17.10.21

Tragédie confessionnelle

 Comme dans les tragédies grecques, il y a l’unité de lieu, de temps et d’action.

Le lieu est chargé de symboles et de fiel. Ces faubourgs sont l’endroit où un funeste autobus palestinien canardé par des miliciens en 1975 déclencha la guerre civile et détruisit le Liban. Chaque Libanais a son souvenir et ses blessures dans ces quartiers. Moi-même ai failli y laisser ma vie en traversant cette ligne de démarcation sous les tirs en 1989 pour me rendre en France. Revoir ces rues en guerre nous fait donc tous frissonner. Le temps est l’espace de quelques heures, courtes mais suffisantes pour réveiller les bons vieux démons confessionnels et s’assurer que la détestation d’autrui, la déshumanisation d’un concitoyen juste à cause de sa religion présumée, sont toujours aussi tenaces. L’action est parfaitement menée, un parti qui se croit au dessus des lois essaye d’intimider la justice, un autre qui saisit l’opportunité pour montrer lâchement ses petits muscles avec des franc-tireurs embusqués, puis la riposte ridicule et disproportionnée des miliciens ineptes canardant des immeubles vides comme pour libérer leur testostérone.
À tous ceux qui ont y vu autre chose qu’une mascarade, je leur dis qu’ils sont dupes du jeu des seigneurs de la guerre en mal de popularité. Je dis aux chrétiens dont l’inconscient craintif s’est rassuré que l’Iran ne pouvait pas envoyer ses sbires impunément dans leurs quartiers qu’ils se trompent amèrement, et que tirer sur ses concitoyens est un crime sans excuse. Qu’il n’y avait rien de légitime ou d’héroïque dans ce que ces francs tireurs “chrétiens” ont fait. Je n’y vois que de la provocation, du meurtre, de la lâcheté. Je dis aussi aux autres que leur arrogance et dogmatisme nous entraînent dans cette dialectique. Que leur confessionalisme et leur utilisation toxique de la religion réveille les pires peurs et démons. Que leurs intimidations et gesticulations contre un simple juge démontrent leur faillite morale.
Puis j’invite enfin tout le monde à regarder la liste des victimes, et pleurer avec moi tous ces jeunes q’ils aient pris des armes ou pas. Ils sont morts pour rien si ce n’est défendre un député corrompu ou protéger un quartier d’une menace inexistante. Quelles qu’eussent été leurs motivations, qu’ils s’appellent Hassan, Hussein, Mohammed, Elie, Georges ou François ils sont tombés bêtement sur l’autel de ce Liban divisé. Une fois de plus, la vraie guerre n’est pas entre chrétiens et musulmans, elle est entre ceux qui veulent la peur et la sédition pour dominer et s’enrichir et les autres, cette majorité trop silencieuse qui n’en peut plus de ces caïds sectaires.Ce nouveau Liban balbutiant aura-t-il enfin le courage de se réveiller ?

4.9.21

La fin du système confessionnel

Comment retrouver l’espoir pour le Liban? Ces dernières années m’ont appris que cette région ne s’améliorera que lorsque nous y trouverons le courage de ranger nos religions dans leurs temples. Et cela, parce qu’en Orient, nous sommes tous à la fois victimes consentantes et coupables de ce grand mal qu’on appelle le confessionalisme: Nous avons épousé nos religions depuis des siècles, comme on s’entiche d’équipes de football. Chaque confession a donné à ses membres quelques valeurs morales bien sûr (vite oubliées pour beaucoup) mais surtout des motifs de fierté, des sentiments d’identité, des sources d’inspiration ou des allégeances à des puissances étrangères. Ce faisant, elles ont systématiquement empêché une cohésion sociale et toute naissance d’un véritable sentiment national.

Les origines de ce mal proviennent paradoxalement de la relative tolérance de l’Islam envers les minorités religieuses monothéistes au Moyen Âge et notamment sous le règne Omeyyade (ce qui contrastait avec l’intolérance religieuse en Occident). Mais cette tolérance ne signifiait pas intégration. Elle encourageait la juxtaposition pacifique des communautés sans aucun souci de les mélanger ou les dépasser tant il était impensable que la chose publique soit dissociée de la religion dominante. Il y avait donc la religion d’Etat (généralement l’Islam sunnite) et les religions minoritaires dont les adeptes pouvaient vivre en paix et prospérer, mais avec un statut de citoyens de seconde catégorie, peu ou pas de poids politique, un impôt en plus mais aussi l’avantage de ne pas voir leurs fils enrôlés dans l’armée de l’empire et de vivre comme bon leur semblait. Cette situation avait permis le maintien et même le développement sans interruption de minorités dans le monde musulman, voire l’arrivée en Orient de minorités persécutées en Europe comme les Juifs d’Esoagne. Ces minorités se sont accommodées d’un État qui n’était pas vraiment le leur mais elles ont aussi constamment essayé de le remplacer. Ce système a donc enfanté involontairement d’un fléau, , la création de communautés confessionnelles qui jouent le rôle de mini-Etats dans l’Etat. On naît en Orient d’abord dans une communauté puis ensuite dans une ville ou un pays. Et si la solidarité intra-communautaire était salvatrice en temps de misère, famines ou persécutions, elle est vite devenue toxique en empêchant le développement d’ États modernes et unis.

Avec les crispations identitaires qui ont secoué le monde depuis la fin du XXème siècle, cette maladie chronique s’est aggravée et elle a plongé le Levant dans les ténèbres. Déjà les créations d’Etats basés sur les religions en Israël, en Iran, et avant cela, en Arabie, avaient rendu la région plus intolérante, voire explosive. Le pays le plus fragile, le Liban et ses dix huit confessions, implosait en 1975 avec des chrétiens convaincus qu’on cherchait à les chasser de leur pays et des musulmans persuadés que leur Etat n’était qu’un dominion de l’Ouest qui les spoliait et trahissait. Puis ce fut le tour de l’Irak où l’interventionnisme américain réveilla les pires démons confessionnels et cette fois entre Sunnites et Chiites. Et enfin bien sûr, la Syrie avec sa guerre sanglante entre pouvoir alaouite et opposition sunnite. En Orient aujourd’hui, Chrétiens, Juifs, Sunnites, Chiites, Druzes, Alsouites, Yazidis ou autres se sont retrouvés dans un tourbillon de tensions et de violence sans précédent depuis des siècles. Le résultat en est une région exsangue, dévastée par les guerres avec à peine quelques fragiles oasis de développement, encerclés par des étendues immenses de misère et de chaos. Le Liban est le parfait exemple du pays sacrifié sur l’autel des divisions communautaires. Incapable de se gouverner, il agonise.

Encore aujourd’hui, les peurs et théories de complot d’origine confessionnelle y restent virulentes. En arrivant à Beyrouth cet été, mon chauffeur de taxi pourtant bien sympathique m’en fournit une énième preuve. Je lui parlais des dégâts innombrables causés par l’explosion du 4 août et de la menace pesant sur le patrimoine architectural de la capitale. Il me répondit de but en blanc: « il paraît qu’ils cherchent même à islamiser nos quartiers ». Interloqué, je lui rétorquai un peu sèchement que ces bruits n’étaient sûrement pas fondés, que l’immeuble que nous avons aidé à restaurer n’a été justement secouru que par des ONG tenues par des concitoyens de confession musulmane et qui ont tout fait pour que les propriétaires (chrétiens) reviennent chez eux. Et que les promoteurs détruisant les immeubles anciens pour les remplacer par d’hideux gratte-ciel étaient en réalité de toutes les confessions.

Nous avons donc vraiment besoin d’une nouvelle laïcité en Orient et notamment au Liban. Pas la laïcité des dictateurs Arabes qui l’avaient transformée en outil d’oppression contre leurs peuples, ni celle des vieux partis Libanais prétendument progressistes qui, sous couvert de laïcité, cherchaient à accaparer le pouvoir, changer le destin du pays et en faire un dominion de l’Egypte ou de l’OLP ou empêcher les minorités de s’autodéterminer. Nous voulons une laïcité moderne et sur-mesure qui remette en cause la façon de vivre sclérosée qui sévit en Orient depuis trop longtemps. Cette omniprésence du religieux dans la sphère publique et dans les débats, cette utilisation maléfique de l’Islam pour mobiliser les foules sur des sujets non religieux et le terrible recroquevillement des minorités sur elles-mêmes, source de peurs, d’agressivité, de racisme ou d’exil.

La responsabilité pesant sur les épaules de nos nouveaux partis issus de la révolution d’octobre 2019 est par conséquent gigantesque. Il leur faudra convaincre les foules que les muftis et les imams doivent se concentrer sur les valeurs morales et cesser de se mêler de politique, il leur faudra également affirmer que ce n’est pas à un patriarche ni à un archevêque de déterminer le destin d’une nation, il leur faudra imposer des choses aussi taboues qu’un droit civil laïc où les gens peuvent se marier et divorcer, naître, mourir et hériter sans interventions obligatoires des religieux. Imposer par exemple qu’une femme sunnite hérite exactement de la même manière qu’une femme chiite ou chrétienne ou même athée (mot imprononçable en Orient!). Q’une Libanaise puisse donner sa nationalité à ses enfants même si leur père est étranger. Puis se tourner vers tous les chantiers qui comptent: les infrastructures, l’environnement, l’éducation... Arrêter cette obsession des armes et la fascination malsaine pour les martyrs. 

Ne vous ne méprenez pas. Ceci n’est pas un appel contre les religions. C’est plutôt un appel pour que les religions jouent en Orient le rôle qui leur est vraiment demandé. Prôner des valeurs morales, condamner la violence, encourager la tolérance et la solidarité, pousser les efforts d’alphabétisation et j’en passe. Les communautés musulmanes ont un devoir important dans l’instauration de cette nouvelle laïcité. Promouvoir la paix, revenir vers la beauté pure des textes et à l’Islam éclairé, intellectuel, tolérant et charitable, le seul qui ait jamais vraiment fonctionné et prospéré. Accepter que la religion au XXIème siècle doive relever d’un choix personnel et non pas d’un diktat. Pour les chrétiens, il s’agit de ranger leurs phobies et accepter pleinement leur ancrage en Orient. Arrêter de penser qu’il y a un complot pour les déraciner. Il s’agit en fin de compte d’apprendre à aimer ses concitoyens dans leurs différences, c’est aussi cela aimer son pays.

21.8.21

Dans la douleur, un nouveau Liban?


 De retour à New York depuis quelques jours, j’ai vu l’actualité se noircir de mauvaises nouvelles. Entre le variant Delta du Covid, le séisme en Haïti et la chute de Kaboul, on ne sait plus trop à quel saint se vouer. Puis je contemple avec tristesse mon pauvre Liban dont l’effondrement s’accélère dans la douleur. 

La faillite morale issue d’un système confessionnel archaïque y est désormais doublée d’une faillite financière et sociale. La montagne d’insouciance et de corruption construite après la guerre, ses allures faussement prospères faites d’enrichissement illicite, de voitures trop chères et de soirées opulentes se sont effondrées sur elles-mêmes, cédant la place à un pays fatigué sans infrastructures et sans leadership, et surtout sans le moindre sens de l’intérêt général.

La douleur y est donc immense, faite de pénuries, de spoliations et de comptes bancaires bloqués. Ces derniers jours, la crise a dévoilé le visage hideux de la contrebande de produits pétroliers subventionnés avec l’argent public et revendus en Syrie par les partis politiques confessionnels et leurs protégés. Au point où la population en colère a découvert des citernes d’essence illicites, alors qu’il faut attendre cinq heures pour faire son plein en station. Et bien sûr, le résultat tragique s’est imposé : une nouvelle explosion, cette fois dans le Nord, et son lot de morts et de grand brûlés, énièmes victimes d’un État bandit. 

La fin de l’ancien Liban sclérosé par ses divisions religieuses et les peurs entre communautés semble désormais inéluctable. Le chemin du salut reste long, mais la crise dans ses horreurs peut unir les Libanais. Ils se rendent compte enfin qu’ils sont tous dans le même bateau, quelle que soit leur communauté, victimes justement de leurs désunions stériles, et de leurs zaïms abjects et manipulateurs. La société civile transformée en nouvelle opposition laïque représente donc le seul espoir. C’est cette société civile et ses jeunes qui ont d’ailleurs reconstruit des pans entiers de Beyrouth après la double explosion d’août 2020. C’est à eux d’imposer le changement et de nouveaux leaders. Leur plus gros défi sera de saper le discours confessionnel une bonne fois pour toutes, tuer les phobies qu’il a nourries au fil des siècles pour diviser la population et l’empêcher de réclamer des comptes à ses dirigeants.

Les Libanais trouveront ils le courage de jeter leurs peurs et avancer ensemble ? C’est peut être à l’avènement d’un nouveau Liban qu’on assiste, voire – osons rêver ! – à celle d’un nouveau Levant. N’oublions pas que les plus beaux enfants naissent eux aussi dans la douleur.

29.3.21

Tragique et Libérateur

Il y a quelque chose de tragique et libérateur à la fois dans les  débattements de la classe politique libanaise qui s’efforce depuis sept mois à former un gouvernement sans succès.

D’aucuns  le regrettent en voyant l’économie du pays s’effondrer encore davantage, la livre ayant perdu près de 90 % de sa valeur depuis 2019, la misère dans laquelle la population s’est retrouvée ou la paralysie dans les réformes. D’autres tombent encore dans le piège habituel des partis communautaires qui se rejettent tous la faute sans jamais prendre la moindre responsabilité. La réalité est toute autre: cet échec est une libération, douloureuse et terrifiante. Ce système dit de Taef ne fonctionne plus du tout, Il est totalement à l’arrêt, sclérosé, incapable de réaliser la moindre avancée pour aider le Liban. Le « maronitisme politique » du Liban d’avant 1975 était décrié parce qu’il favorisait une communauté sur les autres.  Il a cédé la place  à un ballet des bouffons, au Berrysme, au Haririsme, au Lahoudisme ou Aounisme, des micro systèmes et des caïds tous plus incapables les uns que les autres de diriger un pays. Ce partage du gâteau confessionnel est désormais bel et bien caduc et il faut réinventer urgemment un nouveau Liban.

Le système ne protège plus les chrétiens. Le président et son beau-fils qui prétendent les représenter sont la risée des nations, incompétents et méprisés de tous, et par conséquent incapables de sauver le pays. Leurs autres chefs de guerre ne sont pas plus convaincants, incapables de se renouveler. Les élites chrétiennes et musulmane se délitent de plus en plus et ne songent qu’ à partir trouver le bonheur sous d’autres cieux. Le système ne protège pas non plus les musulmans défavorisés contre la misère ou l’humiliation. On leur avait fait croire qu’on leur donnerait une part plus importante du pouvoir et des richesses mais le gâteau entier a fondu, dépecé par la corruption tentaculaire. Les inégalités se sont creusées encore plus qu’avant 75, l’économie  a sombré avec la faiblesse  consternante du fils Hariri, les agendas belliqueux du Hezbollah et la faillite morale généralisée. Ces Libanais de toutes confessions  se retrouvent donc ensemble dans l’abîme, seuls dans un Orient qui s’effondre. Ils sont victimes de leurs éternelles divisions sectaires et d’un Levant pris en tenailles entre la ploutocratie des princes du Golfe, l’obscurantisme de Téhéran ou d’Ankara et l’impérialisme israélien et occidental.

Alors, que faire pour sauver ce qui reste de notre pauvre pays? Je ne vois rien d’autre qu’un rêve. Deux ou trois généraux de l’armée décident de mettre fin à cette mascarade ils se mettent à table avec le Hezbollah  qui contrôle le terrain pour faire un deal sur ce que le Liban pourrait être. Une démocratie civile et laïque, une neutralité mais qui soit acceptable pour les forces dominantes? Un maintien des armes mais un pacte de non agression avec Israël pour briser notre isolement? Je ne sais pas. Puis bien sûr l’arrestation ou l’exil pour tous les apparatchiks au pouvoir et leurs mafias.  Une poignée d’hommes ou de femmes  providentiels peut parfois tout changer. Saurons nous enfin les trouver?

1.11.20

Islam, crise et incompréhensions


 (Scroll down for English and Arabic) 

 Voici mes quelques pensées sur les événements qui agitent la France et le monde musulman. Je les formule comme une lettre aux musulmans qui ont pris en grippe le président Français et ce droit au blasphème qu’il refuse d’abandonner et je veux essayer de clarifier quelques points dans un espoir de calmer les esprits:

Première clarification : Quand Emmanuel Macron a dit que l’Islam est en crise, je suis certain que ce n’était ni une attaque ni une critique de votre religion. Certes, il aurait pu être plus précis en disant par exemple,« le monde musulman traverse une crise » afin d’éviter tout malentendu. Mais  ce constat maladroitement exprimé est toutefois factuel. En effet, il faut malheureusement l’avouer, le monde musulman ne va pas bien en ce siècle : par exemple, la grande majorité des guerres civiles dans les  vingt dernières années  se sont déroulées dans des pays à majorité musulmane. Une analyse du Washington Post montre que 90% des victimes de guerres civiles sont musulmans. Ce n’était pas du tout le cas au vingtième siècle. Il n’y a jamais eu autant de tensions à l’intérieur même du monde islamique et notamment entre musulmans sunnites et chiites. Derrière ces dissensions se trouve un manque de leadership stupéfiant. Presque aucun dirigeant de grand pays musulman n’a vraiment l’appui légitime de sa population en ces temps. Enfin, le peuple Palestinien est abandonné de tous et notamment de ses anciens soi-disant amis. Résultat des guerres et de mauvaise gouvernance, la civilisation arabo-Islamique enregistre les plus faibles taux d’alphabétisation , les pires scores en droits de l’homme et de la femme, les plus faibles avancées économiques. A ces difficultés sans précédent depuis des siècles, s’est greffée l’hydre abjecte de l’intégrisme religieux, un fanatisme régressif, meurtrier et autodestructeur. Si ce n’était pas une crise, que serait-ce ?  Bien sûr, ce malheur ne vient pas de la foi musulmane elle même mais force est de constater que votre religion a été  instrumentalisée de nombreuses fois dans ces difficultés. Un dictateur a sapé la démocratie Turque sous couvert de religion, la Syrie a été détruite par ses divisions religieuses et la rivalité meurtrière entre l’Arabie et l’Iran est greffée sur la dissension religieuse. L’alphabétisation n’avance pas car on utilise la religion pour empêcher les femmes de s’instruire. On peine à moderniser la langue arabe et rapprocher sa forme écrite des formes orales sous des prétextes de religion. L’Islam a été dénaturé, utilisé sans scrupule par des dirigeants indignes pour asservir leurs populations, accaparer le pouvoir ou créer des guerres à des fins hégémoniques. Les autres civilisations en ont naturellement profité pour avancer leurs propres pions géopolitiques.

Une deuxième clarification: ce n’est pas une insulte à une religion que d’avouer qu’elle traverse une crise,  Et justement, la France est un pays qui a beaucoup souffert des crises religieuses avec l’Inquisition et les guerres de religion. C’est le pays de la Saint Barthélemy où des milliers d’innocents furent massacrés par surprise uniquement pour leur foi protestante. Mourir pour avoir blasphémé a été monnaie courante en France pendant des siècles et posséder un écrit jugé blasphématoire vous menait au bûcher. C’est sans doute pour ces raisons que l’attachement français à la stricte séparation de la religion et de la loi y est viscéral, utopiste, un peu extrême et parfois contre-productif (comme quand on y interdit les signes religieux à l’école).  Mais y interdire des caricatures serait un retour en arrière insupportable pour ce pays, un abandon de sa liberté religieuse durement gagnée au fil des siècles.  Je n’ai, comme beaucoup de Français, jamais aimé l’humour méchant de Charlie hebdo contre les religions et j’entends ceux qui critiquent l’outrance, je comprends aussi la tristesse qu’elle peut provoquer. Néanmoins, cette crise montre aussi que le monde musulman a besoin de prendre un peu de recul et s’affranchir des manipulations, nuancer et faire la part des choses plutôt que leur accorder une importance qu’elles n’ont simplement pas. Charlie Hebdo, titre satiriste d’extrême gauche n’est devenu populaire que lorsque  ses dessinateurs ont été massacrés. Pas le contraire. 

Troisième clarification: quand M.Macron  s’inquiète que les banlieues françaises soient gangrenées par le séparatisme islamiste, comment pouvez vous le lui reprocher? Quand des femmes non voilées se font siffler ou insulter quotidiennement dans les banlieues, quand des centaines de jeunes Français sont partis mourir en Syrie pour rien, quand des imams  illuminés appellent les jeunes à la désobéissance civile ou au jihad, n’auriez vous pas dit la même chose si vous étiez à sa place ? Une fois de plus, ce n’est pas votre religion qui est remise cause, c’est son instrumentalisation à des fins obscures et violentes qui est pointée du doigt. Elle a déjà emporté des centaines de victimes  du Bataclan à Toulouse, de Conflans à Nice et aucune âme quelque soit ses croyances ne devrait l’accepter. 

Dernière clarification: Contrairement à ce que vos leaders vous font croire, M. Macron n’est pas un ennemi des musulmans bien au contraire. Depuis qu’il a été élu, il a déployé des efforts considérables pour combattre l’islamophobie et les préjugés contre la communauté musulmane. Alors que ses adversaires appelaient à des débats sur l’Islam et agitaient le spectre islamiste et terroriste à des fins électoralistes et politiciennes, il a au contraire toujours choisi le chemin de la conciliation et du dialogue, il est le seul président français qui a parlé des crimes coloniaux de la France en Algérie  dans un espoir de refermer cette plaie.

Alors que faire à part appeler tout le monde au dialogu et au respect des lois? Appeler à de meilleurs leaders qui prêchent la paix et qui ne vous mentent pas? Est ce aussi un crime de vous dire que les sociétés fonctionnent mieux quand la religion est bien séparée de l’Etat? Mon cœur me dit que faire un procès en islamophobie à la France républicaine et jalouse de sa laïcité en ces jours de deuil a quelque chose d’obscène. Quand on tue pour des dessins, qu’on décapite et qu’on égorge des innocents, le procès doit vraiment commencer ailleurs et peut être dans les consciences de chacun.


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Islam, crisis and misunderstandings

 Here are my few thoughts on the events shaking France and the Muslim world. I formulate them as a letter to those who are resentful to the French president and the right to blasphemy that he refuses to give up and I want to try to clarify a few points in the hope of calming the spirits.

First clarification: When Emmanuel Macron said that Islam is in crisis, I am sure it was neither an attack nor a criticism of your religion. Certainly, he should have been more precise saying, for example, "the Muslim world is going through a crisis" in order to avoid any misunderstanding. But this observation is nonetheless factual. Indeed, one must unfortunately admit that the Muslim world is not doing well in this century: for example, the vast majority of civil wars in the last twenty years have taken place in countries with a Muslim majority. A Washington Post analysis showed that 90% of civil war victims in the world are Muslims. This was not at all the case in the twentieth century. There has never been so much tension within the Islamic world and especially between Sunni and Shia. Behind the dissent lies a staggering lack of leadership. Almost no leader of a great Muslim country has the legitimate support of his people. Finally, the Palestinians are abandoned by all and in particular by their former so-called friends. Result of wars and bad governance, the Arab-Islamic civilization records the lowest literacy rates, the worst scores in human and women's rights, the lowest economic progress. To these difficulties, unprecedented for centuries, has been added the abject cancer of religious fundamentalism, a regressive, murderous and self-destructive fanaticism. If this was not a crisis, what would it be? ”Of course, this misfortune does not come from the Muslim faith itself, but it is clear that religion has been exploited many times in these difficulties. A dictator has undermined Turkish democracy under the guise of religion, Syria has been destroyed by its sectarian divisions, and the murderous rivalry between Saudi Arabia and Iran is grafted onto religious dissension. Literacy is not advancing because religion is used to prevent women from learning. We are struggling to modernize the Arabic language and bring its written form closer to oral forms under pretexts of religion. Islam has been distorted, used without scruple by unworthy rulers to enslave their populations, seize power or create wars for hegemonic ends. Within this dismay, other civilizations naturally took the opportunity to advance their own geopolitical pawns at your expense.

A second clarification: it is not an insult to a religion to admit that it is going through a crisis, And precisely, France is a country which has suffered greatly from religious crises with the Inquisition and the wars of religion. . It is the land of Saint Barthelemy massacre where thousands of innocent people were slaughtered by surprise solely for their Protestant faith. Dying for blasphemy has been commonplace in France for centuries, and just being found in possession of a document considered blasphemous would take you to the pyre. It is undoubtedly for these reasons that the French attachment to the separation of religion and law is visceral, utopian, a little extreme and sometimes counterproductive (as when religious symbols are forbidden at school. ). But to ban caricatures there would be an unbearable step backwards for this country, an abandonment of its religious freedom hard won over the centuries. I, like many French people never really liked the wicked humor of Charlie Hebdo and I hear those who criticize its obscenity, I also understand the sadness that this humor can cause. However, this crisis also shows that the Muslim world needs to take a step back and free itself from manipulation, qualify and sort things out rather than give them an importance that they simply do not have. Charlie Hebdo, a marginal far-left satirist title, only gained popularity when its cartoonists were slaughtered by extremists. Not the other way round.

Third clarification: When Mr Macron worries that the French suburbs are plagued by Islamist separatism, how can you blame him? When unveiled women are whistled or insulted daily in the suburbs, when hundreds of young French men and women have left to die in Syria for nothing, when imams call on young people to civil disobedience or jihad, wouldn't you have said the same if you were in his place? Once again, it is not your religion that is being called into question, it is its instrumentalisation for obscure and violent ends that is singled out. It has already taken hundreds of victims from the Bataclan to Toulouse, from Conflans to Nice and no good soul whatever its beliefs can accept it.

Final clarification: Contrary to what your leaders have you believe, Mr. Macron is not an enemy of Muslims, quite the opposite. Since he was elected, he has made considerable efforts to combat Islamophobia and prejudice against the Muslim community. While his opponents called for debates on Islam and waved the Islamist and terrorist threat for electoral and political ends, he has instead always chosen the path of conciliation and dialogue. He is also the only French president who has spoken about colonial crimes of France in Algeria in a hope of closing this wound.

So what can we do apart from calling everyone to dialogue and to respect the law? Call for better leaders who preach peace and who don't lie? Is it also a crime to tell you that societies function better when religion is well separated from the state? My heart tells me that there is something gruesome about challenging  Republican France for its  extreme attachment to secularism in these days of mourning. When people kill for drawings, behead innocents  or cut their throats, the challenge must start elsewhere and maybe in everyone's conscience.

عن الإسلام والأزمة  ‏مع فرنسا وسوء التفاهم

 إليكم بعض أفكاري حول الأحداث التي هزت فرنسا والعالم الإسلامي. أنا أصوغها كرسالة ‏للمسلمين الذين ‏ ‏غضبوا علي الرئيس الفرنسي وهذا الحق في الكفر الذي يرفض التنازل عنه وأريد أن أوضح بعض النقاط على أمل تهدئة الأرواح:

التوضيح الأول: عندما قال إيمانويل ماكرون إن الإسلام في أزمة ، فأنا متأكد من أنه لم يكن هجومًا ولا نقدًا لدينكم. بالتأكيد ، كان ينبغي  عليه أن يكون أكثر دقة ‏قائلاً ، "العالم الإسلامي يمر بأزمة" من أجل تجنب أي سوء فهم. لكن هذه الملاحظة التي تم التعبير عنها بشكل اخرق هي مع ذلك واقعية. في ‏الحقيقة. يجب ‏الاعتراف للأسف بأن العالم الإسلامي ‏حالته سيئة جدا في هذا القرن: على سبيل المثال ، وقعت الغالبية العظمى من الحروب الأهلية في العشرين عامًا الماضية في البلدان ذات الأغلبية المسلمة. يُظهر تحليل الواشنطن بوست أن 90٪ من ضحايا الحروب الأهلية هم من المسلمين. لم يكن هذا هو الحال على الإطلاق في القرن العشرين. لم يكن هناك الكثير من التوتر في العالم الإسلامي وخاصة بين السنة والشيعة ‏قبل هذا القرن. وراء هذه الفتنة الافتقار المذهل للقيادة. لا يكاد أي زعيم لدولة إسلامية ‏كبيرة يحظى بالدعم المشروع من شعبه في هذه الأوقات. أخيرًا ، الشعب الفلسطيني يتخلى عنه الجميع ولا سيما من يسمون بأصدقائه السابقين. نتيجة الحروب وسوء الحكم ، تسجل الحضارة العربية الإسلامية أدنى معدلات معرفة القراءة والكتابة ، وأسوأ الدرجات في حقوق الإنسان والمرأة ، وأدنى تقدم اقتصادي. لهذه الصعوبات ، التي لم يسبق لها مثيل منذ قرون ، تم ‏زيادة ‏مشكلة الأصولية الدينية ، وهو تعصب رجعي قاتل ومدمر للذات. إذا لم تكن أزمة ، فماذا ستكون؟ "بالطبع ، هذه المحنة لا تأتي من العقيدة الإسلامية نفسها ، لكن من الواضح أن دينكم قد تم استغلاله مرات عديدة في هذه الصعوبات. لقد قوض دكتاتور الديمقراطية التركية تحت ستار الدين ، ودمرت سوريا بسبب انقساماتها الدينية ،  ‏تطوّر التنافس القاتل بين شبه الجزيرة العربية وإيران على الخلاف الديني. الأمية لا ‏تتراجع لأن الدين يستخدم لمنع النساء من التعلم. نكافح من أجل تحديث اللغة العربية وتقريب شكلها المكتوب من الأشكال الشفوية بحجج الدين. لقد تم تشويه الإسلام ، واستخدامه دون تردد من قبل حكام مقمعين لاستعباد شعوبهم ، والاستيلاء على السلطة أو شن الحروب من أجل غايات الهيمنة. و انتهزت الحضارات الأخرى بطبيعة الحال الفرصة لتقدم بيادقها الجيوسياسية.

توضيح ثان: ليس إهانة لدين أن يعترف بأنه يمر بأزمة ، وبالتحديد فرنسا بلد عانى كثيرا من أزمات دينية مع محاكم روحية وحروب الدين. . إنها أرض  مجزرة القديس بارثولماوس حيث قُتل الآلاف من ‏الأبرياء ‏مفاجأةً بسبب إيمانهم البروتستانتي. كان الموت من أجل التجديف أمرًا شائعًا في فرنسا لعدة قرون ، كما كان ‏مجرد وجود ‏ ‏كتاب ديني ‏ ممنوع ‏في بيتك يأخذك إلى ‏

 المحك. ولهذه الأسباب بلا شك ، فإن الارتباط الفرنسي بهذا الفصل بين الدين والقانون هو علاقة فطرية ويوتوبية ومتطرفة بعض الشيء وأحيانًا تأتي بنتائج عكسية (كما هو الحال مع الرموز الدينية المحظورة في المدرسة). لكن لحظر الرسوم الكاريكاتورية ، ستكون هناك خطوة إلى الوراء  لا تطاق  بالنسبة لهذا البلد ، والتخلي عن حريته الدينية التي تحققت بنضال على مر القرون. أنا ، مثل العديد من الفرنسيين ، لم أحب أبدًا روح الدعابة الشريرة لـ Charlie Hebdo

 وأسمع أولئك الذين ينتقدون الإفراط ، كما أفهم الحزن الذي يمكن أن تسببه هذه الدعابة. ومع ذلك ، تُظهر هذه الأزمة أيضًا أن العالم الإسلامي بحاجة إلى تحرير نفسه من التلاعب والتأهيل وفرز الأشياء بدلاً من إعطائها الأهمية الأساسية التي لا يملكونها 

 ‏كان‏ ‏جريدة  شارلي هبدو ‏صغيرة ومتطرفة الى اليسار ، اكتسبت شعبية فقط  ‏عندما قُتل رسّاموها على أيدي  ‏الإرهابيين 

التوضيح الثالث: عندما يخشى السيد ماكرون أن الضواحي الفرنسية ‏ ‏مهددة بالانفصالية الإسلامية ، كيف يمكنكم أن تلوموه؟ عندما يتم صفير النساء غير المحجبات أو إهانتهن يوميًا في الضواحي ، وعندما يترك مئات الشباب ‏الفرنسيين ‏بيوتهم ليموتوا في سوريا ‏بلا أجل ، عندما يدعون ‏بعض رجال الدين الشباب إلى العصيان المدني أو الجهاد ، ما كنتم لتقولون نفس الشيء لو كنتم مكانه؟ مرة أخرى ، ليس دينكم موضع تساؤل ، بل إن استخدامه كأداة لغايات غامضة وعنيفة هو ‏المشكلة. لقد قتل بالفعل المئات من الضحايا ‏من الإرهاب ولا يجب أن تقبله أي روح مهما كانت معتقداتها.

توضيح نهائي: على عكس ما ‏يقولونه قادتك ، السيد ماكرون ليس عدوًا للمسلمين ، بل على العكس تمامًا. منذ انتخابه ، بذل جهودًا كبيرة لمكافحة الإسلاموفوبيا والتحيز ضد المجتمع المسلم. بينما دعا ‏أعداؤه إلى نقاشات حول الإسلام وأثاروا ‏الخوف من الإسلام والإرهاب لغايات انتخابية وسياسية ، فهو اختار دائمًا طريق المصالحة والحوار ، وهو الرئيس الفرنسي الوحيد الذي تحدث  عن الجرائم الاستعمارية التي ارتكبتها فرنسا في الجزائر على أمل إغلاق هذا الجرح.

إذن ما العمل ‏سوى دعوة الجميع إلى الحوار واحترام القانون؟ دعوة لقادة أفضل يبشرون بالسلام ولا يكذبون؟ هل  ‏تعتبر  ‏جريمة  ‏الملاحظة أن المجتمعات ‏بخير أكثرعندما يكون الدين منفصلاً عن الدولة؟ ‏يقول لي قلبي أن هناك شيئًا فاحشًا في ‏انتقاد فرنسا و علمانيتها في أيام الحداد ‏هذه . عندما ‏ ‏متطرفون يقتلون من أجل رسمٍ ، وتقطع رؤوس الأبرياء وتقطع حناجرهم ، يجب أن تبدأ ‏الانتقادات في مكان آخر ، وربما في ضمير الجميع.