15.3.25

Ploutocrates, Anti-Système et Modérés, trois blocs qui divisent le monde.


Avec l’intronisation fracassante  de Donald Trump auxEtats Unis, une nouvelle division du monde en trois blocs distincts semble se dessiner 


Le premier bloc qui ne fait que gagner du pouvoir est celui de la ploutocratie néofasciste et impérialiste. C’est l’alliance des milliardaires qui rêvent d’ultra capitalisme même si leur programme fait chavirer l’ordre international . Derrière Donald Trump, et Elon Musk, on y retrouve de nombreux oligarques et pétro-monarques , et  de grands patrons réactionnaires qui dans l’ombre des frasques de Trump acquiescent plus ou moins discrètement. Comme Vincent Bolloré en France dont les médias sont soudainement devenus pro-Poutine ou les dirigeants de Walmart ou Target qui ont hâtivement abandonné tout engagement de leurs entreprises en faveur de la diversité.  Ce bloc accueille les fascistes et ultranationalistes de la planète avec un Netanyahu raciste et islamophobe qui an mis sa région à feu et à sang  ou un Poutine qui a dévasté toutes les Russies. 


A l’opposé , un bloc des anti-système qui veulent tout faire sauter a redoublé de virulence. C’est l’alliance des anarchistes ou ultra wokistes et des extrémistes de tout bord qui honnissent les grandes puissances et les classes dirigeantes. De l’ayatollah iranien et des fanatiques  amoureux du martyre en passant par des gauches populistes radicalisées, le spectre est large mais l’outrance est sans limites. Ce bloc anti-système a perdu quelques pions mais il séduit dangereusement les classes ouvrières qui sombrent dans la pauvreté et il gangrène une certaine jeunesse exaltée, déboussolée et qui peine à s’affranchir des réseaux sociaux et des biais de confirmation qu’ils engendrent. Luigi Magione, populaire jeune assassin d’un patron de wall street en est un triste exemple. 


En troisième, arrive le bloc des modérés humanistes, ni fascistes ni wokistes,  attachés à une certaine vision idéalisée du monde où la collaboration et le respect peuvent vaincre l’impérialisme et l’obscurantisme. Victime d’un manque cruel de leadership, ce bloc qui croit encore à l’ONU, ou au développement durable, est affaibli, Il essuie les plâtres de l’affaissement des classes moyennes et du creusement des inégalités, et il recule face aux dictateurs populistes des deux premiers blocs. 


Les trois blocs sont représentés au Moyen Orient.  Au Liban, et contre toute attente, le troisième bloc de modérés a réussi à prendre le dessus avec un Président et un Premier Ministre inclusifs et éclairés. Mais ils sont déjà pris en étau entre l’impérialisme americano-israélien et l’extrémisme religieux pro-iranien qui s’y oppose. Leur marge de manœuvre est donc très serrée. Simultanément, en  Syrie, Ahmad el Chareh semble vouloir rentrer son pays dans le bloc de la raison et de la tempérance après des années d’anarchie. Mais les dangers venus de l’islamisme dont il est lui même issu le pourchassent, sans compter Israël qui grignote son territoire en toute impunité avec le feu vert américain. 


Enfin et sur une note moins défaitiste, les ploutocrates commencent à payer le prix de leur arrogance avec de sérieux revers boursiers aux Etats -Unis. Alors que le Congrès est muselé, la Justice paralysée et les médias dénigrés, serait-ce donc l’ultime contre-pouvoir que représente le S&P 500 qui fera enfin reculer Trump? 

6.3.25

Entre baisers et soufflets





Between kisses and slaps 

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Après des mois de violence, c’est cette fois un baiser de Gaza qui a créé la controverse. L’otage israélien Omer Shem Tov, âgé de 22 ans, a pris tout le monde par surprise en embrassant deux combattants du Hamas sur le front lors de sa libération.


Si le gouvernement israélien d’extrême droite a  vite vu  dans ce baiser un geste forcé et une forme d’humiliation, la vidéo ne montrait aucun signe visible de coercition et Omer, avec son grand sourire n’avait pas l’air particulièrement contrarié. Quoi qu’il en soit, et loin de toute admiration pour les mises en scène macabres du Hamas, plus intéressante était pour moi la réaction des parents de l’otage. Son père décrit Omer comme «l’esprit le plus positif du monde » et sa mère dit : « C’est Omer… Il s’entend avec tout le monde, même avec le Hamas… Ils l’aiment même là-bas. »  En regardant ces nouvelles insolites, je me suis un peu dit que  avons besoin de plus d’Omer et de plus de baisers dans cette région, retrouver l’humanité dans l’ennemi plutôt que le détester, tendre la main malgré les horreurs, les blessures et les rancunes.

Justement, de ce côté de l’océan, un Israélien et un Palestinien ont remporté ensemble un Oscar et envoyé le plus beau message de paix à la planète. Quel courage de dénoncer l’occupation et la politique américaine qui ruine les chances de paix. Moins chanceux, M. Zelensky était lui reparti de la Maison Blanche sans baisers ni accolades, humilié publiquement par le duo ploutocrate qui gouverne l’Amérique. Cette gifle diplomatique  où les États Unis tournent brutalement le dos à leur allié  (après l’avoir longtemps encouragé à guerroyer contre les Russes) a stupéfié la planète mais elle peut aussi nous servir de leçon.


Elle devrait notamment tempérer les ardeurs pro américaines de certains Libanais qui rêvent de troquer le diktat de Téhéran  par une tutelle américaine, voire une paix hâtive avec Israël. Quand comprendront-ils enfin que le Liban ne peut être un dominion Occidental en terre d’Orient? Son rôle est d’être un pont entre les civilisations et non pas une girouette! Recouvrer notre souveraineté et nous débarrasser des milices peut et doit se faire  sans tourner le dos à notre appartenance levantine. Les Libanais qui ont dit adieu à Hassan Nasrallah dans la tristesse, l’indifférence où le soulagement sauront-ils enfin tourner la page des divisions venues d’ailleurs et choisir une voie commune et salutaire ?  


In English 

Between Kisses and Slaps,


After months of violence, this time it was a kiss from Gaza that created controversy. Israeli hostage Omer Shem Tov, 22, took everyone by surprise by kissing two Hamas fighters on the front lines upon his release.


While the far-right Israeli government quickly saw this kiss as a forced gesture and a form of humiliation, the video showed no visible signs of coercion and Omer, with his big smile, did not seem particularly upset. In any case, and far from any admiration for Hamas’ macabre stagings, more interesting for me was the reaction of the hostage’s parents. His father described Omer as “the most positive spirit in the world” and his mother said: “That’s Omer… He gets along with everyone, even Hamas… They even love him there.” » Looking at this unusual news, I thought to myself that we might need more Omer and more kisses in this region, to find humanity in the enemy rather than hate them, to reach out despite the horrors, the wounds and the grudges.


Precisely, on this side of the ocean, an Israeli and a Palestinian won an Oscar together and sent the most beautiful message of peace to the planet. What courage to denounce the occupation and the American policy that ruins the chances of peace. Less fortunate, Mr. Zelensky left the White House without kisses or hugs, publicly humiliated by the plutocratic duo that governs America. This diplomatic slap in the face where the United States brutally turns its back on its ally (after having long encouraged it to wage war against the Russians) has stunned the planet but it can also serve as a lesson to us.


It should notably temper the pro-American ardor of some Lebanese who dream of swapping Tehran’s diktat for American tutelage, or even a hasty peace with Israel. When will they finally understand that Lebanon cannot just be a Western dominion in the land of the Orient? Its role is to be a bridge between civilizations and not a weather vane! Regaining our sovereignty and getting rid of the militias can and must be done without turning our backs on our Levantine affiliation. Will the Lebanese who said goodbye to Hassan Nasrallah in sadness, indifference or relief finally know how to turn the page on the divisions coming from overseas and choose a common and salutary path?

13.2.25

Le Levant en péril / The Levant in péril


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Mais quel  mauvais tournant ce siècle a-t-il pris pour nous? 


Par nous, je veux dire les Levantins, un peuple assis entre deux civilisations, aussi fiers de notre ancrage oriental que de nos affinités occidentales. Nous vivons entre ces deux plaques tectoniques que sont l’Orient et l’Occident, grandissons sur une montagne enneigée aux allures alpines, sur une côte méditerranéenne tournée vers l’Ouest, ou dans des plaines peuplées  de vignes et d’oliveraies qui s’étendent jusqu’au désert. Nos contrées ont à la fois cette architecture méditerranéenne héritée de nos aïeux et les fastes des mille et une nuits venus d’Orient, dans une délicieuse harmonie qui n’existe que chez nous. Avec nos églises, nos temples et nos minarets qui invoquent  le même Dieu, nous sommes ceux qui savent mélanger la culture et les raffinements de l’Europe voisine  avec le grand cœur et l’immense générosité propres aux terres d’Islam. 


Mais quand l’Occident nous opprime et que ses chefs appellent à la colonisation de nos terres ou au nettoyage ethnique, c’est une partie de notre identité biculturelle qui s’écroule. Quand Donald Trump appelle à déporter les Palestiniens de leur ville pour y construire une Riviera, c’est le Levant tout entier qu’il poignarde. 


Aujourd’hui  plus que jamais, Il y a un lourd prix à payer quand on vit entre deux civilisations. Quand l’Occident épouse un Netanyahu génocidaire et que l’Orient blessé se recroqueville sur lui même, notre Levant fait face aux plus graves dangers. Comme dans un désastre géologique, nous subissons toutes  les secousses que provoquent les tyrans et sombrons dans le magma de leurs ambitions et rancœurs. Écartelés par des forces opposées, saurons nous nous ressaisir et nous unifier pour ne pas disparaître?


The Levant in Peril


What bad turn has this century taken for us?


By us, I mean the Levantines, a people seated between two civilizations, as proud of our Eastern roots as of our Western affinities. We live between these two tectonic plates that are the East and the West, growing up on a snow-capped mountain with an Alpine feel, on a western facing Mediterranean coast, or in plains of vineyards and olive groves that extend to the desert. Our lands have both this Mediterranean architecture inherited from our ancestors and the splendor of the Arabian Nights, in a delicious harmony that exists only here. With our churches, our temples and our mosques that invoke the same God, we are those who know how to mix the culture and refinements of neighboring Europe with the great heart and immense generosity specific to the lands of Islam.


But when the West oppresses us and its leaders call for the colonization of our lands or ethnic cleansing, it is a part of our bicultural identity that collapses. When Donald Trump calls for the deportation of Palestinians from their city to build a Riviera, it is the entire Levant that he stabs. 


Today more than ever, there is a heavy price to pay when we live between two civilizations. When the West embraces a genocidal Netanyahu and the wounded East curls up on itself, our Levant faces the gravest dangers. Just like in a geological disaster, we suffer all the shocks caused by tyrants and sink into the magma of their ambitions and resentments. Torn apart by opposing forces, will we be able to pull ourselves together and unite so as not to disappear?

Cher Monsieur Salam


Quel bonheur de voir notre grand diplomate et juge renommé accéder au poste de Président du Conseil des ministres, position clé dans notre république compliquée. 


Dans le pays où la corruption et les oligarques sectaires ont accaparé le pouvoir et détruit l’économie, l’arrivée d’un juriste de renom éclairé et cultivé  est la plus belle surprise de l’année qui commence.


Au conseil de sécurité de l’ONU puis  en président de la cour internationale de justice, vous représentiez la capacité libanaise à faire face au rouleau compresseur israélien et défendre nos frères palestiniens par les moyens diplomatiques à notre disposition. Et non pas par les voies déraisonnables et suicidaires dans lesquelles nous avons été trop souvent poussés. 


À la tête du gouvernement, vous devrez réformer ce pays en lambeaux. Votre nom “Salam” qui signifie “Paix”  est comme une belle lueur  d’espoir à côté de celui du président de la République. Notre joie est immense de voir un homme ‘État respectable prendre les rênes de ce pouvoir trop longtemps corrompu. Elle n’a d’égale que la peur de voir vos actions obstruées ou, pire encore, que votre sécurité soit déjà menacée comme bien d’hommes providentiels avant vous. 


Il vous faudra avec le Président tout le courage et la collaboration malgré vos différences. Votre légitimité dans vos communautés respectives est énorme mais il vous faudra vite inclure des partenaires chiites qui puissent représenter une alternative crédible. Puisse  l’amour de la patrie vous souder dans ce grand defi .

10.1.25

Cher Monsieur le Président

 


Votre discours au Parlement, éloquent et prometteur, présage des nombreuses taches évidentes mais néanmoins immenses, qu’il vous faudra accomplir pour sauver notre beau petit pays. 


On ne vous connaît guère. Vous avez eu jusqu’aujourd’hui l’avantage précieux d’être resté discret et peu polémique. Mais désormais, vous ne pourrez plus rester muet. Je vous souhaite donc le courage, la ténacité et la chance de rassembler les Libanais dans un projet ambitieux et inclusif à la fois, un défi vital et dantesque! 


Comment effacerez vous  des décennies de retard accumulé? Comment rattraperons nous ces  virages technologiques manqués et tant d’opportunités ratées par une classe politique, divisée, sectaire, corrompue et incompétente? Avec vos pouvoirs restreints, comment faire le ménage de tous ces apparatchiks qui ont détruit le pays? Ou les ramener à l’ordre et les discipliner ? Oserez vous aussi aller plus loin et attaquer les sujets vitaux pour l’avenir comme remettre les religions dans les temples et éradiquer la mentalité  sectaire et qui nous gangrène ? On dit que vous aimez le Liban. Nous apprendrez-vous à l’aimer aussi? Sauver sa nature, chérir sa culture et aimer son concitoyen avant l’argent ou les intérêts extérieurs ? 


On prie en ce jour que la providence puisse vous donner la force et la volonté de réussir. 

Bonne chance Monsieur le Président, tant d’espoir repose désormais sur vos épaules, vous aurez tant  d’ennemis. mais pouvez au moins compter sur l’incroyable énergie de ce pays flétri mais  qui veut toujours se relever.