10.7.10

Pensée pour B'tselem

Cela fait des années que je m’indigne de la colonisation des territoires palestiniens. Israël a conquis ces territoires par la force au but d’une guerre éclair que l’Etat Hébreu a lui meme initié. Et depuis, une judaïsation forcée a eu lieu, tantôt ouvertement au nom de la politique des faits accomplis de Yitzhak Shamir, tantôt de façon larvée mais non moins efficace comme sous les gouvernements travaillistes après les accords d’Oslo. Tout cela dans l’indifférence totale de l’Occident et au grand désespoir des Palestiniens.

En 2010, on commence a sentir que le reste du monde y accorde enfin un peu plus d’attention. On s’étonne que le nombre de colons Juifs ait doublé entre 1991 et 2010. On s’inquiete de la poursuite de la judaïsation de Jérusalem-Est et de l’expulsion de ses habitants non-Juifs s’ils osent s’en éloigner trop longtemps. On se désole de voir des dizaines de milliers de Palestiniens incapables de mener une vie normale quand Israël dresse ses murailles « de sécurité » dans leurs champs plutôt que sur la ligne verte internationalement reconnue.

La colonisation des terres d’autrui est immorale. De nombreuses voix en Israël ont désormais le courage et le mérite de la condamner ouvertement. Quand une ONG Israélienne comme B'tselem denonce les choses, cela a plus de valeur que quand ce sont les Palestiniens ou leurs amis. Et B'tselem a raison de le faire. Cette colonisation conforte tous les ennemis jurés d’Israël dans leur conviction que l’Etat Hébreu est construit sur l’oppression et la dépossession des Arabes de leurs droits. Il est grand temps qu’Israël arrête d’utiliser ses gens pour consolider ses conquêtes. Colonies expansionnistes et nationalistes d’une part, boucliers humains pour le Hezbollah et le Hamas d’autre part, on n’en finit pas d’instrumentaliser des civils pour enterrer la paix au Proche-Orient.

http://www.btselem.org/English/index.asp

9.7.10

Pensée pour l'Italie

On ne guérit jamais complètement de l’Italie.

Je ne parle évidemment pas de celle des cartes postales, des pizzerias attrape-touristes et des musées surpeuplés. Je pense a l’autre Italie, la vraie, l’Italie qu’on découvre seulement quand on parle italien, qu’on voyage avec des Italiens et qu’on a la chance d’aller chez des Italiens. Leur humour et leurs sourires vous rallongent la vie!, comme on dit en Orient. On ne se remet pas de ne plus visiter ses petites villes d’art méconnues aux splendeurs innombrables, ses canaux oubliés de la Giudecca, ses hauteurs d’Anacapri et ses plages de Sicile à l’ écart des sentiers battus. Même chez les meilleurs traiteurs de Londres ou de Paris, on ne retrouve pas vraiment le gout de ses bonnes pates ni les mêmes jambons et fromages. Enfin, on se désole que nos journaux ne restituent que l’image d’une Italie décadente et tapageuse, celle de la ligue ou de la mafia sous un nuage d’intolérance et de corruption.

Comme si sauver l’Italie s’avérait forcement être une mission utopique vouée à l’échec. Et la pensée du jour est pour Venise menacée par les eaux et qui construit un barrage contre l’Adriatique.

8.7.10

L'Arnacoeur

L'Arnacoeur (the Heartbreaker) est enfin arrivé a Londres. Comme le jeu de mot qui lui sert de titre, ce film est subtil sans être surfait, burlesque sans être grossier, tout simplement bien trouvé avec un excellent jeu d'acteurs.

Romain Duris est taillé sur mesure pour le rôle du briseur de ménages. Beau sans être bellâtre, drôle mais un peu malgré lui, héros moderne, comique et jamais ennuyeux, il parle toutes les langues, pratique toutes les religions et toute la planète lui succombe. Vanessa Paradis est la Juliette moderne idéale. Pas une ride sur son beau visage, pas une imperfection dans son jeu. Elle nous fait fondre quand elle répond en italien à une question intempestive d'un barman indiscret.

Un petit regret pour le rôle du barbouze Serbe, brebis galeuse de l'histoire. Par mes voyages entre Paris et Londres, j'ai encore récemment pu constater que ce pays n'est surement pas ce qu'on essaye de lui faire porter.

6.7.10

Turquie: Peur ou phobies?

La Turquie d’Erdogan tourne-t-elle le dos à l’Occident ?
On peut le penser après les réactions d’Ankara au drame de la flottille de Gaza, la rhétorique anti-israélienne et le durcissement des relations avec l’Etat Hébreu. On peut l’imaginer parce que le parti d’Erdogan a des sympathies islamistes. On peut le craindre quand on écoute l’opinion publique turque de plus en plus soucieuse de se plonger dans son passé impérial oublié et de se rapprocher des causes islamiques.

Mais en réalité, le parti au pouvoir est plus proche d'une version musulmane d’un parti démocrate-chrétien que d’un Hezbollah aguerri. Istanbul cette année sera la capitale culturelle de l’Europe, la situation des droits de l’homme s’est nettement améliorée sous Erdogan et l’influence des militaires a décru. Le génocide arménien est au moins devenu un sujet de conversation. La Turquie sous bien d’aspects va mieux et se rapproche du modèle qu'on lui souhaite.

Ce n’est peut être pas tant la Turquie qui nous tourne le dos que nous-mêmes qui avons de plus en plus peur de la Turquie. Maintenant que l’Union Européenne s’est de facto diluée en un vaste ensemble d’Etat-Nations hétéroclites avec des langues, des cultures et des niveaux de développement bien disparates, nous n’avons plus de vraie raison d'en exclure ce pays, mises a part des  phobies à peine avouables. Au risque de la précipiter un jour dans les bras de nos ennemis.

1.7.10

Les blues du Smicard

Il gagne 1343,77 € brut par mois, ce qui correspond à 1056,24 € net.

Il doit se sentir bien seul. Celui qui travaille dur et exerce un métier honorable pour empocher sa petite paye.
 Il doit se sentir un peu amer quand il lit nos journaux. A la une figurent tour a tour, des familles qui se disputent sur des dons en milliards, des bonus de banquiers annoncés sans vergogne, des dépenses somptuaires de l’Elysée, des cigares à 12 000 euros d’un ministre-nabab et des appartements de fonction ostentatoires tous financés par le contribuable.

Il doit se sentir bien mal, il est dans le bas de cette classe moyenne qui n’en finit plus de s’effondrer. Dans ce cycle économique ou les inégalités se creusent dangereusement, rien ne baisse aussi vite que son pouvoir d’achat pendant que le luxe tapageur s’épanche autour de lui. Et dire qu’il n’y a pas si longtemps, on pensait que gagner son SMIC était déjà un succès, une garantie d’accès a une vie décente.

Son seul espoir, désormais est que la France se ressaisisse économiquement, qu’on ait davantage besoin de lui et de son travail. A moins que ce ne soit une chimère. Même nos dirigeants nous donnent parfois l’impression qu’ils font juste semblant d'y croire.