11.6.26

Liban et Israël: deux réalités antinomiques


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Certains aiment comparer le Liban et Israël, comme deux pays, voisins et ennemis malgré eux. On vante, les similarités entre Beyrouth et Tel-Aviv, la fête et la nuit, la cuisine levantine, le charme de l’Occident en terre d’Orient…Les plus naïfs rêvent même d’une paix entre les deux pays et d’une prospérité à bâtir sur les ruines des droits de ceux que la création d’Israël a dépossédés. 


La réalité, pardon de vous le dire, est bien différente. Le Liban est  peut être dans son identité  le pays du Moyen -Orient le plus éloigné possible d’Israël. Il n’y a rien en commun entre, d’une part, le sionisme voué à créer une majorité juive dans une terre promise, et d’autre part, un pays mosaïque où le vivre ensemble et l’absence de majorité fait partie de l’ADN et de la nation depuis des millénaires. Le Liban est ce pays fou où on rêve encore de juxtaposer, plusieurs communautés, sans que l’une n’écrase les autres. C’est un pays certes impossible, divisé, et aujourd’hui détruit  mais c’est un projet où aucun ne prétend être  supérieur à l’autre ou vouloir évincer l’autre de sa terre natale. 


Israël, est  tristement à l’opposé de tout cela, beaucoup plus puissant et efficace, bien plus prospère et pragmatique, il donne ouvertement tous les droits à ses citoyens juifs mais est donc contraint d’enlever ces mêmes droits aux autres pour continuer à exister. Malgré de nombreuses et louables tentatives  de la société civile israélienne de protéger les indigènes non-Juifs, la puissante pulsion identitaire du sionisme resurgit pour les faire partir, les exterminer, les incarcérer sans procès, ou au moins, les garder minoritaires, les empêcher de se déplacer, de parler leur langue ou de construire leurs maisons.  


Peut on faire une paix entre deux systèmes aussi antinomiques? Pas sans que l’un cède du terrain sur son identité. Il faudrait que le Liban renonce à ses valeurs de coexistence et de tolérance religieuse, ou qu’Israel choisisse le chemin difficile d’un État pour les Juifs du monde entier mais aussi pour les indigènes non Juifs, tous ensemble, avec les mêmes droits et devoirs. 


C’est peut être justement la peur de ce Liban chimérique où on rêve encore  et toujours de pluralité qui anime aussi la rage destructrice de la droite Israélienne. Pourquoi sinon voudrait-elle détruire nos églises, nos mosquées et nos écoles parfois à la pelleteuse, pourquoi bombarder nos monuments historiques, pourquoi rendre nos terres impropres à l’agriculture et dynamiter nos villages si ce n’est pour faire disparaître les reliques d’un État qui prouvait par son existence et son âge d’or révolu l’aberration du projet sioniste exclusif?


Cette politique de destruction renforce aussi les ennemis du « projet Liban », à commencer par le Hezbollah qui redouble en légitimité comme unique résistance possible face à cette machine à occuper et tuer. Netanyahu et Khamenei s’y retrouvent bien en fin de compte. Terrasser le Liban, c’est enlever tout doute à ceux qui osent encore imaginer l’inclusion, l’égalité, la tolérance ou la justice comme solutions à cette interminable guerre qui nous consume au Moyen Orient depuis 1948.


ENGLISH 


Lebanon and Israel: Two Contrasting Realities


Some like to compare Lebanon and Israel, like two countries, neighbors and enemies despite themselves. They extol the similarities between Beirut and Tel Aviv, the vibrant nightlife, Levantine cuisine, the charm of the West in the East… The most naive even dream of peace between the two countries and of a prosperity to be built on the ruins of the rights of those dispossessed by the creation of Israel.


The reality, I must say, is quite different. Lebanon is perhaps, in its very identity, the Middle Eastern country furthest removed from Israel. There is nothing in common between, on the one hand, Zionism, dedicated to creating a Jewish majority in a promised land, and on the other hand, a mosaic country where coexistence and the absence of a majority have been part of the DNA of the nation for millennia. Lebanon is that crazy country where people still dream of coexisting several communities without one crushing the others. It is certainly an impossible country, divided and now devastated, but it is a project where no one claims to be superior to another or wants to expel another from their homeland.


Israel, sadly, is the opposite of all this, much more powerful and efficient, far more prosperous and pragmatic. It openly grants all rights to its Jewish citizens but is therefore forced to take away those same rights from others in order to continue to exist. Despite numerous and commendable attempts by Israeli civil society to protect the non-Jewish native population, the powerful identity-based impulse of Zionism resurfaces to drive them out, exterminate them, imprison them without trial, or at the very least, keep them a minority, prevent them from moving freely, speaking their language, or building their homes.


Can peace be made between two such antithetical systems? Not without one of them conceding some ground on its identity. Lebanon would have to renounce its values ​​of coexistence and religious tolerance, or Israel would have to choose the difficult path of a state for Jews worldwide, but also for non-Jewish indigenous people, all together, with the same rights and responsibilities.


Perhaps it is precisely the fear of this chimerical Lebanon, where pluralism is still dreamed of, that also fuels the destructive rage of the Israeli right. Why else would they want to destroy our churches, our mosques, and our schools, sometimes with bulldozers, why bomb our historical monuments, why render our land unsuitable for agriculture and dynamite our villages, if not to erase the relics of a state whose very existence and bygone golden age proved the absurdity of the exclusive Zionist project?


This policy of destruction also strengthens the enemies of the "Lebanon project," starting with Hezbollah, which gains renewed legitimacy as the only possible resistance against this machine of occupation and killing. Netanyahu and Khamenei ultimately benefit from this situation. Defeating Lebanon will dispel any doubt in the minds of those who still dare to imagine inclusion, equality, tolerance, or justice as solutions to this endless war that has been consuming the Middle East since 1948.

17.5.26

Comment sortir le Liban de cette galère ?


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Cette période funeste pour le Liban pourrait nous pousser tous à une prise de conscience. 


Notre pays est plus divisé que jamais. Nous sommes déchirés d’un côté par  un  mouvement pro iranien jusqu’au-boutiste et suicidaire, et de l’autre, par ceux dont les peurs confessionnelles ont rendus  perméables aux chants des sirènes occidentales au point d’oublier qui est leur vrai frère. Entre ceux qui ont cédé leur libre-arbitre aux mollahs de Téhéran et ceux  qui pensent naïvement que Trump va les sauver, toute modération devient trahison, le fossé semble immense. 


Un constat pour tous ceux comme moi qui rejettent la politique du Hezbollah:  Il est affligeant de voir certains d’entre vous se désolidariser de nos frères et compatriotes issus de la communauté chiite. Déshumaniser l’autre ou se ranger du côté d’un ennemi qui dynamite nos écoles, mosquées et monastères  nous enlève vraiment le peu de dignité qu’il nous restait. 


Indépendamment de nos désaccords politiques , nous nous devons d’être un peuple solidaire dans les bonheurs et dans les épreuves. Toute victime libanaise doit être pleurée indépendamment de son parti et de son obédience. Oui, le jeune qui ose se battre au péril de sa vie contre un ennemi  dont la cruauté destructrice est dénoncée mondialement mérite encore notre respect même si nous sommes contre cette guerre et contre la politique du Hezbollah. 


Au contraire, pour en finir avec la logique milicienne, nous ferions mieux de  couper l’herbe sous le pied de ceux qui essayent de nous séparer de notre communauté chiite. L’amour entre les Libanais est la seule voie pour sauver ce pays! Nos dirigeants Joseph Aoun et Nawaf Salam ont la légitimité suffisante  pour  renverser la table actuelle et proposer un changement du pacte national pour inviter la communauté chiite à réintégrer pleinement cet État duquel elle à moitié divorcé. Le jour où on acceptera que la présidence de la république devienne tournante entre les trois communautés majoritaires, le jour où on imaginera un président du conseil sunnite puis chiite puis maronite à tour de rôle, en échange d’un désarmement de toutes les milices non étatiques, nous aurons enlevé l’argument principal de l’Iran pour manipuler nos compatriotes et les arrimer à son agenda suicidaire et impérialiste.  Imaginez quelqu’un comme Ali Mourad président de la république en 2030, quel mal y aurait t’il à cela? Sans les nommer, lui préférera-t-on encore, par peur inepte et confessionnelle, certains de ceux qu’on a installés à Baabda ces dernières décennies, avec les tristes résultats qu’on connaît ? 

 

Simultanément, le gouvernement devrait réouvrir les canaux diplomatiques avec toutes les parties, y compris l’Iran. Un Liban neutre est un État qui compose avec tous. USA, France, Iran, Syrie, Russie, Chine, Arabie… Si on prétend même vouloir parler à Netanyahu, un odieux criminel de guerre, pour sauver le pays, on doit aussi en même temps parler à Khamenei. Créer un équilibre en notre faveur plutôt qu’être tour à tour la marionnette impuissante des uns, puis celle des autres. Une tâche ardue mais indispensable. 


ENFLISH


How to get Lebanon out of this mess? 


This tragic period for Lebanon could lead us all to a moment of reckoning.


Our country is more divided than ever. We are torn apart on one side by a die-hard, suicidal pro-Iranian movement, and on the other, by those whose sectarian fears have made them susceptible to Western siren songs, to the point of forgetting who their true brother is. Between those who have surrendered their free will to the mullahs of Tehran and those who naively believe that Trump will save them, any moderation becomes treason; the divide seems immense.


A point for all those like me who reject Hezbollah's policies: it is distressing to see some of us disassociating ourselves from our brothers and compatriots from the Shiite community. Dehumanizing others or siding with an enemy that is destroying our schools, mosques, and monasteries truly strips us of what little dignity we had left.


Regardless of our political disagreements, we must stand together as a united people in times of joy and hardship. Every Lebanese victim deserves to be mourned, regardless of their party affiliation or allegiance. Yes, the young person who dares to fight at the risk of their life against an enemy whose destructive cruelty is condemned worldwide still deserves our respect, even if we oppose this war and Hezbollah's policies.


On the contrary, to put an end to this militia mentality, we would do better to thwart those who are trying to separate us from our Shiite community. Love among the Lebanese is the only way to save this country! Our leaders, Joseph Aoun and Nawaf Salam, have sufficient legitimacy to overturn the current order and propose a change to the national pact, inviting the Shiite community to fully reintegrate into this state from which it has been partially divorced. The day we accept that the presidency of the Republic should rotate among the three majority communities, the day we envision a Sunni, then Shiite, then Maronite Prime Minister in turn, in exchange for the disarmament of all non-state militias, we will have removed Iran's main argument for manipulating our compatriots and binding them to its suicidal and imperialist agenda. Imagine someone like Ali Murad as President of the Republic in 2030—what harm would there be in that? Without naming names, will we still prefer, out of inept and sectarian fear, some of those installed in Baabda in recent decades, with the dismal results we know all too well?


Simultaneously, the government should reopen diplomatic channels with all parties, including Iran. A neutral Lebanon is a state that engages with everyone. The United States, France, Iran, Syria, Russia, China, Saudi Arabia… If we even claim to want to talk to Netanyahu, a heinous war criminal, to save the country, we must also talk to Khamenei at the same time. We must create a balance in our favor rather than being, in turn, the powerless puppet of one side and then the other. A difficult but essential task.

8.12.25

Amender le Pacte National

 Nos divisions profondes, notamment religieuses, nous ont affaiblis et terrassés depuis longtemps. En cet hiver où Israël grignote impunément nos terres, bombarde nos civils et menace d’une nouvelle guerre, il est plus que jamais temps de resserrer les rangs. 


Une solution est possible pour le Liban. Amender le Pacte National et rendre les trois sièges présidentiels rotatifs entre les trois communautés majoritaires. Aux prochaines élections présidentielles, le président de la République sera de confession chiite (oui, ce n’est pas une faute de frappe), le premier ministre maronite et le président du parlement sunnite. Six ans plus tard, le Président de la République sera sunnite,  le premier ministre chiite et la chambre des députés sera gérée par un maronite etc.


Ainsi, les trois communautés auront une place équivalente dans le système et aucune ne pourra prétendre être défavorisée et avoir besoin de milices ou de puissances étrangères pour se protéger. Cet amendement du Pacte doit être immédiatement proposé par Joseph Aoun et Nawaf Salam aux partis confessionnels qui dominent encore le parlement et notamment au Hezbollah pour obtenir en échange la dissolution immédiate de sa branche militaire et le recrutement de ses combattants dans l’armée régulière. Contrairement à ce que nos crispations identitaires nous souffleront, cela renforcera la protection des minorités notamment chrétiennes qui à force de s’agripper a leurs vieux privilèges ont continuellement sombré avec. Seul un Liban uni, inclusif et solidaire peut faire face aux impérialismes qui nous assiègent. Seul un État reconnu et respecté  par tous les Libanais peut réformer le pays. Qu’attendons nous pour agir ? 


4.9.25

Émissaires et Miseres


 Alors que le Liban pensait enfin se ressaisir avec l’arrivée au pouvoir d’un président de la république et d’un premier ministre éclairés et réformateurs , et que nous rêvions tous d’un retour de l’Etat et de la souveraineté, la dernière semaine de débâcle diplomatique nous prouve que nous avons  péché par excès d’optimisme.


La forme et le fond de la réponse américaine aux efforts du gouvernement pour désarmer le Hezbollah et restaurer la souveraineté de l’État ressemblent à une gifle retentissante. En ce qui concerne le fond, tout Libanais sceptique ou opposé au désarmement a désormais la preuve qu’il n’y a aucun engagement de la part des États-Unis à contraindre Israël de se retirer des enclaves encore occupées dans le sud et cesser ses agressions. Pour mettre davantage d’eau au moulin du Hezbollah, la forme adoptée par l’émissaire américain avec nos journalistes est réminiscente de celle d’un commissaire colonial condescendant et méprisant.


À l’heure où l’allié inconditionnel des États-Unis continue impunément, son massacre à Gaza, nous donner des leçons sur  l’animalité ou la civilisation paraît pour le moins consternant. De plus, incapable de s’excuser clairement après son dérapage, M. Barrack nous a au contraire comblé de son arrogance et son complexe de supériorité. 


Pour ceux qui naïvement, croyaient à l’avènement d’une nouvelle ère de prospérité, à l’abri des puissances belliqueuses qui nous entourent, il est clair que la nouvelle donne relève plus d’une tutelle coloniale pro-israélienne après celle des mollahs. Notre pays faible car désuni semble condamné à la misère d’être un vassal pour des tyrans. Il ne nous reste qu’à souhaiter à nos dirigeants le courage et la perspicacité de dégager le Liban de cette nouvelle impasse périlleuse. Et que ces épreuves nous réunissent autour d’eux au lieu de nous déchirer. 

12.6.25

Un électrochoc pour le Liban ?

 


Les urnes ont parlé. La nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques issus de la révolution d’Octobre 2019 à perdu les élections municipales. Se positionner contre les partis sectaires traditionnels sans projet clair ne suffit plus Surtout quand le pays est divisé entre le Hezbollah et ses opposants et que les peurs confessionnelles ont gagné du terrain.


Même s’ils gardent mon soutien,  j’ai reproché aux acteurs de la contestation leur manque de vision et d’unité. Leurs egos et querelles ont pris trop de place dans leur exercice de la vie politique alors qu’ils auraient dû placer l’intérêt général bien avant leurs désaccords souvent mineurs. Espérons qu’il définissent vite une feuille de route pour les élections de 2026 avec de vraies idées et des listes unifiées.


Justement, et pour guérir le Liban de ses divisions sectaires, il faudrait peut être  un traitement de choc. À l’heure où la communauté chiite pense que le désarmement du Hezbollah la marginalisera, à l’heure où les chrétiens se crispent et ont plus que jamais peur de disparaître, pourquoi ne pas crever l’abcès et proposer un projet de réforme du Pacte National instaurant la rotation des trois sièges présidentiels entre les trois principales  communautés. Tous les six ans le président serait à tour de rôle soit maronite, soit sunnite soit chiite. Même chose pour le premier ministre et le président du parlement pour assurer un équilibre. 


Joseph Aoun et Nawaf Salam ont encore la légitimité de proposer un tel électrochoc pour nous débarrasser des armes du Hezbollah et emmener le pays vers un futur moins divisé,  plus serein et prospère. Quand le régime sanguinaire israélien et l’obscurantisme iranien continuent à sévir et profiter de nos dissensions, quand le monde entier traverse une crise profonde et les guerres s’éternisent autour de nous, il est urgent de prendre notre destin en main et innover pour ne pas mourir.