Une chose frappe et indispose les Français résidents a Londres, c’est le respect rigoureux mais parfois extrême qu’ont les Britanniques pour les règles.
« The rules are here for a reason », est une phrase que j’entendis encore hier en atterrissant de Glasgow. Habitué aux compagnies aériennes qui autorisent les téléphones mobiles dès l’atterrissage, j’allumai mon blackberry pour un coup de fil urgent sans imaginer que cela puisse indisposer mon voisin, ultra-soucieux des règlements. Il se met à maugréer si bien que je raccroche rapidement puis tente une explication amicale : « Vous savez, après l’atterrissage de nombreuses compagnies autorisent les téléphones car il n’y a pas de souci réel. Qantas, pourtant une des compagnies les plus rigoureuses en terme de sécurité, l’autorise. » Peine perdue. Mon voisin me rappelle que les règles sont là pour une raison et me sermonne immanquablement sur la sécurité des passagers.
Même constat ce matin en écoutant un audio-reportage sur une descente de la police des frontières sur des travailleurs clandestins dans une banlieue de Londres. On a droit à l’interrogatoire musclé d’une étudiante sri lankaise. Par sa voix chevrotante, on devine le désarroi de l’ouvrière, attrapée en flagrant délit de travailler plus de 20 heures par semaine (la limite légale autorisée pour les étudiants extracommunautaires). Elle est payée 3,50 livres par heure. L’officier de police est agressive et la traite de menteuse. Cette fausse étudiante n’assiste en réalité à aucun cours et sera expulsée illico. Je me surprends à imaginer l’angoisse de cette jeune femme incarcérée hier soir et dont le rêve européen est mort en quelques minutes. Je m’attends à ce que le journaliste nous fasse part de son émotion ou sa sympathie devant ce triste spectacle et la violence de l’interview. Que nenni ! Le reportage est tout juste qualifié d’ "extraordinaire" et la BBC se borne à discuter du montant des amendes infligées à l’employeur.
Le pragmatisme Anglais a ses revers : Des lors qu’il s’agit du respect des règles, l’empathie et la capacité d’écoute frisent souvent le zéro absolu. Heureusement que les Britanniques se rattrapent par leur humour. Apres l’atterrissage d’hier, je raconte l’incident du blackberry à ma collègue anglaise. Elle me dit qu’elle aurait, dans les mêmes circonstances, demandé au voisin moralisateur du feu pour allumer une cigarette.
29.10.10
27.10.10
Violoncelle et Bach: la merveilleuse combinaison
Rostropovitch ou Yo-yo Ma jouant le prélude de la suite numéro 1 de Bach: Un régal pour les oreilles et un plaisir envoutant pour ceux qui aiment les cordes et le son du violoncelle.
Ces derniers jours, je me surprends à le faire écouter sans doute trop de fois à ma fille de six ans qui commence à peine ses cours de violoncelle. Est-ce dans l’espoir qu’elle s’imprègne du génie de ce morceau et que ma jeune et malléable créature s’abreuve de virtuosité?
J'espere qu'elle y trouve le meme plaisir que moi. Surtout qu’à la fin du prélude, et comme souvent dans le violoncelle, le sérieux et la relative austérité de l’instrument cèdent la place, dans une surprenante accélération, à un joyeux feu d’artifice de notes aigues et d’énergie. Glorieux Bach, magnifiques joueurs. La vie est beaucoup plus belle en musique.
A savourer même sur youtube.
http://www.youtube.com/watch?v=LU_QR_FTt3E
Ces derniers jours, je me surprends à le faire écouter sans doute trop de fois à ma fille de six ans qui commence à peine ses cours de violoncelle. Est-ce dans l’espoir qu’elle s’imprègne du génie de ce morceau et que ma jeune et malléable créature s’abreuve de virtuosité?
J'espere qu'elle y trouve le meme plaisir que moi. Surtout qu’à la fin du prélude, et comme souvent dans le violoncelle, le sérieux et la relative austérité de l’instrument cèdent la place, dans une surprenante accélération, à un joyeux feu d’artifice de notes aigues et d’énergie. Glorieux Bach, magnifiques joueurs. La vie est beaucoup plus belle en musique.
A savourer même sur youtube.
http://www.youtube.com/watch?v=LU_QR_FTt3E
24.10.10
Une querelle de trop?
Les élections américaines du 2 Novembre pourraient revêtir un caractère singulièrement important pour le Proche-Orient.
En relançant la colonisation des territoires palestiniens, M. Netanyahu et son gouvernement ont pris M. Obama de court et ont fait avorter son plan de négociations moins d’un mois après son envol. Ils ont pris le risque d’humilier une fois de plus le président américain affaibli a l'intérieur par la crise économique. Rien d’étonnant. De précédents pieds de nez avaient eu lieu sans beaucoup de dégâts pour Israël : Tout au plus, M. Netanyahu avait payé par une visite sans photos à la Maison-Blanche ou par des signes d’agacement à peine perceptibles dans les discours officiels. Mais cette fois, il est possible qu’Israël ait pris un pari de trop.
En effet, le 2 Novembre, un victoire inattendue des démocrates alors que le sondages sont défavorables renforcerait M. Obama sur le plan intérieur et lui donnerait plus de marge de manœuvre sur le dossier brulant du Proche-Orient. Il pourrait montrer davantage de fermeté contre l’enfant terrible et ingrat qu’est devenu Israël pour les Etats-Unis. Si au contraire, Obama perdait les élections générales et sénatoriales, la Maison-Blanche serait certes affaiblie mais principalement sur les questions de politique intérieure. Rien ne l’empêcherait de donner une leçon a M. Netanyahu pour le punir de ses paris inamicaux ou au moins tenter de le ramener a la raison. Dans les deux cas, c’est évidemment ce qu'on souhaite au Prix Nobel de la paix 2009 qui a pour l'instant bien du mal à confirmer son prix par des réalisations concrètes notamment à cause de l'intransigeance d'Israël.
Mais il ne faut quand meme pas trop rêver. La question finale restera : jusqu’ou les Etats-Unis sont-ils vraiment prêts a aller ? L’historique des positions américaines est tellement défavorable aux Palestiniens et si complaisant avec l’Etat Hébreu qu’on peine à imaginer une condamnation formelle d’Israël, sans parler d’un soutien à une déclaration d’indépendance unilatérale ou une moindre sanction contre un Etat qui sombre malheureusement dans l’isolationnisme et les politiques de ségrégation.A suivre.
En relançant la colonisation des territoires palestiniens, M. Netanyahu et son gouvernement ont pris M. Obama de court et ont fait avorter son plan de négociations moins d’un mois après son envol. Ils ont pris le risque d’humilier une fois de plus le président américain affaibli a l'intérieur par la crise économique. Rien d’étonnant. De précédents pieds de nez avaient eu lieu sans beaucoup de dégâts pour Israël : Tout au plus, M. Netanyahu avait payé par une visite sans photos à la Maison-Blanche ou par des signes d’agacement à peine perceptibles dans les discours officiels. Mais cette fois, il est possible qu’Israël ait pris un pari de trop.
En effet, le 2 Novembre, un victoire inattendue des démocrates alors que le sondages sont défavorables renforcerait M. Obama sur le plan intérieur et lui donnerait plus de marge de manœuvre sur le dossier brulant du Proche-Orient. Il pourrait montrer davantage de fermeté contre l’enfant terrible et ingrat qu’est devenu Israël pour les Etats-Unis. Si au contraire, Obama perdait les élections générales et sénatoriales, la Maison-Blanche serait certes affaiblie mais principalement sur les questions de politique intérieure. Rien ne l’empêcherait de donner une leçon a M. Netanyahu pour le punir de ses paris inamicaux ou au moins tenter de le ramener a la raison. Dans les deux cas, c’est évidemment ce qu'on souhaite au Prix Nobel de la paix 2009 qui a pour l'instant bien du mal à confirmer son prix par des réalisations concrètes notamment à cause de l'intransigeance d'Israël.
Mais il ne faut quand meme pas trop rêver. La question finale restera : jusqu’ou les Etats-Unis sont-ils vraiment prêts a aller ? L’historique des positions américaines est tellement défavorable aux Palestiniens et si complaisant avec l’Etat Hébreu qu’on peine à imaginer une condamnation formelle d’Israël, sans parler d’un soutien à une déclaration d’indépendance unilatérale ou une moindre sanction contre un Etat qui sombre malheureusement dans l’isolationnisme et les politiques de ségrégation.A suivre.
22.10.10
Mal-France
Elle n'est pas finie mais on sait deja que 2010 aura été une longue année en France. Longue et négative.
Les festivités nefastes ont été ouvertes par le gouvernement qui au lieu de se concentrer sur les réformes vitales pour le pays s’est épanché dans une mer nauséabonde de débats futiles sur l’identité nationale en passant par des lois peu prioritaires contre des burqas anecdotiques pour enfin plonger dans les discours populistes d’aout et ne jamais vraiment en refaire surface. Sans oublier le sport malheureux ou les black-beurs sont stigmatisés a outrance et les nageurs blonds encensés et j’en passe.
Mais notre gauche paléolithique (comme l’appelle magazine The Economist) n’aura pas été en reste. Son manque d’inspiration n’a d’égal que l’incohérence de ses discours. On nous dit qu'il faudrait réformer les retraites mais cette réforme ne serait pas la bonne alors que les idées du PS pour combler nos déficits restent un mystère. L’absence de leadership positif à gauche est un trou béant dans l’échiquier politique. Et ce mois de septembre, grâce a cette brillante opposition, Paris est assiégé par des routiers, paralysé par des raffineries en grève, envahi d’étudiants pré-pubères tatoués de slogans stupides anti Sarkozy et anti-Carla. L’argent du contribuable est dilapidé par des adolescents qui préfèrent sécher les cours. Paris est menacé par les casseurs, pris en otage. Paris n’est (ironiquement) libéré de ses énergies négatives que par son métro particulièrement fluide (vive le service minimum !).
En fin de compte, un gouvernement a été démocratiquement élu en 2007. Qu’on le veuille ou pas, il est là pour mettre en œuvre des réformes et qu’il faudrait bien le laisser aller jusqu’au bout de son programme quitte a l’évincer en 2012. Mais cette semaine encore, Benoit Hamon nous raconte inlassablement que le gouvernement devrait tenir compte d’un fumeux sondage ou une majorité des Français s’opposerait à la réforme. Il oublie bien vite que si le pouvoir devait tenir compte des sondages, la peine de mort serait encore en vigueur en France.
Les festivités nefastes ont été ouvertes par le gouvernement qui au lieu de se concentrer sur les réformes vitales pour le pays s’est épanché dans une mer nauséabonde de débats futiles sur l’identité nationale en passant par des lois peu prioritaires contre des burqas anecdotiques pour enfin plonger dans les discours populistes d’aout et ne jamais vraiment en refaire surface. Sans oublier le sport malheureux ou les black-beurs sont stigmatisés a outrance et les nageurs blonds encensés et j’en passe.
Mais notre gauche paléolithique (comme l’appelle magazine The Economist) n’aura pas été en reste. Son manque d’inspiration n’a d’égal que l’incohérence de ses discours. On nous dit qu'il faudrait réformer les retraites mais cette réforme ne serait pas la bonne alors que les idées du PS pour combler nos déficits restent un mystère. L’absence de leadership positif à gauche est un trou béant dans l’échiquier politique. Et ce mois de septembre, grâce a cette brillante opposition, Paris est assiégé par des routiers, paralysé par des raffineries en grève, envahi d’étudiants pré-pubères tatoués de slogans stupides anti Sarkozy et anti-Carla. L’argent du contribuable est dilapidé par des adolescents qui préfèrent sécher les cours. Paris est menacé par les casseurs, pris en otage. Paris n’est (ironiquement) libéré de ses énergies négatives que par son métro particulièrement fluide (vive le service minimum !).
En fin de compte, un gouvernement a été démocratiquement élu en 2007. Qu’on le veuille ou pas, il est là pour mettre en œuvre des réformes et qu’il faudrait bien le laisser aller jusqu’au bout de son programme quitte a l’évincer en 2012. Mais cette semaine encore, Benoit Hamon nous raconte inlassablement que le gouvernement devrait tenir compte d’un fumeux sondage ou une majorité des Français s’opposerait à la réforme. Il oublie bien vite que si le pouvoir devait tenir compte des sondages, la peine de mort serait encore en vigueur en France.
20.10.10
Douce Cuisine
Les vieilles traditions culinaires libanaises
se perdent par manque de temps.
Quel ne fut mon bonheur ces derniers jours en redécouvrant les bons plats de ma mère de passage a Londres. Ils portent en eux le magique souvenir de mon enfance et l'héritage raffiné de générations de femmes qui en avaient fait un véritable art. Ma grand-mère paternelle les avait hérités de ses grandes sœurs et légués comme de précieux biens à mes tantes et à ma mère. Mais chacune excelle -in fine- dans une discipline particulière, alternant dextérité, sens du détail ou douceur du geste. Parfois elles se retrouvaient pour s'entraider et faire les desserts de Paques.
Mais l’art de prendre le temps pour bien faire les choses, l’art de ne pas cuire les choses trop vite, de ne pas trop assaisonner et de choisir les ingrédients en flânant dans les marchés un peu comme un peintre sélectionne les couleurs d’un tableau, l’art de ne pas remuer le riz qui cuit, de ne pas trop mélanger pour ne pas abimer, ou de mélanger sans cesse pour ne pas bruler, tout cela ne s’apprend et ne se transmet que lorsqu’on vit ensemble et qu’on passe de longues heures dans les grandes cuisines des vieilles demeures beyrouthines.
Or de nos jours, on ne vit plus trop ensemble et on n'a plus le temps.
Quel ne fut mon bonheur ces derniers jours en redécouvrant les bons plats de ma mère de passage a Londres. Ils portent en eux le magique souvenir de mon enfance et l'héritage raffiné de générations de femmes qui en avaient fait un véritable art. Ma grand-mère paternelle les avait hérités de ses grandes sœurs et légués comme de précieux biens à mes tantes et à ma mère. Mais chacune excelle -in fine- dans une discipline particulière, alternant dextérité, sens du détail ou douceur du geste. Parfois elles se retrouvaient pour s'entraider et faire les desserts de Paques.
Mais l’art de prendre le temps pour bien faire les choses, l’art de ne pas cuire les choses trop vite, de ne pas trop assaisonner et de choisir les ingrédients en flânant dans les marchés un peu comme un peintre sélectionne les couleurs d’un tableau, l’art de ne pas remuer le riz qui cuit, de ne pas trop mélanger pour ne pas abimer, ou de mélanger sans cesse pour ne pas bruler, tout cela ne s’apprend et ne se transmet que lorsqu’on vit ensemble et qu’on passe de longues heures dans les grandes cuisines des vieilles demeures beyrouthines.
Or de nos jours, on ne vit plus trop ensemble et on n'a plus le temps.
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