La courbe est bien plus grave que ce qu’on pouvait craindre, surtout les éternels optimistes comme moi. Aux Etats-Unis, le deuxième pic épidémique n’est pas juste un rebond, il est himalayen et terrifiant. Le décompte des contaminations quotidiennes a déjà largement dépassé le premier sommet et la courbe sinistre des décès monte implacable juste derrière, avec deux ou trois semaines de retard.
L’ administration fédérale est passée de la guerre de l’intox et des contradictions au pur et simple déni: Après avoir lâchement délégué l’encombrante gestion de la crise aux États, on ne parle simplement plus du Covid, sauf pour critiquer la Chine et la peste qui en est venue. On se borne plutôt à faire campagne pour rester au pouvoir, contre vents et marées. On accuse les scientifiques de conspiration pour décrédibiliser leurs messages alarmants.
Elle est là l’image lamentable de la plus puissante des démocraties travestie en mauvais show de télé réalité. Le candidat pour rester à la Maison Blanche est capable de tout, y compris sacrifier le pays sur l’autel de ses ambitions. Il est bien lointain le temps où cet homme faisait rire la galerie avec ses boutades. Il est soudain beaucoup plus tendu, la marée est bien basse et elle a dévoilé le varech nauséabond de son incompétence. Du coup, il passe à l’attaque, il tire à boulets rouges sur tous ses détracteurs, il les menace comme une hyène blessée. Il pousse même ses esbroufes jusqu’à attaquer la Chine sur ses atteintes aux droits de l’homme, lui, l’homme qui crache à longueur de journée sur les institutions et qui tourne en ridicule le droit international, il s’improvise en défenseur de contrées et de peuples lointains qu’il méprise et dont il ignore tout.
Alors le show commence pour la première fois à battre de l’aile. Son audimat faiblit à mesure que les contaminations s’envolent. L’Amérique fière et patriotique s’inquiète, elle s’agace de sa débâcle sanitaire et économique, désormais internationalement reconnue. Alors, on ose un peu espérer que Novembre soit bien l’epilogue de cette pitoyable série.





On ne connaît pas vraiment New York si on n'a pas vu les Hamptons, l'alter ego de la cité mythique, étalé au bout de Long Island à deux heures de voiture. Une belle surprise est que New York et son Deauville sont comme l'alpha et l'oméga: la métropole la plus urbaine et bruyante est flanquée d'une ribambelle balnéaire des plus sauvages et des mieux préservées. Une lande immense sans aucun immeuble, couverte de pins, de dunes, de belles maisons en bois et de plages de sable fin interminables. Dans les Hamptons, la verticalité oppressante de la ville cède la place aux horizons les plus naturels, les demeures sont cachées dans des pinèdes ou derrière des haies patriciennes, les oiseaux, le vent de l'Atlantique et ses vagues sont les seules sources de vacarme.
Ces derniers mois, j'ai découvert que les Etats-Unis sont étrangement la patrie des procédures ou pour être moins franchouillard, du "Process" avec un grand P, et cela aussi bien dans ce qu'il a de plus frustrant que dans son efficacité méthodique.


