord est toujours centrée sur des questions symboliques liées à ce sentiment d’être menacé, nié, privé d’existence et de légitimité: le refus des Arabes de reconnaitre formellement Israël.

Ce refus de principe est lu en fait très différemment quand on est Arabe ou Juif. Je pense au boycott des produits Israéliens, aux vieilles cartes de géographie et aux livres d’histoires paléolithiques qui parlent de « Palestine occupée » et d’ « Entité sioniste », au refus d’accueillir des voyageurs ayant transité par Israël et à toutes ces mesures un peu vieillottes qui oscillent entre rétorsion et gesticulations vaines. Elles jouent en fait un rôle essentiel et assez insoupçonné par les Arabes dans le recroquevillement d’Israël sur lui-même et sa peur maladive de disparaitre. Et cette peur ne se comble que par un instinct de survie et une droit à l’autodéfense poussés a l’extrême et d’une brutalité surprenante. Alors que du point de vue Arabe, la reconnaissance d’Israël est totalement inéluctable car Israël existe et nul Arabe un peu réveillé n’espère vraiment chasser des millions d’Israéliens installés là depuis belle lurette. Mais cette reconnaissance est symbolique et elle signifie déposer complètement les armes, renoncer à tout droit supplémentaire pour les Palestiniens. Elle est donc vue comme la concession finale qu’il ne faudra faire que quand les Palestiniens auront récupéré les 22% de la Palestine historique, l’aboutissement du processus de paix. On amuse la populace et on s'amuse à faire semblant d'ignorer qu'Israël est bien là. Alors que pour Israël, la reconnaissance est peut-être le commencement de tout dialogue, l’antichambre à toute négociation et à toute concession. Sans elle, impossible de raisonner.

Il y a un cercle vicieux dans cette affaire, un nœud psychologique qu’on peine à briser. Mahmoud Abbas a fait un petit geste en renoncant clairement aux territoires d'avant 1967. Mais il aurait pu aller plus loin dans son discours. Les bloggeurs Juifs ou pro-israéliens se sont en réalité beaucoup crispés sur le fait qu’il ait parlé de Jésus et Mohammed a Jérusalem en omettant David ou Moise. Aussi, je suis convaincu qu’une mention empathique sur l’Holocauste dont l’héritage a tant empoisonné ce conflit aurait démontré sa bonne foi et représenté un geste fort sans lui coûter grand-chose. Il aurait coupé l'herbe sous le pied de ceux qui à tort mélangent anti-sémitisme et cause palestinienne.
Force des symboles au Proche-Orient et tant de chemins à parcourir encore.

25.9.11

Palestine: même des Israéliens en veulent

Pour quiconque ayant un minimum de sympathie pour le terrible destin du peuple Palestinien, pour ceux qui connaissent personnellement des gens jetés hors de chez eux à Haïfa, Jaffa ou ailleurs dans ce qui est aujourd'hui Israël, pour ceux qui contemplent sans trop le comprendre ce conflit interminable et même pour les Juifs et Israéliens modérés, il y a forcément de l'émotion ressentie à écouter la longue plaidoierie de M. Abbas qui a supplié le Monde vendredi soir de reconnaître l'Etat de Palestine sur 22% de la Palestine historique, les territoires envahis par Israël en 1967.

Au delà du méli mélo, de la manoeuvre diplomatique, il y a du bon sens dans la requête. Bien longtemps les deux parties ont négocié mais sans jamais déboucher sur rien. Et certes, comme l'a insinué Abbas tout au long de son discous, l'échec était souvent dû à l'intransigeance et la surpuissance d'Israël, un faucon likoudien fraîchement débarqué ou l'assassinat de Rabin, l'homme providentiel. Mais, ne nous leurrons-pas, l'échec était tout également dû à une représentation Palestinienne faible et corrompue, ne tenant pas ses troupes, ne rassurant pas l'opinion internationale, un pouvoir au passé lourd et qui flirtait avec le terrorisme. Comment un enfant rebelle, irréaliste, violent et faible à la fois pourrait-il négocier une paix avec un adulte terriblement égocentrique, si puissant et par son passé tout aussi noir, paranoïaque sur les bords?

Quelque part vendredi Mahmoud Abbas l'a admis. Malgré son destin si injuste, malgré la débâcle de 1948, malgré toute l'horreur de son histoire avortée, la Palestine a mûri, grandi et elle est désormais majeure. Elle est en âge d'assumer ses responsabilités et ses devoirs. Et de demander l'application de ses droits à sa terre et à sa liberté. Et négocier la paix avec Israël d'égal à égal, si j'ose dire, ou tout du moins en tant qu'Etat reconnu. Et enfin, auhourd'hui, à Tel Aviv, bien loin des arènes internationales, 20000 Israéliens ont manifesté leur soutien à la demande Palestinienne. On ne peut que saluer leur clairvoyance et regarder avec espoir ces images très émouvantes, preuve que tout est encore possible.

http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4078157,00.html

21.9.11

Obama doit rendre son Prix Nobel

Barack Obama doit il perdre son Prix Nobel de la Paix ?
La question n’est pas une boutade. Alors qu’il a fait miroiter au monde l’espoir d’une Amérique plus juste, soucieuse des droits des palestiniens, déterminée à tendre la main au monde Arabe, le voila qui, trois ans plus tard, s’obstine a refuser aux Palestiniens leur droit le plus élémentaire, celui de vouloir vivre libres dans des territoires qu’Israël a conquis par la force et qu’il occupe et colonise illégalement.

Pour s’y opposer, l’administration américaine nous parle de son refus de l’unilatéralisme de la démarche palestinienne. Mais le vrai problème est que les Palestiniens auront tout essayé pour reconquérir leur dignité et ont échoué : guerres, militantisme, intifada et négociations sont tous restés vains. Et cela justement a cause de la surpuissance d’Israël et son unilatéralisme foudroyant. Occupation militaire, colonisation, politique d’apartheid au mépris de toute légalité internationale ne sont ils pas des démarches on ne peut plus unilatérales ?

Pour une fois, les Palestiniens entament une démarche certes unilatérale mais totalement pacifique et ils reconnaissent pour la première fois que la Palestine n’a plus de droits sur les territoires d’avant 1967 aujourd’hui Israéliens. C’est une demande symétrique de la démarche même de la création d’Israël en 1948. Ne pas leur tendre la main est la plus belle preuve de l’injustice américaine et le meilleur argument pour les mouvements radicaux qui diabolisent l’Occident. Pour cela Obama devrait rendre son prix Nobel et vaquer a ses préoccupations bassement électorales. A moins qu'il nous donne une seule raison d'y croire encore.

10.9.11

Proche-Orient; Des convulsions aux rêves


De graves convulsions ont agité le Proche-Orient ces derniers jours. Alors que les Palestiniens se préparent à demander a l’ONU ce qu’ils auraient toujours du demander depuis 1947, la reconnaissance d’un Etat Palestinien, l’isolement international d’Israël ne fait qu’augmenter et les soutiens a la politique immorale du Likoud se font de plus en plus gênés et discrets.

Après que la Turquie a réduit le niveau de ses relations diplomatiques et rappelé son ambassadeur à Tel Aviv, c’est le tour de l’Egypte dont la foule a réussi à investir les locaux de l’ambassade israélienne comme pour se débarrasser d’un symbole par trop détesté.  Bien sur, les likoudiens et leurs supporters jusqu’au boutistes verront dans ces gestes une preuve supplémentaire de l’incapacité du monde arabo-musulman à accepter Israël et se recroquevilleront sur leur politique répressive qui refuse l’existence des palestiniens sur leur propre terre, dans une symétrie sans avenir : je ne te reconnais que si tu me reconnais et vice-versa. Les modérés eux, condamneront la violence contre l’ambassade du Caire mais feront part de leur inquiétude qu’Israël se coupe un peu plus de ses quelques rares voisins conciliants.

On espère en tout cas aujourd’hui que les Israéliens se souviennent qu’il fut un temps ou les Arabes refusaient même leur existence et qu’ils prennent conscience que que ce temps est bel et bien révolu. Qu’ils se rendent compte que ces mêmes Arabes ne revendiquent plus aujourd’hui à l’ONU que des territoires qu’ils avaient déjà en 1967  et que cela est peut-etre une victoire pour l’OLP mais c'est une victoire pour Israël aussi. Et que la balle est désormais dans le camp Israélien. Refuseront-ils un Etat Palestinien tout comme les Arabes avaient hâtivement refusé un Etat Juif en 1948 ?

On se surprend alors à espérer que la Palestine une fois reconnue comme Etat non-membre, surprenne le monde et reconnaisse unilatéralement l’Etat d’Israel dans les frontières de 1967, coupant l’herbe sous le pied des extrémistes des deux bords. On rêve aussi que le peuple Israélien se réveille et fasse de même, arrête la colonisation et la ségrégation et tende la main au nouvel Etat... Oui, je sais. Eternel rêveur que je suis!

17.8.11

Question sur la Syrie

Le terrible régime Assad vacille. Enfin. Après des décennies d’obscurantisme. En Orient, on n’ose pas l’évoquer de peur d’être déçu par une ultime résurrection de ce système répressif et cruel bâti sur le mensonge d’Etat, la torture, l’impunité du pouvoir et de ses sbires et l’écrasement de 20 millions de syriens sous le poids de la loi du plus fort.

La Syrie au sens large a pourtant longtemps été le berceau des civilisations dans cette région. C’était là (au Liban et sur la cote Syrienne) que les Phéniciens inventèrent l’alphabet. C’était aussi une riche province de l’Empire Romain. Plus tard, Damas a vu naitre le califat arabe le plus prospère et le plus éclairé, celui-là même qui rayonna jusqu’en Andalousie. Les villes Syriennes ont longtemps été des havres de tolérance entre communautés, de douceur de vivre et d’hospitalité. Mais depuis le XVIIème siècle, le féodalisme, l’obscurantisme Ottoman a plongé la Syrie dans un Moyen-âge tardif. Puis au XXème siècle, le marasme Palestinien a rendu la région totalement instable et sujette aux dissensions tiraillant le pays entre rêves militaires, socialisme déficient et fanatismes de toutes sortes. Aujourd’hui, la dictature héréditaire a fini de réduire la Syrie à un pays apathique, un nain économique et un néant culturel. Je repense à ces soldats Syriens qui nous terrorisaient pendant la guerre civile libanaise avec leurs checkpoints, leurs bérets rouges et leurs armes soviétiques… Ils étaient en fait chétifs et ils avaient faim, ils étaient opprimés aussi. Je revois ces ouvriers pauvres qui viennent désormais travailler pour trois fois rien dans les chantiers de Beyrouth. Ils dorment dans la rue et se font racketter par leur propre gouvernement quand ils rentrent au pays avec quelques maigres devises. Je réfléchis a cette population qui a oublié le goût de la liberté, que fera-t-elle quand le tyran partira ?

Renaissance ou chaos ? Par la place stratégique de ce pays, la question Syrienne porte en elle l’avenir de toute la région.

7.8.11

Mont-Liban: Quand le désert avance

C'est une montagne verte, couverte d'innombrables pins parasols mais cette surface boisée est menacée. Au dessus de 1400 mètres, les pins se raréfient et le paysage se fait plus aride, dolomitique et la neige hivernale y creuse les rochers. Ce désert des hauteurs qui recouvre le Mont-Liban ressemble à la tonsure d'un moine mais il est au moins naturel et beau. La laideur, elle, vient d'en bas et elle est galopante. Elle arrive de la côte et de Beyrouth sous forme d'immeubles bâclés, de ciment en abondance qui gravit les pentes sans relâche. Pas une loi, pas un décrêt n'a été imaginé pour encadrer cette urbanisation. La populace la voit peut-être comme un progrès. Chaque pin parasol qui tombe marquant l'avancée de l'homme et de sa civilisation de pacotille aux yeux d'une plèbe bien incivile.

Bien pire que les immeubles qui recouvrent les montagnes trop proches du littoral, la nouvelle plaie est tres certainement la nouvelle autoroute qu'un président en mal d'idées a fait construire pour desservir son village d'origine. Un paysage de montagnes et des collines éventrées, de forêts saccagées, de bretelles inutiles qui se déversent dans un petit village de montagne.

L'autoroute a été affublée d'un panneau pompeux au nom du dirigeant mégalomane, au moins il n'a pas honte de ses méfaits et il les signe. Le Liban a perdu des milliers d'arbres au profit des camions et des voitures qui empruntent désormais cette n-ième autostrade. Certes elle permet d' échapper aux routes engorgées principalement par un manque de signalisation, de civisme et de transports en commun. Mais elle est une blessure inutile, un pas de plus vers la désertification. Cette Montagne aux frontières des déserts, cette tâche verte dans une mer de sable, on la consomme, on ne sait plus l'aimer, on la ravage sans pitié.


10.7.11

Gaza ou l'injustice internationale

On n'en finit pas de parler de Gaza sans que rien n'y change pour la population de cette bande de pauvreté, d'extrémismes et d'oppression.

Des flotilles dérisoires se lancent à l'assaut de ce ghetto à ciel ouvert et calent dans des ports grecs sous l'influence de la machine diplomatique americaine et likoudienne. Le Hamas corrompu et dément sert d'épouvantail bien commode à la droite israélienne qui à force de propagande a fini par se convaincre elle-même (comme dans un retournement de l'espace-temps!) que c'est en fait le Hamas qui est à l'origine de tous les malheurs des Palestiniens, de la Naqba au blocus en passant par l'occupation et non le contraire, et qu'Israël n'a réagi de tout temps que pour se défendre contre de méchants terroristes enturbannés.

Tout cela sous le regard bovin de l'Amérique plus que jamais léthargique sur le sujet trop épineux du Proche-Orient. Triste spectacle d'une région à la dérive, bousculée par les vents prometteurs de révoltes mais accablée par le poids de l'injustice internationale contre le peuple palestinien.

16.6.11

Impuissants pour la Syrie

Des milliers de réfugiés aux frontières turques ou libanaises, des villages entiers jetés en prison, des soldats qui se rebellent, la Syrie est véritablement entrée en ébullition.

Cette révolte au départ timide, qu'on croyait vouée à se décourager face à une machine de guerre impitoyable, cette vague de colère née ça et là dans des campagnes méconnues, la voilà qui gronde sans arrêt, la voilà qui pousse partout dans les villes et qui s'épanche malgré la peur, les dangers et la terreur officielle orchestrée par un régime aux abois. Que peut-on faire pour ces Syriens qu'on assassine impunément? Militer pour une intervention militaire? Le bourbier Libyen semble vouloir nous en dissuader sans compter les nombreux dangers qu'une nouvelle aventure militaire pourrait engendrer: guerre au Liban, flambée israélo-arabe ou autre artifice de diversion dont le Baas Syrien est spécialiste.

Mais comment aider ces gens, les soutenir dans ce combat si juste? Prier pour la Syrie? Est-ce suffisant?

15.6.11

Il faut reconnaître la Palestine

En septembre à l'ONU, se posera la question de la reconnaissance d'un Etat Palestinien sur les frontières de 1967. J'espère que de nombreux pays et notamment les puissances Occidentales accepteront de faire ce geste historique en faveur des droits des Palestiniens à disposer de leur terre.

En 1948, dans des circonstances différentes mais avec plusieurs similarités, l'ONU avait voté la création de deux Etats, l'un Juif, l'autre Arabe. Les Occidentaux trop pressés de résoudre le bourbier Palestinien et panser, autant que faire se peut, les plaies encore béantes de l'Holocauste y ont vu une solution miracle. Les Palestiniens, erreur historique, l'avaient rejeté en bloc tant ils ne pouvaient imaginer que leurs terres, leurs villages, leurs villes soient perdues à jamais au bénéfice de colons et de réfugiés venus d'Europe à l'instigation de la puissance coloniale britannique. Ils ne s'en sont jamais remis.

Aujourd'hui, la situation semble inversée. Les victimes sont moins les Juifs que les Palestiniens et un consensus mondial se fait autour de la nécessité de créer un Etat en Cisjordanie et à Gaza (avec échange de quelques terres colonisées contre des lambeaux de désert...), et cela en échange d'une paix et d'une reconnaissance d'Israël. Les pays Arabes s'y sont aussi résolus dès 2002 et c'est seul  Israël qui maintenant s'entête (notamment la Droite au pouvoir). Ayant occupé illegalement ces territoires pendant si longtemps, ils s'imaginent les posséder nonobstant une réalité démographique et humanitaire évidente. Erreur tout aussi grave que celles des Palestiniens en 1948?

C'est pour cette raison qu'il est urgent que l'Occident donne aux Palestiniens modérés une raison de croire en leur choix pour la non violence et la construction d'un Etat. Certes l'Autorité Palestinienne est imparfaite mais elle a le mérite d'exister dans des conditions épouvantables et humiliantes faites de blocus et de barrages. Certes ce sera surtout un symbole et la réalité militaire sera inchangée sur le terrain mais c'est un symbole très fort. Il ne faut pas oublier que les émotions jouent dans ce conflit un rôle énorme. La moindre humiliation y entraîne des guerres meurtrières mais une main tendue peut calmer les esprits les plus belliqueux. Espérons que M. Obama et ses alliés osent s'y aventurer. Il n'y a en fin de compte pas grand chose à y perdre à part sans doute une nouvelle crise de nerfs de M. Netanyahu...

14.5.11

La Syrie dans mon coeur

Allez une pensée pour la Syrie. Pour cette révolte déséspérée et ces villes suicidaires qui se soulèvent sans armes et qui défient la dictature héréditaire et sectaire la plus virulente qui soit.

Pensée nostalgique pour mon professeur d'histoire du Liban au Lycée Français de Beyrouth qui nous décrivait ce régime voisin en nous donnant des frissons: en Syrie, si vous êtes opposant, on ne vous arrête que rarement, on ne vous juge pas, on ne vous emprisonne pas, nous disait-il. Non. Généralement, un beau jour, vous disparaissez purement et simplement. On n'entend plus jamais parler de vous...

Souvenir noir de ces jours d'enfance passés à écouter, craindre et maudire ces obus syriens qui s'abattaient par centaines sur Beyrouth-Est où on osait défier Assad le père, le tyran de Damas. Pensée émue pour ces morts pour la plupart civils dans d'horribles attentats à la voiture piégée, marque de fabrique favorite des services de renseignement syriens. Et au delà du Liban, une pensée pour ce peuple qu'on écrase, qu'on emprisonne depuis des décennies dans le sous-développement et l'obscurantisme. J'ai dans la mémoire aujourd'hui le merveilleux souvenir des voyages dans cette Syrie méconnue, la surprise d'être accueilli par ces gens comme si j'étais de leur famille, loin des clichés hérités de la guerre, loin de l'antagonisme inventé par les despotes et les miliciens.

Que de victimes, que d'assassinats, que d'injustices commises par une famille sanguinaire qui accapare pouvoir et argent. Ces champions de la répression ont encore frappé, comme à Hama en 1982 où ils avaient rasé une ville entière sans pitié. Mais s'ils gagnent cette nouvelle manche à coup de canon, espérons que leur chute inéluctable n'en soit que plus brutale, qu'ils soient jugés un jour et que justice soit faite pour la Syrie.

2.5.11

Exit Ousama

Ben Laden n'est plus. Enfin tout du moins on l'espère. Je regrette pour ma part que son corps ne soit pas disponible pour me rassurer de ce décès et pour priver les fanatiques du triste personnage de leurs rêves de complot et de leurs faux-espoirs. Certes, une page noire se tourne dix ans après ce 11 septembre qui nous a précipités dans une ère de guerres et et surtout méfiance et hostilité entre les mondes occidentaux et arabo-musulmans. En revanche la nouvelle page qui s'ouvre n'est pas encore très claire. Le criminel est mort, pas les conflits qu'il a aidé à créer ou à perdurer.

Tout d'abord, où en est l'Iraq qui a payé le 11 septembre par une guerre injustifiée, fausses preuves à l'appui? On attend toujours qu'un regret soit exprimé à Londres ou a Washington, qu'un mot d'excuse soit prononcé pour ces centaines de milliers de morts, pour ces chaises vides aux dîners des familles meurtries, pour les enfants irakiens qui ont grandi sans père ou mère (pour reprendre presque mot pour mot le discours d'Obama qui parlait lui des victimes de Ground zero). Tout ce sang versé pour pourchasser des armes inexistantes et déboulonner un dictateur certes inique mais sûrement pas davantage que Bachar el Assad ou Kadhafi qu'on a courtisé. Et aussi, quid du bourbier afghan? Qu'y fait on encore dix ans après? Est-ce vraiment une guerre défensive? Qui protège-t-on au juste à Kaboul et ne courons-nous pas le risque de créer plus de taliban encore? Et enfin, qu'en est-il de la Palestine, la mère de tous les conflits arabo-occidentaux, la plus grande injustice financée par les Etats-Unis avec deux ou trois milliards de dollars annuels, la concupiscence et l'acceptation qu'un pays colonise les terres d'un autre sans l'ombre d'une réprobation? Les bonnes promesses de M. Obama au Caire ont vécu, laminés par l'intransigeance d'Israel et le manque de sympathie pour les victimes de ce conflit, le désintérêt terrible pour ces étrangers sur leur propre terre qu'on "judaïse" impunément, ces hommes sans droits, sans passeports, sans Etat.

Toutes ces plaies restent ouvertes et maintenant qu'Ousama n'est plus, il est temps que l'Occident travaille à les refermer. Pour éviter plus de haine et plus d'extrémisme et pour nous assurer une paix pérenne, meilleure qu'un plan vigipirate renforcé.

7.2.11

Etonnante Egypte

Etonnante Egypte qui après 30 ans de torpeur, se réveille et réclame enfin et à juste titre plus de liberté et de prospérité.

Ces manifestants rassemblés inquiètent par leur nombre et leur colère mais ils rassurent aussi, tout comme leurs équivalents Tunisiens, par leurs revendications si pertinentes. Ce n’est pas a l’intégrisme qu’on appelle en premier lieu, ce n’est pas a l’anti-américanisme et encore moins a l’extrémisme. Au contraire, on se réjouit que ce soit un vent de liberté et de modernité qui souffle sur ces villes arabes longtemps condamnées à des dictatures quasi-héréditaires.

Aussi, on ne peut s'empecher de sourire en lisant la réaction d’Israël : seuls s’inquiètent ceux qui croyaient acquise pour toujours une paix conquise à grand renfort de milliards et de soutien américain. Fort de ses accords de paix avec ses deux principaux voisins (L’Égypte et la Jordanie), Israël a longtemps parié sur le statu quo, entravé volontairement le processus de paix avec les principaux intéressés Palestiniens et continué à coloniser illégalement les territoires , au risque de compromettre sa propre légitimité aux yeux de monde. L’Etat Hébreu se rend compte en Janvier qu’une paix reconnue par les peuples (et pas seulement par les tyrans) aurait pu être un pari moins hasardeux. Cela nous prouve une fois de plus que seule une paix juste et globale et une vraie réconciliation peuvent donner à Israël une véritable tranquillité.