Il se passe quelque chose d’étonnant en France. Après une courte lune de miel triviale faite par la presse people et les photos complaisantes à sensation, les médias et le régime sont désormais pris dans un duel inhabituel. Les premiers ne tarissent pas d’accusations, scandales et affaires qui entachent le second et l’exercice de son pouvoir. Une longue descente aux enfers pour le Président et son entourage.
Mais bien plus grave encore que ces affaires, jamais sous la cinquième République que je connais, les suspicions d'intimidation, les rumeurs de tentatives de pression et de violations de la liberté de presse n’ont été autant évoquées contre l’Élysée. On se remet tout juste de la mise au chômage inattendue de PPDA, l’éloignement étrange de Stéphane Guillon en passant par l’évincement sec d’Arlette Chabot mais les choses prennent une nouvelle dimension avec les accusations récentes du Monde et d’Eric Fottorino en personne contre l’Élysée qu'il accuse d’enfreindre la loi en utilisant le contre-espionnage pour sanctionner les responsables de fuites de l'affaire Woerth à la presse.
Jamais l’image du Président et de son interaction douteuse avec le quatrième pouvoir n’a été aussi salie. Que le plus respectable quotidien et le grand journaliste qu'est pour moi Fottorino s’en prennent directement au pouvoir, c’est inimaginable ! Indépendamment de la véracité des faits qu’on lui reproche, M. Sarkozy payera surement un prix lourd de ce mauvais ménage chronique. La présomption d’innocence ne dure pas longtemps en politique, surtout quand les accusations sont si nombreuses.
Aujourd'hui, le Grand Journal de Canal plus semblait jouir d’une certaine immunité en recevant le Directeur du Monde et se transformant presque en sympathique camp retranché des irréductibles critiques. Jusqu’au jour ou Michel Denisot, Yann Barthès et Yves Lecocq se feront virer ?

